Affaire Fillon : des activités de Penelope Fillon aux costumes de Robert Bourgi, ce que révèle l'enquête jusqu'à présent

François Fillon a été auditionné le 7 septembre au pôle financier du Tribunal de grande instance de Paris, dans un des derniers actes de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs de son épouse et de ses enfants.

François Fillon dans la cour des Invalides à Paris, le 1er juin 2018. 
François Fillon dans la cour des Invalides à Paris, le 1er juin 2018.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Le JDD évoque "de nouveaux éléments troublants". L'hebdomadaire publie, dimanche 16 septembre, de larges extraits des auditions de François Fillon – dont la dernière date du 7 septembre – et des autres témoins interrogés dans le cadre de l'enquête qui vise l'ancien Premier ministre. Des investigations qui portent notamment sur les soupçons d'emplois fictifs de son épouse et de ses enfants, qui avait fait voler en éclats la campagne du candidat de la droite à la présidentielle. François Fillon est toujours mis en examen pour "détournement de fonds publics et recel d'abus de biens sociaux".

La publication de ces informations suscite l'indignation du camp Fillon, à commencer par son fidèle Bruno Retailleau, qui a dénoncé sur CNews et Europe 1 un "tribunal médiatique". Voici les principaux éléments de la défense de François Fillon –qui reste présumé innocent dans cette affaire– et les découvertes des enquêteurs relatées par Le JDD.

Penelope Fillon a effectué un travail "essentiellement oral"

Ce qu'a dit François Fillon aux juges. "Le mode de fonctionnement de mon épouse dans l’équipe était pour l’essentiel oral", a expliqué François Fillon aux juges, fustigeant "la difficulté de la justice à comprendre le fonctionnement des équipes politiques autour des parlementaires."  Selon Le JDD, lors d’un interrogatoire précédent, le 29 mai 2017, il avait pourtant évoqué des "rapports écrits" par son épouse sur des sujets comme "la situation économique de la Sarthe", "le rôle des élus locaux" ou "l’aménagement du bocage sabolien". En précisant que ces documents "n’ont pas été conservés". 

Ce qu'ont découvert les enquêteurs. Les avocats du couple ont présenté quelques documents, mais les différentes perquisitions menées n'ont permis de découvrir "aucune pièce probante" prouvant une activité de Penelope Fillon en tant qu'assistante parlementaire de son époux, hormis "quelques traductions de discours liés à ses activités privées", affirme le JDD. Dans la trentaine de cartons d'archives parlementaires que les enquêteurs ont retrouvés, aucune trace des "rapports écrits" décrits par François Fillon.

"Très peu" des relations du couple étaient au courant de cet emploi 

Ce qu'a dit François Fillon aux juges. L'ancien Premier ministre a expliqué aux juges que "très peu" de leurs relations étaient informées de la fonction d'assistante parlementaire de son épouse. "Par discrétion, a-t-il dit, elle n’a jamais voulu mettre en avant son statut." La veille, Penelope Fillon, elle-même interrogée par les juges, avait insisté sur son désir de "ne pas forcément être sur la photo ni de [se] mettre en lumière".

Ce qu'ont découvert les enquêteurs. Très peu de témoins expliquent avoir eu connaissance du statut de Penelope Fillon, selon le JDD. Seuls les collaborateurs du premier cercle de François Fillon (sa secrétaire particulière, le rédacteur de ses discours) affirment que son statut était connu. Mais une conseillère départementale qui dit entretenir "des relations d’ordre amical" avec le couple Fillon a affirmé n'avoir "jamais eu d’information [indiquant] qu’elle était assistante parlementaire." Une conseillère régionale et ancienne directrice du cabinet de François Fillon à Sablé-sur-Sarthe a quant à elle dit avoir croisé Penelope Fillon une seule fois, en 2003, lors d’une visite d’élus à Paris.

Son ami Marc Ladreit de Lacharrière était "un apporteur d'idées"

Ce qu'a dit François Fillon aux juges. Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, entre autres propriétaire de la Revue des deux mondes, pour laquelle Pénélope Fillon a travaillé, ne lui a "pas fait de dons", a assuré l'ancien Premier ministre aux juges. "Son rôle était celui d’un apporteur d’idées (...) Il a dû considérer que son apport intellectuel était suffisant."

Ce qu'ont découvert les enquêteurs. Marc Ladreit de Lacharrière a eu plusieurs fois affaire au couple Fillon. D'abord, en employant Penelope Fillon comme "conseillère littéraire" à La Revue des deux mondes. "C'est François Fillon qui, avant de partir de Matignon, m'a fait savoir que sa femme aimerait trouver une activité", a-t-il expliqué. Il a aussi fait un prêt de 50 000 euros à François Fillon et l'a invité cinq fois dans son chalet à Courchevel, assure Le JDD. Le milliardaire a aussi eu recours à la société de conseil de l'ancien candidat pour diverses prestations, dont la réalisation d'une "étude patrimoniale", introuvable aujourd'hui, affirme le journal. 

De son côté, François Fillon, après son mandat à la tête du gouvernement et redevenu député, l'a introduit auprès de certaines de ses connaissances : il a par exemple accompagné Marc Ladreit de Lacharrière au Kazakhstan pour le présenter aux autorités de ce pays, écrit le JDD.

Les trois costumes offerts "dans un cadre strictement amical" en cachent d'autres 

Ce qu'a dit François Fillon aux juges.  "C’est quelqu’un que je connais depuis quarante ans et qui m’a offert trois costumes dans un cadre strictement amical, du moins je le croyais", a expliqué aux juges François Fillon à propos de l'avocat Robert Bourgi, qui s'est vanté d'avoir fait cadeau durant la campagne de vêtements à l'ancien Premier ministre. Celui-ci a, de son côté, justifié ces présents par son "affection particulière" à l'égard de François Fillon. Il a expliqué avoir offert le premier costume pour consoler François Fillon de la maladie de sa mère et, les deux autres, pour le féliciter de sa victoire aux primaires de la droite. 

Ce qu'ont découvert les enquêteurs. Ces trois costumes sur-mesure de chez Arnys, déjà publiquement évoqués et qui ont été rendus à l'avocat, en cachent d'autres, affirme Le JDD. Ainsi, selon un rapport de la Brigade nationale de lutte contre la corruption daté du 15 mars 2017 et cité par le journal, une précédente livraison d'un autre costume avait déjà été payée par Robert Bourgi en 2015. D'autre part, les documents saisis au cours de l'enquête chez Arnys mentionnent trois commandes de chemises "offertes" à Fillon par l’établissement et quatre autres livraisons sont répertoriées dans les comptes comme "non payées", assure le journal.