Clan familial, Voldemort et tradition : l'ascension fulgurante de Marion Maréchal-Le Pen

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine Le Pen, entrée en politique à 19 ans, devrait conduire la liste Front national aux régionales, en décembre. Portrait d'une héritière qui porte une voix singulière au sein du parti.

La députée FN Marion Maréchal-Le Pen, à Carpentras (Vaucluse), le 22 mars 2015.
La députée FN Marion Maréchal-Le Pen, à Carpentras (Vaucluse), le 22 mars 2015. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Candidate aux régionales à 19 ans, députée à 23 ans, Marion Maréchal-Le Pen est devenue quasiment du jour au lendemain une figure incontournable du Front national. Petite-fille du fondateur, nièce de la présidente, la jeune élue devrait mener la liste FN en Provence-Alpes-Côte d'Azur lors des régionales, en décembre. Marion Maréchal-Le Pen incarne une ligne plus conservatrice et libérale que celle prônée par Marine Le Pen et le vice-président du parti, Florian Philippot. Aussi timide que pugnace, la députée du Vaucluse est promise à un bel avenir politique. Portrait d'une héritière qui ne cache plus ses ambitions.

Son visage sur une affiche électorale dès l'âge de trois ans

Marion Maréchal-Le Pen grandit au deuxième étage du manoir de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), cossue demeure familiale où son grand-père règne en patriarche incontesté. Yann, sa mère, est la deuxième fille de Jean-Marie Le Pen. Elle ne rencontrera son père biologique qu'à l'âge adulte, mais Samuel Maréchal, son père adoptif, est un ancien responsable du Front national de la jeunesse. Bercée dès sa plus tendre enfance par les conversations politiques des dîners en famille, Marion Maréchal fait ses débuts en politique comme enfant mannequin, sur une affiche de campagne de son grand-père, pour les régionales en Paca en 1992. 

Affiche de campagne de Jean-Marie Le Pen pour les régionales en Paca, en 1992. 
Affiche de campagne de Jean-Marie Le Pen pour les régionales en Paca, en 1992.  (FRANCETV INFO)

C'est lui qui, à la fin des années 2000, la pousse à se présenter aux régionales en Ile-de-France. Marion Maréchal-Le Pen est alors étudiante en droit à Assas, faculté parisienne déjà bien connue de la famille, puisque c'est là que Marine Le Pen a reçu sa formation d'avocate. Elle refuse à plusieurs reprises, puis finit par céder. A 19 ans, son engagement semble davantage tracé par son entourage que par un désir propre. Serait-elle méfiante envers la politique ? Citée par L'Obs, la jeune femme se dit marquée par les "guéguerres familiales" qui ont déchiré sa famille dans les années 1990 lors de l'affrontement entre les deux gendres Le Pen : Samuel Maréchal, le légitimiste pro-Le Pen, et Philippe Olivier, le pro-Mégret. "Ce fut violent", confie-t-elle.

Son ascension fulgurante prouve que le FN reste une affaire de famille. D'ailleurs, ses aînés ne s'en cachent pas. "C'est moi en jeune, j'espère !" plaisante Marine Le Pen, dans Complément d'enquête. "Un peu de sa gloire juvénile rejaillit sur moi !" s'amuse aussi le président d'honneur, âgé de 87 ans. Pendant la campagne des départementales, Marion Maréchal-Le Pen travaille aux côtés de sa mère. La jeune députée tient seulement éloignée des caméras sa fille, Olympe, fruit de son union avec le chef d'entreprise Mathieu Decosse.

Des larmes à ses débuts en politique

Il a fallu du temps à Marion Maréchal-Le Pen pour s'habituer aux flashs des photographes et aux questions des journalistes. En 2009, pendant la campagne des régionales, la candidate frontiste craque lors d'une interview. Elle peine à retenir ses larmes, visiblement déstabilisée par une question sur le programme du parti. Elle récoltera finalement 8% des suffrages à cette élection.

Deux ans plus tard, on la retrouve nettement plus solide lors des législatives. A 23 ans, elle enchaîne les interviews et paraît plus en confiance, même si "le stress la tenaille encore", selon les mots du Point. Une ancienne camarade à la faculté d'Assas se souvient, pour Complément d'enquête, d'une jeune femme timide, voire distante : "C'est quelqu'un de discret, qui ne voulait pas se faire remarquer et n'allait pas vers les gens." A la différence de Marine Le Pen et de Florian Philippot, la députée du Vaucluse ne court pas les plateaux de télévision. Elle filtre ses apparitions médiatiques et ne se montre pas plus expansive sur son compte Twitter.

L'élue frontiste sait qu'elle représente une cible directe pour les opposants au FN, comme en témoigne "l'affaire du calendrier". Marion Maréchal-Le Pen s'est retrouvée sur six des dix pages du calendrier des pompiers de Velleron (Vaucluse). Certains, note le Huffington Post, y ont vu un retour d'ascenseur après que la députée a fourni 10 000 euros de sa réserve parlementaire à cette commune pour la construction d'un rond-point près de la caserne. L'intéressée préfère esquiver la polémique. Elle se montre beaucoup plus vindicative pendant la remise du Prix du trombinoscope : "On va vous avoir, ça va vous faire mal !" lance-t-elle en menaçant directement Gilles Leclerc.

Une "cocotte" qui se targue d'être "Voldemort"

Depuis son élection dans l'hémicycle, Marion Maréchal-Le Pen a fait ses classes à l'Assemblée. Celle qui trouve "affectueux" d'être appelée "cocotte" s'illustre régulièrement par son ton impertinent. En pleine campagne pour les départementales, elle accuse Manuel Valls de nourrir un "mépris crétin" à l'endroit du Front national. Sur Canal+, elle rit de cette diabolisation dont elle estime faire l'objet : "Je suis un peu Voldemort, celle dont on ne doit pas prononcer le nom." 


Plus encline à durcir le verbe, l'élue frontiste se fait le porte-voix des militants les plus à droite du Front. En 2013, elle défile aux côtés des catholiques traditionnalistes dans les rangs de la Manif pour tous et cosigne, la même année, une proposition de loi sur la reconnaissance du "génocide vendéen". Marion Maréchal-Le Pen est la seule cadre frontiste invitée par Robert Ménard pendant sa campagne électorale, à Béziers (Hérault) : "Elle incarne une sensibilité qui m'est très proche, conservatrice, plutôt libérale, et croyante." 

Arrivée en tête à l'élection du bureau exécutif du FN, en novembre, Marion Maréchal-Le Pen profite de cette popularité pour agir en toute indépendance. Alors que Marine Le Pen demande, selon plusieurs médias, aux responsables locaux du FN de ne pas relayer la vidéo d'Aymeric Chauprade sur l'islam "pour des raisons juridiques", la députée la retweete comme si de rien n'était. Elle élève également la voix dans Valeurs actuelles après la nomination de Sébastien Chenu, militant des droits des homosexuels, au sein du Rassemblement Bleu Marine.

En pleine entreprise de dédiabolisation, la jeune femme réveille les démons d'autrefois. Repérée sur une photo au milieu de militants identitaires et néonazis, elle est contrainte de se justifier dans un communiqué : "Ceux qui font l’apologie d’un régime totalitaire qui a notamment mis la France à genoux sont tout sauf patriotes. Ils n’ont, en tout état de cause, pas leur place dans notre mouvement." Conservatrice sans être passéiste, elle consolide peu à peu son rôle au Front national. Celui d'une "arme de distraction massive, qui ne fait pas de prisonniers", selon l'expression du New York Times. Le roman des Le Pen n'est pas près de s'achever.