Lutte contre la haine sur internet : "Il y a une détermination totale du gouvernement d'apporter une réponse", affirme Franck Riester

Le ministre de la Culture était l'invité de France Inter jeudi matin. 

FRANCE INTER

La proposition de loi LREM pour lutter contre la haine en ligne a été adoptée en commission des lois mercredi 19 juin avec une série d'amendements dont la création d'un nouveau délit de refus de retrait. Une initiative accompagnée par la tribune de sept ministres qui s’engagent dans cette lutte pour "mettre fin à l’impunité" sur le web. Parmi les signataires de cette tribune, il y a Franck Riester, ministre de la Culture : "Il faut être vigilant, mais il y a une détermination totale du gouvernement d'apporter une réponse à ce défi de notre société", a-t-il expliqué jeudi sur France Inter.

Faire attention "aux dérives de la liberté d'expression" 

Selon le ministre de la Culture, "il faut une réponse triple. Sanctionner ceux qui sont responsables de ces propos-là. Il faut qu'ils assument leurs responsabilités. Responsabiliser les plateformes pour qu'elles retirent très rapidement ces propos et faire en sorte, à travers l'éducation à l'image, l'audiovisuel public, la sensibilisation, que nous devons changer nos pratiques". 

Franck Riester a insisté sur l'importance "de la protection de notre liberté d'expression, il faut que nous soyons garant de cette liberté d'expression, mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas faire attention aux dérives de cette liberté d'expression qui peut conduire à des drames."

Le délai pour retirer les propos haineux ou racistes est de 24 heures dans la proposition de loi. "Il y a un risque" de dérive avec la suppression des contenus qui ne seraient pas du ressort de la loi, a admis le ministre, ajoutant que "sur la partie responsabilisation des plateformes nous leur avons demandé de faire preuve de transparence sur la façon dont ils modèrent les propos et sur les outils qu'ils mettent à disposition pour gérer ce retrait".

On demande au CSA, en tant que régulateur, d'être le garant de ce retrait de 24 heures. Nous demandons aussi de s'assurer qu'il n'y ait pas des retraits abusifs. Ce ne sera pas simple

Franck Riester

Emmanuel Macron avait évoqué le retrait de l'anonymat en ligne. "A titre personnel, je suis opposé à supprimer l'anonymat. Mais, maintenir l'anonymat ne signifie pas ne pas demander à ceux qui tiennent ces propos d'être poursuivis devant les tribunaux si ce sont des propos haineux ou injurieux", a indiqué le ministre de la Culture.

Faire évoluer "d'une main tremblante" la loi sur la liberté de la presse 

Pour mieux réprimer la haine sur internet, la ministre de la Justice Nicole Belloubet envisage de sortir l'injure raciale du texte qui régit la liberté de la presse pour la faire basculer dans le droit commun. Une proposition qui soulève la polémique. "Il n'y a pas de débat tabou. Je pense que la loi de 1881 c'est un des piliers de la liberté d'expression, pilier de notre démocratie, de la liberté de la presse", a déclaré sur France Inter Franck Riester.

"Les publications, qu'elles soient émises par un individu ou un éditeur de presse, tombent sous la loi de 1881. C'est une loi protectrice de la liberté d'expression qui n'empêche pas qu'il y ait des sanctions pour ceux qui tiennent des propos injurieux, qui diffament", a jugé le ministre de la Culture. "Nous avons sollicité un avis de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme pour avoir son avis. C'est un bien précieux, mais il peut évoluer. Attention, il faut qu'on le fasse évoluer d'une main tremblante."

Franck Riester, invité de France Inter, jeudi 20 juin 2019. 
Franck Riester, invité de France Inter, jeudi 20 juin 2019.  (FRANCE INTER)