Prestations sociales: le gouvernement est "un peu contraint, en 2019 et 2020, de revoir le périmètre des dépenses sociales"

Philippe Crevel du Cercle des épargnants, estime qu'en raison du fléchissement de la croissance, comprimer les dépenses sociales est nécessaire. Il précise que les retraités ont "un niveau de vie supérieur à l'ensemble la population d'à peu près 5%" et qu'ils ont été "plutôt bien traités" jusqu'ici.

Le Premier ministre, Édouard Philippe a dévoilé dimanche 26 août dans le JDD les grandes lignes du budget 2019.
Le Premier ministre, Édouard Philippe a dévoilé dimanche 26 août dans le JDD les grandes lignes du budget 2019. (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Au lendemain des annonces du Premier ministre Édouard Philippe de vouloir augmenter certaines prestations sociales, notamment les pensions de retraites, à un taux moins important que l'inflation, Philippe Crevel, économiste et président du Cercle des épargnants, estime, lundi 27 août sur franceinfo, que "le gouvernement est un peu contraint, en 2019 et 2020, de revoir le périmètre des dépenses sociales et d'essayer de les comprimer."

franceinfo : Le gouvernement justifie la désindexation des prestations sociales par le ralentissement de la croissance. Est-ce un argument recevable à vos yeux ?

Oui. La croissance, qui était de 2,2% en 2017, fléchit. Cette année on devrait être autour de 1,7%, l'année prochaine ne devrait être guère mieux, et, évidemment, quand il y a moins de croissance, ce sont moins de recettes fiscales, moins de recettes de cotisations sociales, et plus de dépenses, en particulier de dépenses sociales. Donc, le gouvernement est un peu contraint, en 2019 et 2020, de revoir le périmètre des dépenses sociales et d'essayer de les comprimer. Et on voit bien que c'est une tendance de fond de la politique d'Emmanuel Macron : depuis son arrivée, il essaye un peu de réorienter vers le monde du travail sa politique, vers l'emploi. Donc, ça se fait un peu au détriment, c'est vrai, des retraités et de tout ce qui est assistance, prestation sociale.

Mais ce sont bien les retraités qui, encore une fois, ont le plus à perdre dans cette histoire, eux qui ont déjà subi une hausse de la CSG ?

Le constat est que les retraités ont été plutôt bien traités ces vingt ou trente dernières années. Ils ont un niveau de vie supérieur à l'ensemble la population d'à peu près 5%. En général, ils n'aiment pas entendre ce constat, mais c'est une réalité indiquée par l'Insee. Mais c'est vrai que, depuis plusieurs années, il y a des gels de pension. François Hollande avait décidé en 2015 un gel total d'un an, mais c'est vrai qu'il y avait peu d'inflation à l'époque. Il y a eu la CSG qui concerne 60% des retraités, 1,7% de pouvoir d'achat en moins. Et là, c'est vrai que ce gel qui est décidé pour 2019 et 2020 amputera d'à peu près 1,3% le pouvoir d'achat des retraités. Pour un retraité qui gagne 1 300 euros, sur une année, ce sont quand même 200 euros en moins, donc pas forcément quelque chose de négligeable.

Peut-on chiffrer la perte de pouvoir d'achat des ménages les plus modestes ?

Le RSA ne serait pas concerné par la politique de gel, donc ça va surtout concerner les retraites, les allocations logements, certaines prestations hors RSA. Il faut savoir que, pour ceux qui sont dans les 20% les plus pauvres en France, les prestations sociales représentent 40% de leurs revenus, hors RSA. Ça peut être une amputation autour de 1% de leur niveau de vie, surtout que l'essence augmente fortement, que les produits alimentaires ont une tendance à fortement augmenter, et que ceux qui ont les revenus les plus faibles sont évidemment les plus sensibles face à ce type de hausse.

Édouard Philippe dit faire le choix d'une politique de soutien à l'emploi, à l'activité. Les syndicats ont du mal à le croire, avec ces mesures.

Il y a une mesure importante dans le plan d'Édouard Philippe, qui est l'exonération de charges sociales pour les heures supplémentaires. C'est une réponse aux entreprises qui ont, aujourd'hui, du mal à recruter – il y a trois millions de chômeurs mais les entreprises ont du mal à trouver les bons profils – c'est également une réponse favorable aux salariés, parce que ça va donner un peu plus de pouvoir d'achat aux Français qui peuvent faire des heures supplémentaires, c'est vrai que ce n'est pas tous les Français, mais c'est un geste qu'il fait vis-à-vis d'une partie de la population active. Et donc, ça compense un peu les mesures moins sympathiques sur les prestations sociales.