Affaire Fillon : "Les candidats à la présidentielle ne sont pas au-dessus des lois", pointe l'Union syndicale des magistrats

François Fillon s'en est pris à l'institution judiciaire, mercredi, après l'annonce de sa prochaine mise en examen. Jeudi, Virginie Duval, de l'Union syndicale des magistrats (USM), réagit à ses propos et rappelle qu'il est un justiciable comme les autres.

François Fillon lors de sa conférence de presse du 1er mars 2017. 
François Fillon lors de sa conférence de presse du 1er mars 2017.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP )

Dans son allocution mercredi annonçant sa prochaine convocation par la justice en vue d'une mise en examen, dans le cadre des emplois présumés fictifs de ses enfants et de son épouse, François Fillon, s'en est pris violemment à l'institution judiciaire. Le candidat de la droite a dénoncé une "enquête à charge", "un assassinat politique".

"Mettre en cause ainsi la justice, c'est particulièrement dangereux et grave", a réagi sur franceinfo jeudi 2 mars, Virginie Duval, présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM). "La justice doit fonctionner. Elle doit mener ses enquêtes", a-t-elle ajouté.

franceinfo : François Fillon affirme ne pas être traité comme un justiciable comme les autres ? Quel est votre sentiment ?

Virginie Duval : Si, justement ! Peut-être aimerait-il ne pas être traité comme tous les autres justiciables. La loi et la procédure pénale s’appliquent à lui comme à tous les autres. On accuse souvent la justice d’être trop lente, et là on dit qu’elle est trop rapide. Les enquêtes ont pu être mises en route rapidement dans d’autres affaires économiques et financières. Il n’y a donc rien d’étonnant. D’autant qu’à partir du moment où les faits ont été révélés, la justice ne pouvait que lancer une enquête. 

Qu’aurait-il fallu faire ? Attendre ? Dans ce cas, François Fillon n’aurait pas été traité comme tous les autres justiciables.Virginie Duval, de l'Union syndicale des magistratsà franceinfo

La remise en cause des juges ne date pas d’hier. Voyez-vous une différence cette fois ?

Non. Malheureusement, on est habitués à ce que les hommes politiques mettent en cause le fonctionnement de la justice quand ça les concerne. Là, c’est un candidat à l’élection présidentielle qui tient des propos particulièrement virulents, ce qui est nouveau. Or, on sait que le Président, au titre de la Constitution, est tenu d’être garant de l’institution judiciaire. Qu’un candidat se permette de mettre en cause à ce point le fonctionnement de la justice, ça laisse augurer d’un problème de positionnement extrêmement important.

Qu’on le veuille ou non, la décision des juges pèse déjà et va peser sur le scrutin présidentiel ?

Oui. Est-ce que, pour autant, cela justifierait que la justice ne prenne aucune décision ? Non. La justice doit fonctionner. Elle doit mener ses enquêtes. Finalement, les conséquences des décisions, c’est Monsieur Fillon qui les monte en épingle. C’est une enquête qui est menée, il n’y a pas encore de jugement. Dans le cas d’une mise en examen, on est toujours dans le cadre de la présomption d’innocence. La justice ne la remet pas en cause. Qu’il y ait des conséquences sur l’électorat et sur le positionnement du candidat à l’élection, c’est autre chose. M. Fillon a l’air d’être à côté de la réalité. Mettre en cause ainsi la justice, c’est particulièrement dangereux et grave. Vouloir une trêve judiciaire, que la justice s’arrête pour lui permettre de mener sa campagne, ça voudrait dire qu’il serait au-dessus des lois. Les candidats à l’élection présidentielle, les hommes politiques, ne sont pas au-dessus des lois. Les juges ne font qu’appliquer les lois votées par les parlementaires.

Le Parquet national financier a essuyé des critiques en raison de son mode de désignation par le pouvoir exécutif ? Faut-il changer les règles pour éviter ce genre de critiques ?

C’est quelque chose que nous demandons depuis des années. On sait que le pouvoir exécutif a un rôle dans la nomination des magistrats du parquet. Il faudrait que ce soit réformé. Le gouvernement actuel a envisagé une réforme qui visait à enlever cette suspicion du manque d’indépendance des juges. Les parlementaires ont refusé cette réforme. Les républicains, M. Fillon, ont refusé de donner plus d’indépendance aux magistrats du parquet. Ça leur permet de fustiger le manque d’indépendance. C’est particulièrement malvenu de leur part.

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