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"Jeanne d'Arc, comme Marine Le Pen, a su se faire une place dans un monde d'hommes"

Les jeunes militants du FN, qui défilaient devant leurs aînés pour commémorer la mémoire de la "Pucelle d'Orléans", jeudi à Paris, n'ont pas tous la même vision de l'icône célébrée par le parti. Reportage.

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Des militants du FNJ chantent à l'occasion du défilé annuel du Front national, jeudi 1er mai 2014, à Paris. (CITIZENSIDE / YANN KORBI / AFP)

"Jeanne d’Arc ? Je ne suis pas sûr que tous les jeunes qui sont ici sachent vraiment qui elle était." Geoffrey, 22 ans, ne place pas beaucoup d’espoir dans les connaissances historiques des militants du FNJ, la branche jeunesse du parti, qui défilent devant leurs aînés ce jeudi 1er mai, à Paris. 

La plupart de ces jeunes militants n’étaient pas nés quand, après avoir obtenu 14% des voix lors du premier tour de la présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen a organisé pour la première fois son propre hommage à la "Pucelle d’Orléans", qu'il qualifie de "sainte et martyre au plan spirituel, chef de guerre et grand chef politique au temporel". Auparavant, rappelle Le Monde.fr, le FN défilait chaque deuxième dimanche de mai aux côtés de l’Action française (royaliste).

Mais pour cet habitant des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) encarté depuis trois ans, certes Jeanne d’Arc n’est que la "raison officielle" du rassemblement annuel du parti de Marine Le Pen, mais il reste "important d’en profiter pour rappeler son rôle historique". "On parle quand même d’une femme qui s’est sacrifiée pour sa patrie ! Ce genre de choses, ça parle aux militants, quel que soit leur âge", assure-t-il en serrant un drapeau tricolore contre son T-shirt "Génération nations".

"Des souvenirs un peu flous du collège"

Vincent Wiss, qui à 24 ans a été élu en mars au conseil municipal de son village, Widensolen (Haut-Rhin), évoque ainsi sans trop s’attarder "un des emblèmes de la France, qui incarne la liberté et le travail" lorsqu’on lui demande ce que lui inspire la figure de Jeanned’Arc

Comme lui, Cyntia reconnaît sans peine que la figure de Jeanne d’Arc lui rappelle surtout des "souvenirs un peu flous des cours d’histoire du collège". Mais pour cette jeune femme de 29 ans, venue en autobus de la petite ville d’Allevard (Isère) avec son compagnon Mickaël, pas question de voir dans la "Pucelle d’Orléans" un symbole usé. "Je sais qu’il s’agissait d’une femme à poigne, qui a su se faire une place dans un monde militaire rempli d’hommes. Un peu comme Marine aujourd’hui, en fait !"

Cyntia, 29 ans, et Mickaël, 32 ans, défilent à Paris, jeudi 1er mai 2014, à l'occasion du rassemblement annuel du Front national. (VINCENT MATALON / FRANCETV INFO)

"On la prie fréquemment"

Les jeunes militants les plus catholiques sont aussi les plus diserts lorsqu’il s’agit d’évoquer Jeanne d’Arc. C’est le cas de Marine, venue de Nantes (Loire-Atlantique) pour assister à son premier défilé. "Jeanne, c’est une gardienne qui protège la France, on la prie fréquemment !" explique la jeune femme de 20 ans. "C’est une figure historique, qui incarne un côté maternel en même temps qu’un grand courage", continue-t-elle de répondre en se tenant en retrait du cortège, car ses parents, qui ne sont "pas du tout FN", n’aimeraient pas l’y voir.

"Elle est super importante ! Avec Marie, c’est une des deux saintes patronnes de la France", renchérit François ("comme le président"), 24 ans. Pour ce Lyonnais, "adhérent depuis quatre ans mais qui s'est toujours senti frontiste", "la nouvelle génération de militants n’a pas forcément les mêmes repères historiques que les adhérents plus anciens, mais ça viendra"

François (à gauche), 24 ans, défile en compagnie d'un ami militant dans les rues de Paris, jeudi 1er mai, à l'occasion du rassemblement annuel du Front national. (VINCENT MATALON / FRANCETV INFO)

Célébrer la mémoire de la "Pucelle d’Orléans" en 2014 n’a, selon lui, rien d’anachronique. "Au contraire ! Elle combattait pour libérer la France des Anglais, et nous, nous défilons aujourd’hui pour libérer la France des décisions de Bruxelles." Et lorsqu’on lui demande si le caractère belliqueux du personnage colle bien avec la normalisation de l’image du parti engagée par Marine Le Pen, il réplique sans hésiter : "Ça ne pose aucun problème, parce qu’être belliqueux, c’est dans les gènes de la France ! Au XVIIIe siècle, la Révolution s’est bien faite dans le sang, non ?"

"Ça ne fait pas crier la foule, mais ça me touche"

Le son de cloche est identique avec Louis-Marie, qui attend place de l’Opéra que Jean-Marie Le Pen prenne la parole pour rendre hommage à "Jeanne". Accompagné de ses amis militants Louis et Maïwenn, ce grand Angevin de 19 ans déplore que cette figure historique "ne soit pas mieux connue des jeunes. Elle incarne les valeurs de la France de toujours, et l’idée que l’on puisse être transcendé au cours de sa vie par une loi supérieure."

Jean, Maïwenn, Louis-Marie et Louis, respectivement 22 ans, 19 ans, 19 ans et 21 ans, attendent le discours d'hommage à Jeanne d'Arc de Jean-Marie Le Pen, jeudi 1er mai 2014, à Paris. (VINCENT MATALON / FRANCETV INFO)

Lorsque le fondateur du Front national apparaît enfin à la tribune pour célébrer, pendant une quinzaine de minutes, la mémoire de celle qui, "avec Louis XIV et Napoléon, fut l’un des trois grands hommes français à accéder à la notoriété mondiale", les jeunes militants écoutent sagement. 

A deux ou trois exceptions près, le discours ne provoque pas de grand enthousiasme. "C’est sûr que ce n’est pas Jeanne d’Arc qui fait crier la foule, mais ça me touche", glisse Louis-Marie, qui préfère voir dans le calme des apprentis frontistes "le silence respectueux des élèves devant leur maître". Pour donner de la voix, les militants du FNJ devront attendre, quelques minutes plus tard, la charge de Marine Le Pen contre "la course folle" de l’Union européenne. Un sujet autrement plus contemporain.

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