"Marion Maréchal n'a aucune légitimité pour être invitée à cette université d'été" du Medef, selon le député LREM Roland Lescure

Marion Maréchal a été "sollicitée" par le Medef pour participer à son université d'été.

Roland Lescure à l\'Assemblée nationale, le 22 mai 2018.
Roland Lescure à l'Assemblée nationale, le 22 mai 2018. (GERARD JULIEN / AFP)

"Ce que je dis au Medef, s'il confirme qu'il invite Marion Maréchal à son université d'été, ce sera sans moi", avertit, jeudi 27 juin sur franceinfo, Roland Lescure, député LREM des Français établis hors de France et président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, alors que l'ancienne députée RN a été "sollicitée" par le Medef pour participer fin août à son université d'été. 

Franceinfo : Votre réponse à cette invitation de Marion Maréchal à l'université d'été du Medef en août, c'est le boycott ?

Roland Lescure : Marion Maréchal n'a aucun mandat politique, aucun mandat institutionnel, donc je m'interroge. Qu'est-ce qui fait qu'une organisation patronale comme le Medef lui accorde tant de crédits ? Au nom de qui, de quoi va-t-elle s'exprimer ? Je ne sais pas si c'est la nièce de Marine Le Pen, qui préside le Front national [Rassemblement national], la petite fille de Jean-Marie Le Pen qui, lui, avait créé le Front national, est-ce que c'est la "start-upeuse" de l'année ? Il faut être sérieux. Aujourd'hui, Marion Maréchal n'a aucune légitimité, de mon point de vue, pour être invitée à cette université d'été.

Quelle légitimité avez-vous pour indiquer au Medef qui inviter ou pas ?

Je ne compte surtout pas dire qui il doit inviter ou pas. Marion Maréchal, c'est la plus Lepéniste des Le Pen. Quand les digues tombent d'un côté, elle remonte de l'autre. Moi ce que je dis au Medef, s'il la confirme et qu'il confirme qu'il invite Marion Maréchal à son université d'été, ce sera sans moi. C'est un choix, je garde ma liberté d'aller dans les conférences, dans les universités d'été, dans les manifestations où j'ai envie d'aller, et en l'occurrence, je n'ai pas envie de siéger dans une université d'été qui invite aujourd'hui, ou qui risque d'inviter quelqu'un qui de mon point de vue n'a aucune légitimité pour y être.

Selon vous, c'est une normalisation de certaines idées que vous jugez inadmissibles ?

Je considère qu'il y a des digues qui ne doivent pas tomber. Il m'arrive de débattre avec des élus du [Rassemblement] national, franchement, ce ne sont pas les débats que je préfère, mais ces gens-là sont élus. Marion Maréchal, c'est une cheffe d'entreprise. Franchement, on doit trouver bien mieux, et comme entreprise à succès pour débattre à l'université d'été du Medef, si c'est une cheffe d'entreprise qu'ils cherchent, je peux leur donner plein de noms. Je n'espère rien, je laisse le Medef faire ses choix et d'en assumer les conséquences ensuite.

Il y a au Medef des chefs d'entreprises qui votent Rassemblement national ou qui s'en revendiquent, c'est une réalité…

Ça c'est leur droit, mais il ne faut pas mélanger les genres, on parle d'un mouvement des entreprises de France. Nous ça fait deux ans qu'on essaye de réconcilier la France, les Français avec les entreprises, on a voté des lois, comme la loi Pacte à laquelle je crois beaucoup, pour s'assurer que les entreprises françaises travaillent avec tout le monde, bénéficient à tout le monde. Les profits sont mieux partagés. Le Medef a annoncé récemment qu'il allait se doter d'une raison d'être, c'est quelque chose qu'on a voté dans la loi Pacte pour que les entreprises s'interrogent et donnent une réponse sur leur impact social, environnemental. Alors si la raison d'être du Medef c'est d'inviter Marion Maréchal, je m'interroge sur cette raison d'être. J'ai eu un contact avec le dirigeant du Medef pour savoir ce qu'il en était, il m'a répondu que rien n'était fait encore. J'ai décidé d'exprimer mon opinion comme une personne libre que je suis.