PS, UMP, FN : mais pourquoi tous les partis veulent-ils soudainement changer de nom ?

Ces dernières semaines, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont tous évoqué la possibilité de renommer leurs formations respectives.

Manuel Valls à l\'Université d\'été du Parti Socialiste, le 31 août 2014 à La Rochelle. Le thème de l\'édition 2014 était \"Réinventons-nous\".
Manuel Valls à l'Université d'été du Parti Socialiste, le 31 août 2014 à La Rochelle. Le thème de l'édition 2014 était "Réinventons-nous". (XAVIER LEOTY / AFP)

Et si ni le Front National, ni le Parti Socialiste, ni l'Union pour un Mouvement Populaire, n'étaient au départ de la prochaine élection présidentielle ? Si ce scénario est possible, ce n'est pas parce que ces forces politiques risquent de disparaître. Simplement, au sein de tous ces partis, des figures de poids - Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen - ont suggéré, ces dernières semaines, un possible changement de nom. Mais comment expliquer cette soudaine envie de nouveauté au sein des partis politiques ?

Au FN, il faut tourner la page du père

Abandonner le nom de "Front National" ? La question "mérite d'être posée", a estimé sa présidente Marine Le Pen, samedi 18 octobre, qui a évoqué la possibilité de consulter les militants, dans le cadre d'un questionnaire par courrier, "d'ici à quelques mois". Une idée qualifiée de "complètement débile" par son père, Jean-Marie Le Pen, fin 2013.

Le fondateur du parti vit ce possible changement d'étiquette comme un rejet. Ce serait effectivement une façon de lui tourner le dos, ainsi qu'à un passé trop encombrant. "On change de nom pour tourner une page et envoyer un nouveau message aux électeurs, pour refonder l'identité du parti" explique Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Versailles-Saint-Quentin et spécialiste de l'image en politique.

Dans l'air depuis un certain temps, la proposition de Marine Le Pen s'inscrit dans la suite logique de la dédiabolisation engagée par le parti. Et le débarrasse d'un nom qui n'avait jamais changé depuis sa création, mais qui ne collait plus avec ses ambitions, analyse le chercheur : "Quand on adopte le terme de Front, c’est que l’on s’oppose à quelque chose, et que l'on n’est pas dans la perspective d’une prise de pouvoir. C’était le cas de Jean-Marie Le Pen, mais plus du tout de sa fille."

A droite, changer de nom est une habitude

S'il n'est pas encore président de l'UMP, Nicolas Sarkozy a, lui, fait de la création d'un nouveau et vaste rassemblement transpartisan un des principaux arguments de sa campagne. Une façon de se poser en leader capable de convaincre un large panel d'électeurs, et de "tourner la page des affaires et des divisions qui perdurent depuis 2012" explique Christian Delporte. Mais, à l'opposé du FN, la proposition n'a pas ému grand monde dans les rangs du parti. Il faut dire que l'UMP n'existe que depuis 12 ans, et que, depuis la Libération, la droite gaulliste a connu pas moins de cinq noms différents.

"La tradition de la droite est beaucoup plus marquée par les personnes", explique Stéphane Rozès, politologue et président de Conseil, analyses et perspectives (CAP). Le collectif se met au service du leader, qui n'hésite pas à remodeler son parti au service de ses ambitions. En 2002, l'UMP avait été créée par Jacques Chirac dans l'optique de sa candidature à l'élection présidentielle. Son nom d'origine, "Union pour la majorité présidentielle", ne cachait pas cette vocation purement utilitaire, et le nom d'"Union pour un mouvent populaire" fut adopté quelques mois plus tard, après les législatives. A droite, les noms des partis ont donc peu de valeur symbolique. Au contraire, ils sont "tellement consensuels qu’ils n’ont pas vraiment de signification" estime Christian Delporte : "Prenez union, ou démocrates, ajoutez France quelque part et vous avez un nom." Pour lui, le changement d'étiquette de l'UMP "arrivera certainement", à terme, que Sarkozy l'emporte ou non.

Au PS, c'est une façon pour Valls d'avancer ses idées

Au PS, c'est le Premier ministre, Manuel Valls, qui s'est dit favorable, dans une interview à l'Obs, à un large rassemblement politique incluant des centristes, et ne serait pas opposé, dans cette optique, à un abandon du terme "socialiste". L'idée avait déjà été avancée à plusieurs reprises par le Premier ministre, qui n'avait pas encore le même poids qu'aujourd'hui. En 2009 dans Libération, il jugeait que ce nom, "qui renvoie à un projet hérité du XIXe siècle", enfermait le parti dans des "conceptions dépassées". C'est la différence majeure entre sa proposition et celle de Sarkozy : le nom du PS n'a pas changé depuis 1969 et a une histoire. "Symboliquement il serait beaucoup plus fort que le PS se débaptise et abandonne le terme 'socialiste'" juge Christian Delporte, et les réactions immédiates de Jean-Cristophe Cambadélis et Claude Bartolone en témoignent.

Le politologue ne croit pas à cette proposition : "On ne change pas le nom de son parti quand on est majoritaire, on le fait dans une période de refondation. (...) Si le PS devait changer de nom, ce serait après une déconfiture électorale en 2017, et à la suite d'un bataille interne sur la ligne politique." Pour Stéphane Rozès, Manuel Valls utilise la proposition du changement de nom pour préparer cette bataille. "Valls est plutôt un républicain de gauche, très libéral, qui ne se reconnaît pas dans le socialisme (...) Ses déclarations peuvent être une façon d'afficher son idéologie, dans le cadre du débat interne."

Les partis ont le sentiment de ne plus parler aux Français

Si chaque parti a ses raisons pour ouvrir le débat du changement de nom, Stéphane Rauzès estime que ce n'est "pas une coïncidence" si cela se fait de façon simultanée, du moins au PS et à l'UMP. "Ces propositions s'inscrivent dans une crise profonde. (...) Les partis cherchent à renouer avec les Français, tant ils sont en difficulté pour dire le réel tel qu'il est perçu par le pays." Pour le politologue, les partis de gouvernement ont compris que leurs mots ne touchaient plus les citoyens. Un constat dressé par Manuel Valls lors de son premier discours de politique générale en avril dernier, où il expliquait que "la langue de la République" était devenue, pour les Français, "une langue morte". Une langue à laquelle appartiennent des mots comme "parti" et "socialiste".

Mais ce fossé entre citoyens et partis peut-il être comblé par un simple changement d'étiquette ? "Non, un changement de nom d'un parti, en tant que tel, n'imprime pas, il n'a pas d'effet en soi", tranche Stéphane Rozès. "Ce qui imprime", qui marque les électeurs, "c'est la cohérence entre une identité politique et un programme. L'essentiel, c'est le contenu, pas le contenant."