Réforme institutionnelle : "Une rénovation" mais "pas un tremblement de terre démocratique", estime le politologue Bruno Cautrès

Le projet de réforme des institutions est "une rénovation" mais "pas un tremblement de terre démocratique", a jugé jeudi sur franceinfo le politologue Bruno Cautrès, après la présentation du projet par le Premier ministre mercredi.

Le Premier ministre Édouard Philippe a présenté mercredi 4 avril le projet de réforme des institutions.
Le Premier ministre Édouard Philippe a présenté mercredi 4 avril le projet de réforme des institutions. (GERARD JULIEN / AFP)

Le projet de réforme des institutions promis par Emmanuel Macron et présenté mercredi 4 avril par le Premier ministre Édouard Philippe est "une rénovation" mais "pas un tremblement de terre démocratique", a jugé jeudi sur franceinfo le politologue Bruno Cautrès. Le chercheur au Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof) a estimé par ailleurs qu'il manque des "informations essentielles" sur l'introduction d'une dose de proportionnelle.

Sur la baisse du nombre de parlementaires, Bruno Cautrès a évoqué une décision "assez historique" ajoutant que c'est "la méthode Macron qu'on retrouve ici à plein régim : l'idée qu'il faut moins de parole, plus d'action, plus d'efficacité. Une philosophie quasi managériale appliquée à la vie politique".

Édouard Philippe a parlé d'une rénovation en profondeur de la vie politique et parlementaire, êtes-vous d'accord ?

Il y a une rénovation, cela c'est certain. Je pense que la réduction du nombre de parlementaires est assez historique, dans son ampleur. On va passer de 577 députés par exemple à un tout petit peu plus de 400, donc on peut dire que là, effectivement, il y a quelque chose qui est assez historique comme décision. Par contre, on a pas nécessairement, dans cette réforme, un tremblement de terre démocratique ou une remise en cause fondamentale des piliers de la Ve République.

Pour Édouard Philippe, cette réforme permet de "revenir aux sources de la 5e République". Est-elle suffisante pour répondre à la crise de confiance en la politique ?

Non, je ne crois pas. La crise de confiance est là, la majorité très large des Français perçoit les élus comme loin du peuple, vivant dans un monde à part, qui ne se préoccupent pas des problèmes des Français, qui sont assez peu empathiques vis-à-vis des problèmes de la vie de tous les jours des Français, qui ne s'appliquent pas à eux-mêmes ce qu'ils demandent aux autres. C'est la représentation dominante qu'ont les Français de leurs hommes politiques en général. Pas seulement les parlementaires, cela vaut aussi pour les membres du gouvernement et les partis politiques. Évidemment, la réforme institutionnelle ne va pas suffire à redonner confiance aux Français dans la politique et dans l'action des hommes politiques.

La proportionnelle pour 15% des sièges est critiquée. Pour certains, ce n'est pas assez, pour d'autres c'est trop. La droite y voit un risque de "dérive à l'italienne". Cette crainte est-elle fondée ?

Je ne crois pas. Un mode de scrutin, cela a plusieurs objectifs. Celui de la représentativité, pour que les différents courants d'opinion soient représentés dans l'assemblée parlementaire. Celui de l'efficacité, ce qu'on appelle la puissance du mode de scrutin, sa capacité à dégager des majorités, et des majorités qui soient stables. On voit que sur ces deux points, il n'y aura pas de remise en cause extrêmement forte de la stabilité de la Ve République. J'ajoute que dans les annonces qui ont été faites hier, il nous manque des informations absolument essentielles, comme le paramétrage précis et technique du mode de scrutin. Tant que nous n'avons pas les détails techniques, on peut dire qu'on ne sait à peu près rien de l'ampleur et de l'effet de cette représentation proportionnelle.

Cette réforme prévoit qu'il y ait 30% de sénateurs et de députés en moins et certains dénoncent une coupure encore plus grande avec les territoires, quel est votre avis ?

C'est vrai que c'est une question sensible. Au moment de la campagne électorale, la taille de la circonscription, le nombre de communes concernées par une circonscription, tout cela peut faire varier beaucoup la qualité de cette campagne électorale. Je n'y vois pas une réponse forcément démagogique, j'y vois la méthode Macron qu'on retrouve ici à plein régime. L'idée qu'il faut moins de parole, plus d'action, plus d'efficacité. Une philosophie quasi managériale appliquée à la vie politique, c'est-à-dire réduire le nombre de parlementaires, mais avoir peut-être des parlementaires dont la visibilité de l'action est plus forte.

Cette réforme a-t-elle une chance d'aboutir en 2019, compte-tenu des oppositions, notamment au Sénat ?

Je n'imagine pas que le Premier ministre ait fait ses annonces hier sans avoir pris ses garanties, du côté du président du Sénat en particulier. Cela serait un élément de blocage si le Sénat n'y trouvait pas son compte.