Renvoi du couple Fillon en correctionnelle : l'avocat de François Fillon y voit "une volonté de sauver" l'enquête

Antonin Lévy, l'avocat de François Fillon, a réagi sur franceinfo mardi au renvoi en correctionnelle de l'ancien Premier ministre. 

Antonin Levy, l\'avocat de François Fillon, en janvier 2017. 
Antonin Levy, l'avocat de François Fillon, en janvier 2017.  (STR / AFP)

Alors que les juges du pôle financier de Paris ont ordonné mardi 23 avril le renvoi de Penelope et François Fillon devant le tribunal correctionnel notamment pour "détournement de fonds publics", l'avocat de l'ancien Premier ministre estime que cette décision traduit "une véritable volonté de venir sauver l'enquête". Maître Antonin Lévy a déclaré mardi, sur franceinfo qu'il s'attendait à ce que le renvoi soit prononcé "compte tenu de l'emballement", au moment de la campagne présidentielle. 


franceinfo : Voyez-vous dans cette décision l'occasion, pour François Fillon, de s'expliquer ?

Antonin Lévy : Oui, tout à fait. Compte tenu de la manière dont la présidentielle avait été bouleversée par cette affaire, est-ce que qui que ce soit pouvait croire que, de toute façon, un procès n'aurait pas lieu ? Je pense que c'était assez inimaginable, et on n'aurait jamais pu trouver un magistrat ayant le courage de dire, après tout ce qu'il s'était passé, après les 15 perquisitions réalisées dans les locaux de l'Assemblée, dans les locaux d'un candidat à la présidentielle, à son domicile, "finalement il n'y a rien à voir, il n'y a rien à faire, circulez", c'était impensable, et donc, en effet, comme prévu, ce renvoi a fini par être prononcé.

Donc, ce renvoi a lieu sous une forme de pression, pas parce que vos arguments n'ont pas convaincu les juges ?

Non. D'abord, je ne parlerais pas de forme de pression, mais une forme de nécessité, compte tenu de l'emballement qui avait été à l'origine. Quant au fait que les arguments n'ont pas convaincu, je n'irais pas jusque-là. D'abord, parce que les magistrats ont considéré, mais sans beaucoup s'expliquer sur cet élément-là, que les preuves qui leur avaient été rapportées leur étaient insuffisantes. J'observe que, malgré les deux ans d'enquêtes et les 1 200 pages de travail - il y en a 400 qui correspondent au travail qu'a justifié Penelope Fillon - ils considèrent que c'est insuffisant, que ces 400 pages ne les ont pas convaincus. 

Les juges parlent d'abus de langage et estiment que vous avez tenté de qualifier de travail de collaborateur parlementaire "la plus anodine des activités de Penelope Fillon"

Je laisse chacune et chacun s'interroger dans son for intérieur et avec l'honnêteté que seul le silence de la réflexion pourra permettre d'avoir. Si mes trois juges d'instruction considèrent que la personne qui partage leur vie peut justifier de 400 pages de travail à pouvoir fournir dans le cadre de l'activité professionnelle qui est la leur, je serai extrêmement surpris, et je ne pense pas que ce soit une possibilité que la loi admette. Donc, si on considère que 400 pages écrites ne sont que des tentatives pour venir justifier, j'appelle cela une forme de mauvaise foi, et, dans cette ordonnance, ce n'est pas la seule partie de mauvaise foi que l'on trouve. On sent une véritable volonté de venir sauver une enquête qui a commencé très large et qui, in fine, termine sur la question des emplois fictifs.

Il y avait, à l'époque, un certain nombre de pages consacrées à justifier l'emploi de Penelope Fillon auprès de Marc Ladreit de Lacharrière qui a, lui, opté pour une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. Il a reconnu n'avoir fourni aucun travail en échange de son salaire et a été condamné. Pensez-vous que cela a pesé sur la décision des juges ?

Non. Je pense que les juges ont cherché, en revanche, à tout prix, à venir sceller le sort de Marc Ladreit de Lacharrière, qui, compte tenu de ses autres activités, de son rôle dans le business, avait tout intérêt à ne pas avoir un procès public, ce que je comprends et respecte parfaitement, c'est un choix qui lui est propre. En revanche, Marc Ladreit de Lacharrière, si vous reprenez très précisément ce qui a été dit, n'a jamais reconnu avoir fourni un emploi fictif à Penelope Fillon, et encore moins à la demande de François Fillon. Ce qu'il a reconnu, c'est que, en tant que dirigeant de la structure [La Revue des deux mondes, ndlr], il n'avait pas veillé à ce que Penelope Fillon dispose de suffisamment de travail. Il a, en revanche, affirmé que cet emploi était tout ce qu'il y avait de plus licite. Donc, il assume sa part de responsabilité, qui était de dire "j'aurais dû faire en sorte qu'on lui donne plus de travail, mais, dit-il également, jamais je n'imaginais ou pensais qu'on ne lui en donnerait pas, et c'est pour cela qu'il a été condamné, et pour cela qu'il a reconnu sa responsabilité.