Le Rassemblement national qui boycotte un journaliste ? Tout sauf une première

Samedi, le RN a retiré l'accréditation qu'il avait délivrée à un journaliste de "Libération" pour couvrir son université d'été à Fréjus (Var) ce week-end, avant de revenir sur sa décision. 

Une équipe du Petit Journal de Canal + est évacuée par le service d\'ordre du Front national après avoir été agressée par de militants frontistes le 1er mai 2015 à Paris, lors d\'une manifestation du parti.
Une équipe du Petit Journal de Canal + est évacuée par le service d'ordre du Front national après avoir été agressée par de militants frontistes le 1er mai 2015 à Paris, lors d'une manifestation du parti. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

"David Rachline, du petit chose au grand fayot." Publié dans Libération samedi 14 septembre, ce portrait du maire de Fréjus (Var) et sénateur du Rassemblement national (RN) dépeint en "admirateur de Jean-Marie Le Pen et Alain Soral", n'a guère été apprécié des dirigeants du parti d'extrême droite.

Au point que le RN a retiré l'accréditation qu'il avait délivrée au journaliste auteur de l'article, Tristan Berteloot. Celui-ci devait couvrir l'université d'été du parti qui se tient dans la ville de David Rachline ce week-end. Devant le tollé suscité par cette décision, le RN a finalement rétropédalé et réaccrédité le reporter samedi à la mi-journée. Ce n'est pas la première fois que le parti de Marine Le Pen a maille à partir avec les médias et boycotte certains journalistes. En voici cinq exemples, depuis 2012.

Avril 2019 : une journaliste travaillant pour Mediapart refoulée d'un meeting

En avril 2019, Chloé Demoulin, une journaliste indépendante travaillant pour le site d'investigation Mediapart, est refoulée d'un meeting de la présidente du Rassemblement national à Bruz, près de Rennes, lors de la campagne des européennes.

La rédaction de Mediapart rapporte l'incident dans un billet de blog. "Arrivée vers 14h30 sur les lieux, notre reporter (...) est rapidement abordée par un membre de la fédération d’'Ille-et-Vilaine, qui lui demande si elle est journaliste." Puis, "quelques minutes plus tard, l'attachée de presse du RN se manifeste en lui interdisant d'interroger les personnes présentes (...). Elle explique que Mediapart n'est pas un média comme les autres, mais une publication de 'militants politiques'". Puis elle lui demande, toujours selon de Mediapart, de "quitter les lieux", escortée de "plusieurs membres du service d'ordre".

7 mai 2017 : quinze médias privés de la soirée électorale du parti

Au second tour de la présidentielle de 2017, une quinzaine de médias (dont Buzzfeed, Mediapart, Politis, Les Jours, Rue89, StreetPress, Bondy Blog, et l'émission "Quotidien" de TMC) se voient interdire d'assister à la soirée électorale du parti, le dimanche 7 mai. Des médias étrangers sont aussi concernés (notamment des journalistes de la télé publique italienne RAI et un autre de la chaîne d'info britannique Sky News).

Du coup, d'autres organes de presse, dont Libération, Le Monde, L'Humanité, Les Inrocks et L'Obs, décident "par solidarité" de boycotter la soirée, tandis que le parti de Marine Le Pen évoque un "manque de place". "Ces mesures anti-démocratiques et contraires à la liberté d'informer doivent cesser, comme l'intimidation des journalistes dans les meetings", écrit Johan Hufnagel, alors directeur adjoint de Libération.

Printemps 2017 : le FN filtre les médias autorisés à suivre Marine Le Pen

Toujours pendant la campagne présidentielle 2017, le Front national ([nom du Rassemblement national jusqu'en juin 2018] met en place un filtrage des médias autorisés à suivre Marine Le Pen. Olivier Faye, du Monde, évoque ce tri dans un tweet du 27 avril 2017.

Les sociétés de journalistes (SDJ) d'une trentaine de médias signent alors une pétition pour protester contre la décision du parti de "choisir les médias autorisés à suivre Marine Le Pen". Ils dénoncent "une entrave à la liberté" d'informer. "Plusieurs titres de presse ont vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national", indique le texte signé, entre autres, par les SDJ de l'AFP, Libération, Le Monde, Le Figaro, Mediapart, France 2, France 3, France 24, France Culture, France Info ou France Inter. Ils poursuivent : "Ainsi, après Mediapart et 'Quotidien' (et avant lui son prédécesseur, 'Le Petit Journal'), l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne, notamment, ont été à un moment ou à un autre victimes de ces exclusives". 

2014 : une équipe de France 3 interdite d'un meeting à Grenoble

Le 7 mai 2014, une équipe de France 3 est interdite d’accès à un meeting de Jean-Marie Le Pen à Grenoble, pendant la campagne des européennes. Le délégué régional de France 3 Alpes, André Faucon, relate dans un billet de blog les circonstances de cette interdiction. France 3 Alpes décide de couvrir la manifestation des opposants à la venue de Jean-Marie Le Pen, puis le meeting de celui-ci. En revanche, elle ne prévoit pas de suivre la conférence de presse du fondateur du Front national, prévue un peu plus tôt, à 18h30.

Le service de communication de Jean-Marie Le Pen n'apprécie pas ces choix, explique André Faucon, qui poursuit :  "Après le direct, l'équipe s'est présentée à l'entrée de la réunion publique, pour continuer son travail d'information. Mais un agent de sécurité a bloqué l'entrée en déclarant à voix haute : 'Ce sont les enc… de France 3, on ne les laisse pas entrer'". Et il conclut : "C'est la première fois qu'une équipe de France 3 Alpes est empêchée de couvrir une réunion publique dans le cadre d'une campagne électorale."

2012 : Mediapart et "Quotidien" exclus des réunions du parti

Ce sont les bêtes noires du FN. Les journalistes de Mediapart et de l'émission "Quotidien" ne sont plus accrédités aux réunions ou conférences de presse du parti d'extrême droite depuis 2012. "Marine Turchi et Mediapart se voient depuis 2012 interdits d’entrée à des événements officiels du FN ouverts à la presse", rappelle le site d'information.

La journaliste a publié plusieurs livres sur le parti de Marine Le Pen, dont l'un, écrit avec avec la journaliste du Monde Catherine Monnot, est intitulé "Informer n'est pas un délit" (éd. Calmann-Lévy). Elle y explique notamment, selon Mediapart, qu'"avec les médias, le Front national entretient une relation paradoxale : d'un côté il effectue un tri des journalistes, de l'autre il mène une stratégie de 'dédiabolisation' qui passe beaucoup par l'utilisation des médias".