Les quatre objectifs du voyage de François Hollande aux Antilles

Après Saint-Barthélémy et Saint-Martin vendredi, la Martinique et la Guadeloupe samedi et dimanche, François Hollande effectuera une visite historique à Cuba dimanche soir et lundi, puis s'envolera pour Haïti mardi.

François Hollande, le 8 mai 2015, à Saint-Barthélémy.
François Hollande, le 8 mai 2015, à Saint-Barthélémy. (ALAIN JOCARD / AFP)

C'est l'un des déplacements les plus longs depuis le début du mandat de François Hollande. Le chef de l'Etat s'est envolé, vendredi 8 mai, pour les Caraïbes, et n'en renviendra que mardi. Après Saint-Barthélémy et Saint-Martin vendredi, la Martinique et la Guadeloupe samedi et dimanche, François Hollande effectuera une visite historique à Cuba dimanche soir et lundi, puis s'envolera pour Haïti mardi. Francetv info décrypte les raisons de ce voyage.

1 Soigner sa cote d'amour dans les Antilles françaises

La tournée de François Hollande a débuté avec des allures de campagne électorale. Il a réservé ses premiers pas à Saint-Martin et Saint-Barthélémy, deux petites îles antillaises un peu oubliées, où aucun président n'était venu depuis au moins 15 ans.

Il en a profité pour prendre des bains de foule qu'il n'a plus le loisir de vivre en métropole. A Saint-Barthélémy, "l'île des milliardaires" qui ne lui a donné que 17% en 2012, l'accueil a tout de même été à la hauteur. A Saint-Martin, François Hollande, qui avait obtenu 51,5% en 2012, a pu entendre des "bravo !", "continuez !", "courage !".

Dans ces deux collectivités émancipées de la Guadeloupe, François Hollande n'est pas venu les mains vides. Il a proposé à Saint-Barthélémy un "compromis" pour régler un contentieux fiscal entre l'Etat et l'île. A Saint-Martin, il a énuméré une série d'annonces : adpatation des règles du RSA, renforcement du contrôle de l'immigration, augmentation du nombre de gendarmes mobiles, etc. Un catalogue conclu par une plaisanterie lourde de sens : "Si le ministre des Finances était là, il commencerait à s'inquiéter de mes propos !".

Depuis plusieurs mois, le président est entré dans une stratégie de reconquête de l'opinion tous azimuts en vue de 2017. Un conseiller la résume en une formule : "Une main, un selfie, un bisou égalent trois voix".

2 Préparer la conférence mondiale sur le climat

François Hollande est arrivé dans la nuit de vendredi à samedi à Fort-de-France (Martinique), où il préside le sommet Caraïbe Climat 2015, qui regroupe au moins 37 chefs d'Etat et de gouvernement de la région. Une sorte de répétition générale de la grande conférence mondiale sur le climat que Paris accueillera en décembre, et dans laquelle François Hollande met beaucoup d'espoir.

Selon son entourage, le Président de la République poursuit son action de mobilisation et d’écoute des pays en développement et des Etats insulaires les plus menacés par les effets du réchauffement climatique, écrit Martinique 1ère. La France n'oublie pas que "ces pays ont une voix déterminante dans l'avancée des négociations climatiques en vue de la COP 21 et sont par ailleurs source de solutions innovantes en termes d’adaptation au changement climatique et de développement durable", précise l'Elysée.

3 Répondre aux revendications sur l'esclavage

En Guadeloupe, François Hollande inaugurera le 10 mai un grand centre de mémoire sur l'esclavage, à l'occasion de la journée qui lui est consacrée. Ce bâtiment à l'architecture moderne ambitionne de "faire vivre la mémoire et la réconcilier avec l'Histoire", selon les termes de Victorin Lurel, président PS de la région Guadeloupe, qui a porté ce projet et qui fait face à des critiques sur le coût (80 millions d'euros) et l'opportunité d'un tel lieu, loin des préoccupations quotidiennes de la population.

Mais François Hollande devra aussi répondre à plusieurs initiatives locales remettant sur le devant de la scène le sujet des réparations, auxquelles le président est opposé. "Deux assignations ont été lancées devant les tribunaux par des citoyens, tous descendants d'esclaves" demandant réparation à l'Etat pour le "préjudice" découlant de la traite négrière et de l'esclavage, indique Me Roland Ezelin, avocat en Guadeloupe. "Il y aura une vague de plaintes", a déclaré un autre avocat membre d'un collectif qui assure la défense des plaignants.

Un représentant local du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) a indiqué avoir porté plainte début avril contre l'Etat pour crime contre l'humanité, tandis que Joëlle Ursule, l'ex-chanteuse de Zouk Machine, a de son côté monté un collectif avec d'autres artistes pour entamer une action similaire.

4 Positionner la France sur le futur marché cubain

Le clou de la tournée sera sans conteste la visite de François Hollande à Cuba. Il sera le premier président français à s'y rendre depuis l'indépendance en 1898, et le premier chef d'Etat occidental depuis l'annonce du dégel des relations avec les Etats-Unis.

Après la poignée de main historique échangée le 11 avril entre Raul Castro et Barack Obama, Paris va tenter de placer ses pions dans la perspective d'une levée de l'embargo américain qui frappe l'île communiste depuis 1962. Un conseiller élyséen assure qu'il serait "absurde" de voir dans cette visite une quelconque "rivalité avec les Etats-Unis".

"Le jour où les Etats-Unis lèveront l'embargo (...) ça va créer un appel d'air phénoménal" et il s'agit "de se positionner", souligne-t-on toutefois dans l'entourage de François Hollande, qui sera accompagné par des dirigeants de grandes entreprises françaises, comme Pernod Ricard, Air France, Accor... "Depuis 1991, la France vote chaque année la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour la levée de l'embargo", relève aussi Paris.

Le dégel américano-cubain "a sans doute précipité la décision de François Hollande d'aller à Cuba parce que c'est vrai que la donne cubaine va beaucoup changer du fait de ce rapprochement", analyse Carlos Quenan, vice-président de l'Institut des Amériques. Alors que les délégations américaines et européennes se bousculent aux portes de La Havane, la France veut "assurer sa part du gâteau", renchérit l'écrivain franco-cubain William Navarrete, établi en France depuis 1991.