Suppressions de postes : le ministère des Sports signe son "autodestruction"

Philippe Bana, directeur technique national du handball français, critique violemment la volonté du ministère des Sports de supprimer 1 600 postes d'ici 2022.

Philippe Bana.
Philippe Bana. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"Vous imaginez assurer la sécurité des Français avec moitié moins de forces de l'ordre ? Ou l'éducation avec moitité moins de professeurs ?" Philippe Bana, directeur national technique de la Fédération française de handball depuis 18 ans mais également président de l'association des DTN, a exprimé dimanche sur franceinfo sa profonde colère face à l'annonce d'une suppression de 1 600 postes au sein du ministère des Sports d'ici 2022. Un rendez-vous avec la nouvelle ministre Roxana Maracineanu est prévu lundi matin. Cette dernière a évoqué dimanche une "annonce brutale", et promet des "solutions"

A moins de quatre ans des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, Philippe Bana parle d'une décision "surréaliste", "pitoyable" et "incompréhensible", rappelant qu'il s'agirait tout simplement de supprimer... plus de la moitié des postes, avec des conséquences gravissimes sur "le boulot de formation, d'éducation et d'entraînement de haut niveau".

franceinfo : vous avez parlé, dans le journal L'Equipe, d'une "Saint-Barthélemy du sport", cette formule n'est-elle pas un peu excessive ?

C'est comme si vous disiez qu'on allait faire de la sécurité avec la moitié de policiers en moins, ou de l'éducation avec la moitié de profs en moins. Il y a là quelque chose de surréaliste. Pourquoi cette disparition au moment où l'on parle du sport-santé, au moment où l'on se dirige vers les Jeux olympiques ? Ces gens, c'est Franck Champigny qui entraîne Teddy Riner, c'est Didier Dinart [entraîneur de l'équipe de France de handball], c'est Olivier Krumbholz [entraîneur de l'équipe de France féminine], c'est tous les formateurs, ne serait-ce qu'au handball, tous ceux qui forment les 20 000 entraîneurs partout en France dans tous les petits clubs.

C'est un paradoxe de demander au plus petit des ministères, qui compte entre 3 000 et 4 000 agents, de faire le plus gros effort ?

C'est 0,13% du budget de l'Etat, la masse salariale des agents dont on parle, ça doit être 0,02% du budget global. Pourquoi on fait ça aux fédérations sportives qui se tapent tout le boulot de formation, d'éducation, d'entraînement de haut niveau, qui en gros font le boulot pour l'Etat ?

Très concrètement, pour la fédération française de handball, quel serait l'impact au quotidien de ces coupes budgétaires ?

Ce serait tout l'encadrement des équipes de France qui disparaîtrait, ce serait tous les formateurs qui s'occupent des gamins, qui vont les chercher, qui les éduquent dans les pôles espoir, cette usine à champion qui a fabriqué toutes ces médailles dans le hand français, ce serait ceux qui fabriquent le mini handball, le bébé handball, ceux qui pilotent les équipes techniques régionales, les formateurs de cadres, ceux qui enseignent, ceux qui éduquent.

Est-ce un signe que malgré les jeux de 2024 à Paris, l'exécutif s'intéresse finalement assez peu au sport ?

Quel est le signe envoyé aux fédérations sportives et aux Français ? Le sport, c'est un facteur de santé, un facteur d'éducation, un facteur de performance, c'est le rayonnement de la France, et on passe une guillotine là-dessus. Il y a quelque chose d'incompréhensible qui fait qu'on verra lundi matin la ministre des Sports, pour essayer de se battre, et qu'on verra ensuite les services du Premier ministre et de l'Elysée pour comprendre pourquoi ils font ça.