Cinq questions sur les accusations de détournement de fonds publics européens qui visent Marine Le Pen

L'Office européen de lutte antifraude reproche à la candidate RN d'avoir personnellement détourné près de 137 000 euros d’argent public entre 2004 et 2017. Ses soutiens dénoncent "une boule puante à quelques jours du second tour".

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France Télévisions
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Marine Le Pen s'adresse à ses partisans lors d'un meeting à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 7 avril 2022.  (JC MILHET / HANS LUCAS / AFP)

A une semaine du second tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen se retrouve à nouveau accusée de détournement de fonds publics européens. Après sa mise en examen en 2018 pour les mêmes faits dans le dossier de ses assistants parlementaires européens, la candidate du Rassemblement national est aujourd'hui visée par un deuxième rapport de l'Office de lutte antifraude (Olaf) de l'Union européenne, révélé samedi 16 avril par Mediapart (article réservé aux abonnés).

En jeu, cette fois : près de 137 000 euros qui auraient été détournés à des fins personnelles par la finaliste de l'élection présidentielle lorsqu'elle siégeait à Strasbourg entre 2004 et 2017. Au total, le parti est accusé d'avoir détourné 617 000 euros, en ajoutant les sommes impliquant trois autres anciens eurodéputés RN, selon Mediapart, qui a publié les captures d'écran de plusieurs extraits du rapport.

1Que reproche le rapport de l'Olaf à Marine Le Pen ?

Dans ce document de 116 pages, l'Office de lutte antifraude de l'Union européenne demande le remboursement par la candidate du RN, à titre personnel, de 136 993,99 euros, "correspondant à différents détournements de fonds imputés par l'organisme antifraude à la candidate", selon Mediapart

Dans le viseur de ce rapport figurent aussi trois autres ex-députés européens du Rassemblement national : Jean-Marie Le Pen, Louis Aliot et Bruno Gollnisch. Le montant des sommes réclamées s'élève, au total, à plus de 617 000 euros, selon l'Olaf.

L'enquête de l'Olaf accuse également la candidate et ses anciens collègues eurodéputés d'une série de conflits d'intérêts. Mediapart rapporte qu'à plusieurs reprises, le budget alloué par l'Europe au parti a été utilisé pour réaliser des dons à des associations où officient des proches ou des membres du Rassemblement national.

2A quoi correspondent concrètement les sommes réclamées par l'Olaf ?

Selon Mediapart, l'Olaf reproche à Marine Le Pen et aux trois anciens députés européens d'avoir détourné des fonds publics européens à des fins de politique nationale. Parmi les exemples les plus concrets, on retrouve, dans le rapport, plus de 23 000 euros d'objets promotionnels livrés au siège du parti et qui "semblent avoir été achetés pour le congrès du FN à Lyon", en 2014. Le site d'investigation évoque aussi plus de 4 100 euros de bouteilles de beaujolais distribuées par Bruno Gollnisch au même congrès.

3Quand la justice française en a-t-elle été informée ?

Sollicité par l'AFP, le parquet de Paris a répondu avoir reçu le 11 mars ce rapport, confirmant l'information de Mediapart. Selon le site d'information, l'Olaf indique dans son rapport que les faits mis au jour "sont susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales contre les anciens députés (…) pour les agissements frauduleux qu'ils ont commis au détriment du budget de l'Union". Plusieurs délits susceptibles d'être retenus par la justice sont cités : "escroquerie", "faux", "abus de confiance" ou encore "détournement de fonds publics", selon Mediapart.

4Comment ont réagi Marine Le Pen et ses soutiens ?

Si Marine Le Pen ne s'est toujours pas exprimée sur cette affaire, les réactions de ses soutiens se sont multipliées. Invité sur franceinfo, dimanche 17 avril, Louis Aliot, directement visé dans cette affaire, s'est indigné : "L'Olaf et Mediapart sont en dehors de la loi et j'espère qu'on intentera une action en justice pour savoir d'où viennent les fuites et comment est faite l'enquête parce que nous n'en savons rien", a lancé le maire RN de Perpignan.

L'ancien eurodéputé, qui "conteste formellement ce qu'il y a dans l'article", affirme avoir mandaté son avocat pour savoir "comment il est possible qu'aujourd'hui, dans des enquêtes comme celle-là, les médias comme Mediapart soient mieux informés que nous et qu'on n'ait pas accès au dossier pour savoir ce qu'on nous reproche".

Sur RMC, également dimanche matin, Laurent Jacobelli, porte-parole de Marine Le Pen, a fustigé la coïncidence de ces révélations avec le calendrier présidentiel. "A chaque fois qu'elle est candidate, on lui sort une boule puante, à quelques jours de l'élection. Cela vient généralement d'ailleurs de l'Union européenne, d'une manière ou d'une autre."

Un sentiment partagé sur Europe 1 par Jordan Bardella, le président par intérim du Rassemblement national. "A deux jours du second tour, c'est bizarre !" a-t-il critiqué. Avant d'ajouter que son parti comptait déposer plainte : "C'est un office contre lequel nous avons déposé plainte à deux reprises et qui fera l'objet d'une nouvelle plainte, mais l'ouverture d'une enquête à quelques jours du second tour ne laissera personne de marbre."

5Dans quel contexte cette affaire survient-elle ?

Ce n'est pas la première fois que la candidate d'extrême droite est visée pour l'usage de ses fonds publics européens. En 2018, l'ex-eurodéputée RN a en effet été mise en examen pour "détournement de fonds publics" dans l'affaire dite des assistants parlementaires européens. Marine Le Pen, qui a refusé à plusieurs reprises de se présenter à la justice, est soupçonnée d'avoir fait travailler pour le compte de son parti des collaborateurs payés par l'argent public européen. A l'époque, Mediapart avait révélé qu'un premier rapport de l'Olaf avait déjà réclamé en 2016 le remboursement de 339 000 euros de fonds publics.

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