Montée du Front national : François Mitterrand, apprenti sorcier pour les uns, chantre du pluralisme pour les autres

Quarante ans après son accession à l’Élysée, l'ancien président socialiste est toujours accusé par ses détracteurs d'avoir fait sciemment monter le Front national, alors que son héritier, le Rassemblement national, suscite l'adhésion d'un nombre croissant de Français, selon un sondage Kantar Public pour "Le Monde" et franceinfo. 

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François Mitterrand, le 13 avril 1981, à Chateau-Chinon. (JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP)

Alors qu'il y a 40 ans, François Mitterrand accédait à la présidence de la République, en 1982, la France entendait Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national, se plaindre de ne pas être invité dans les médias. Et François Mitterrand, fraîchement élu, de lancer un appel au pluralisme.

Le fondateur du Front national se retrouve ainsi sur les plateaux de TF1 et d'Antenne 2. En 1985, le président socialiste affirme qu'il "infusera", "à des degrés divers", de la proportionnelle dans la plupart des nouveaux modes de scrutin. Une nouvelle loi électorale met ainsi en place, officiellement pour davantage de représentativité, la proportionnelle lors des élections législatives de mars 1986. 35 députés FN sont élus.

Une tactique pour affaiblir la droite

L'opposition dénonce une stratégie pour affaiblir la droite. Mais pas seulement. "Cela fait partie de la tactique politique, expliquait il y a dix ans Roland Dumas, ancien ministre de François Mitterrand, sur France 2. Avec pour idée de trouver un moyen de les diviser. Le moyen de les diviser a été la loi électorale, c'est-à-dire la loi proportionnelle."

François Mitterrand, apprenti sorcier avec le FN ? Faux, répond Jean Glavany, lui aussi ancien ministre, l'un des gardiens du temple mitterrandien. "Roland Dumas a toujours le talent pour faire naître des polémiques et il y a quelque chose de machiavélique dans son approche, affirme-t-il. Non, c'était dans le programme du Parti socialiste en 1981. Et c'était toujours dans le programme du Parti socialiste en 2017."

"Ce n'est pas de la tactique électorale : c'est ce débat de fond entre les modes de scrutin. L'un qui est la justice et l'autre est celui de l'efficacité. Ce débat n'est pas né avec Mitterrand, n'est pas mort avec Mitterrand et est toujours à l'ordre du jour."

Jean Glavany

à franceinfo

Une revendication désormais du MoDem de François Bayrou, toujours à l'ordre du jour, tout comme l'union des droites. Car François Mitterrand n'a pas eu le monopole de la tactique. "Il y a un long mouvement de porosité entre une partie de la droite et le Front national, explique le politologue Jean-Yves Camus. Elle se manifeste dans la fusion des listes qui se fait aux élections municipales de Dreux, en 12 septembre 1983. François Mitterrand a favorisé l'ascension médiatique de Jean-Marie Le Pen. Il a vu que la proportionnelle allait casser la droite, mais en même temps, il ne faisait que sentir un mouvement de fond qui, déjà, existait dans les gens."

Un mouvement de fond qui ne cesse de s'amplifier : selon un sondage Kantar Public pour franceinfo et Le Monde, 34% des Français souhaitent que Marine Le Pen joue un rôle important dans les années qui viennent. C'est 14 points de plus qu'il y a un an.

Mitterrand et le FN : reportage de Yannick Falt
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