Comment les réseaux pro-Eric Zemmour s'activent pour la candidature du polémiste à la présidentielle

La star de la chaîne conservatrice CNews n'a pas encore dévoilé ses intentions pour 2022, mais en coulisses ses fans se préparent. Ils s'activent même déjà sur le terrain.

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France Télévisions
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Une affiche "Zemmour président" placardée à Paris et photographiée le 1er juillet 2021. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Fauteuil rouge sur fond noir. Les bras étendus sur les accoudoirs, Eric Zemmour a le sourire aux lèvres. Le polémiste d'extrême droite, tête d'affiche de CNews, chroniqueur au Figaro depuis plusieurs années et auteur à succès, est en terrain connu. Ce 6 juin, il s'apprête à répondre aux questions de Livre noir, un média qui ambitionne d'être "la grande peur des bien-pensants", à grand renfort de longs entretiens vidéos. Livre noir a été lancé il y a quelques mois sur les réseaux sociaux par Erik Tegnér, un jeune homme exclu des Républicains en 2019 pour avoir prôné l'union des droites. Organisateur de la "Convention de la droite" en septembre de la même année, il a été élève de l'Issep, l'institut lancé à Lyon par Marion Maréchal, qui a d'ailleurs accordé une interview au jeune média.

L'entretien d'Eric Zemmour est mené par un certain François de Voyer, révèle Libération. L'homme a été candidat aux législatives en 2017 dans l'Aisne sous la bannière du Front national. C'est un proche de Marion Maréchal, rapporte L'Opinion"Merci de nous avoir accordé cet entretien exclusif puisque cela fait plusieurs années que vous n'avez pas donné ce type d'entretien", se félicite l'intervieweur. "C'est le moins que l'on puisse dire", se réjouit à son tour Eric Zemmour.

De cette interview fleuve d'une heure trente, les médias retiendront une chose : les confidences du polémiste sur ses ambitions politiques. "Peut-être qu'il faut passer à l'action", glisse-t-ilassurant réfléchir "à la suite, aux mesures éventuelles qu'on pourrait prendre à partir de mon diagnostic". "La suite" arrive vite. Dans moins d'un an, les Français sont appelés aux urnes pour l'élection reine : la présidentielle. Après Eric Zemmour le polémiste, condamné plusieurs fois, notamment pour provocation à la haine après des propos sur les musulmans, verra-t-on Eric Zemmour le candidat ? 

Des affiches "Zemmour président"

Sa maison d'édition en est en tout cas persuadée. Le 29 juin, le président d'Albin Michel, Gilles Haéri, affirme à l'AFP avoir eu "un échange très franc" avec Eric Zemmour, qui lui aurait confié son intention d'être candidat à la présidentielle. Or, "le combat idéologique" du pourfendeur du multiculturalisme ne correspond pas à la ligne éditoriale d'Albin Michel, martèle son président. Eric Zemmour a aussitôt démenti avoir eu cet entretien. Il devra néanmoins se chercher un autre éditeur pour son prochain ouvrage prévu à la rentrée. 

S'il n'a pas officiellement déclaré sa candidature à la présidentielle, d'autres en rêvent et s'activent pour que tout soit prêt le jour J. Pas seulement en coulisses. Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, les pro-Zemmour se sont donné pour mission de faire décoller l'indice de désirabilité de leur champion. En termes de visibilité, c'est plutôt réussi.

Lundi 28 juin, un peu partout en France, les passants sont tombés sur des affiches au slogan sans ambiguïté : "Zemmour président". L'opération a été menée par des jeunes fans de l'éditorialiste qui se sont regroupés au sein d'un collectif informel : Génération Z. Ils revendiquent en avoir placardé 10 000 dans 86 départements. De quoi attirer l'attention des médias. "Ils font du marketing et vous disent ce que vous voulez entendre. Cela fait 116 affiches par département, c'est que dalle !" raille Arnaud Stephan, ex-collaborateur de Marion Maréchal. 

Chez Génération Z, on s'enorgueillit au contraire de ce coup de com', en espérant qu'il ait plu au grand chef. "Nous n'avons pas de contact avec lui, mais il est important que les réseaux soient déjà structurés", explique Stanislas Rigault. Ce jeune militant catholique de 22 ans, fils de militaire et fondateur d'un mensuel baptisé L'Etudiant libre, est l'un des responsables de cette organisation qui est d'abord née sur l'application de discussion Discord. "Notre rôle, c'est de le soutenir pour la présidentielle pour être opérationnels s'il est candidat", précise-t-il. 

"Il suscite un vrai intérêt, il y a un effet Zemmour incontestable."

Stanislas Rigault, responsable de Génération Z

à franceinfo

Le jeune homme assure que les membres de ce réseau ont un profil très varié : des membres de la droite, du Rassemblement national, de l'UNI (le syndicat étudiant de droite), mais aussi des abstentionnistes et des déçus de la politique. Ces derniers, qui se retrouvent aussi lors de "Z apéros", au cours desquels on boit un verre en regardant Zemmour sur CNews, prévoient de se structurer cet été. En attendant, les collages d'affiches doivent se poursuivre. 

Une campagne orchestrée sur les réseaux sociaux

En parallèle de cette action sur le terrain, un hashtag explose sur Twitter : #DemainAvecZemmour. Entre le dimanche 27 et le mardi 29 juin, plus de 2 000 tweets répandent le mot-clé, dont une partie reprennent des photos et des vidéos des affiches collées sur les panneaux électoraux installés pour les régionales. Parmi les comptes Twitter qui poussent ce hashtag émerge celui d'un certain Samuel Lafont. Assistant parlementaire de la sénatrice LR des Français de l'étranger Joëlle Garriaud-Maylam, cet internaute influent s'est fait connaître pour ses positions anti-mariage pour tous et son engagement auprès de François Fillon. "Ce qui est en train de se passer, c'est sans précédent, s'enthousiasme-t-il. Je n'ai pas vu un tel engouement depuis Sarkozy en 2007."

Cet ancien cadre de l'UNI parle de "milliers de Français qui sont mobilisés", "d'une auto-organisation très puissante qui part du bas". En réalité, sur les 2 000 tweets mentionnant le hashtag #DemainAvecZemmour, la moitié est le fait d'une petite vingtaine de comptes. Les plus productifs ont bien souvent été créés très récemment, en mai ou en juin, et ne publient que des messages sur Eric Zemmour. Le compte national Génération Z possède ses déclinaisons régionales (Génération Z Nouvelle-Aquitaine, Génération Z Hauts-de-France), qui ont toutes moins de trois mois d'existence. Et il y a aussi les comptes thématiques : Les femmes avec Zemmour, Les bleus avec Zemmour, Les chasseurs avec Zemmour, les lycéens avec Zemmour... 

Samuel Lafont est en lien avec les jeunes de Génération Z, mais refuse d'en dire plus. Tout comme il échange avec les membres de l'association Les amis d'Eric Zemmour et celle de financement du parti d'Eric Zemmour. Cette dernière a été agréée, le 30 juin, par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. 

La chasse aux élus LR

L'association de financement a été fondée par deux collaborateurs d'élus LR, tandis que Les amis d'Eric Zemmour est présidée par un chef d'entreprise, François Miramont, ex-centriste et désormais adhérent de Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan. Refusant de s'exprimer, l'entrepreneur renvoie au porte-parole de l'association, Antoine Diers. Tête de liste de l'UMP aux municipales à Dunkerque en 2014, il est aujourd'hui directeur de cabinet à la mairie du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et toujours membre de LR. Ce dernier, qui connaît Eric Zemmour, explique "le pousser avec d'autres à être candidat". Le 18 juin, il a organisé un premier déplacement de terrain dans le Nord, où l'on a notamment vu Eric Zemmour s'exprimer, à Lille, devant la maison natale de Charles de Gaulle. 

C'est également son association qui a financé les opérations de collage de Génération Z. "On a engrangé quelques dons volontaires de Français et on a adressé par colis les affiches aux quatre coins du pays", raconte-t-il. Une opération à moins de 10 000 euros, selon lui. Antoine Diers s'est aussi donné pour mission de convaincre les élus LR de rejoindre Eric Zemmour. "Les Français de droite attendent des messages clairs sur l'immigration, la sécurité, l'identité et notre parti va de nouveau se déchirer dans la quête d'un candidat naturel", croit-il savoir. '"Je passe beaucoup d'appels et ça accroche assez bien", dit-il. 

En réalité, les soutiens de poids sont pour l'instant rares et plutôt timides. Les parlementaires LR Etienne Blanc et Julien Aubert ont bien appelé, au début du mois de juin, à ce qu'Eric Zemmour participe à une primaire de la droite, mais ils sont aujourd'hui bien plus prudents. "J'ai indiqué il y a quelques semaines qu'un grand nombre de nos électeurs LR et beaucoup de militants partagent nombre de ses analyses. Pour le reste, je suis comme tout le monde : j'attends de savoir ce qu'il fera", nous écrit Etienne Blanc, sénateur du Rhône. Quant à Julien Aubert, il tient à préciser qu'il souhaite "une primaire semi-fermée aux personnes extérieures de LR qui mordent sur son électorat". Ce qui inclut autant Xavier Bertrand qu'Eric Zemmour.  

Donné à 5,5% au premier tour

Une certaine frange de l'extrême droite pousse elle plus clairement la candidature Zemmour. Direction le sud de la France. Arrêt : Orange, ville détenue par Jacques Bompard. Ex-du Front national, à la tête de la Ligue du Sud, très implantée dans le nord du Vaucluse, il soutient clairement et publiquement Eric Zemmour. 

L'élu de 78 ans et ses réseaux sont aussi derrière une pétition "Je signe pour Zemmour", selon une enquête approfondie de Libération. Contacté par franceinfo, l'ancien frontiste, hilare, confirme qu'il est bien derrière cette pétition, mais refuse de s'exprimer davantage. "Il dit ce que je pense, c'est le seul", lâche-t-il seulement. 

"On me demande de me taire, je ne peux pas en dire plus."

Jacques Bompard, maire d'Orange

à franceinfo

Pour peser dans la campagne, mais surtout aller à la quête des 500 signatures de maires et d'élus pour pouvoir se présenter, il va falloir trouver d'autres soutiens de poids. Eric Zemmour prendra-t-il le risque de quitter son confortable fauteuil à CNews pour se lancer dans cette incertaine campagne ? A en croire nos interlocuteurs, l'homme a toutes les chances de se déclarer. "Il est excessivement poussé, raconte Arnaud Stephan. Lorsque l'on vous dit que vous marchez sur l'eau et que si vous ne fermez pas les fenêtres, vous pouvez vous envoler, eh bien vous y croyez." 

Selon un sondage de l'Ifop pour Le Point, publié mi-juin, le polémiste est crédité de 5,5% des intentions de vote au premier tour. Insuffisant pour espérer quoi que ce soit, mais suffisant pour piquer des voix à d'autres. Et contrairement aux idées reçues, Eric Zemmour ne prendrait pas de suffrages au RN, mais plutôt à la droite et à LR. Pas de quoi inquiéter le parti de Christian Jacob, assure Julien Aubert. "Il parle à une niche particulière de gens, ce n'est pas parce qu'il est regardé sur CNews que l'on va voter pour lui."

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