Quand le haut-commissariat au Plan alimente les fantasmes conspirationnistes

Des publications massivement partagées soutiennent que le haut-commissariat au Plan prévoit un troisième confinement, ou encore un déploiement de l’armée en 2021. Pourtant, ces propositions dépassent largement son champ d’action.

Article rédigé par
Nina Jackowski - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
François bayrou, haut-commissaire au Plan, devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le 22 septembre 2020. (MARTIN BUREAU / AFP)

Relancé à la rentrée quatorze ans après sa suppression, le haut-commissariat au Plan, présidé par François Bayrou, a pour mission de "coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective pour le compte de l'Etat", d’après ses statuts définis par le décret du 1er septembre 2020. Il s’agit concrètement de proposer au gouvernement une réflexion de long terme afin "d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels", est-il précisé sur le site du gouvernement.

Mais ces derniers jours, plusieurs publications sur les réseaux sociaux lui prêtent des pouvoirs bien plus autoritaires. Elles sont fausses et la Cellule Vrai du Faux vous explique pourquoi.

Non, le haut-commissariat au Plan n’a pas demandé aux préfets de surveiller les mouvements sociaux

Sur Twitter et Facebook, une publication partagée plusieurs centaines de fois depuis le 17 novembre, relaie une fausse note d’information liée à la gestion de crise de l’épidémie de Covid-19. Selon ce courrier daté du 10 novembre et adressé aux préfets de région et de département, le conseil de défense aurait statué sur un "troisième confinement" en date du 12 mars 2021. Le haut-commissariat au Plan leur demanderait d’éviter tout "climat contestataire", d’ici le déconfinement prévu au printemps. Ceci permettrait - toujours selon la note - d’assurer le consentement de la population autour de la "campagne de vaccination massive". 

En réalité, une note a bien été publiée le 28 octobre mais elle ne corrobore aucune des informations mentionnées ci-dessus. Ce document de treize pages intitulé "Et si la Covid durait ?" propose notamment d’établir un "plan d’urgence" pour s’assurer un approvisionnement français ou européen en médicaments vitaux par exemple, ou bien de revaloriser les métiers du soin. Des éléments formels permettent aussi de douter de l’authenticité de la note partagée sur les réseaux. Elle comporte notamment quelques fautes d’orthographes : "Haut-Commisaire" à la place de "haut-commissariat"; et "sucsiter" au lieu de "susciter".

Non, le haut-commissariat au Plan n'a pas conseillé un confinement "total et complet" en janvier prochain

Un post de blog publié le 25 octobre et partagé près de 5 000 fois en quelques jours sur Facebook allait encore plus loin. Selon le texte, qui s’appuie sur "une note" qui lui aurait été transmise, la mission du haut-commissariat au Plan serait d’effacer les dettes de chaque citoyen en échange de toutes ses propriétés. Il permettrait aux individus de se déplacer en contrepartie de leur vaccination au coronavirus et imposerait un "passeport santé biométrique". La publication recense aussi les conseils de l’institution au gouvernement. Il s’agirait notamment d’imposer "un confinement total et complet" pour janvier 2021, d’anticiper "pénuries de stocks", ou encore de recourir à un "déploiement de personnel militaire". 

Mais le haut-commissariat au Plan a démenti auprès de l’AFP d’avoir rédigé cette note et lui a assuré : "ce qui nous intéresse, c'est d'étudier quelle sera la situation de la France en 2050 sur des questions démographiques ou de biodiversité. Nous travaillons sur un horizon de 20 à 30 ans".

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