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Energie 2050 : l’ancien directeur de l’Ademe dénonce un rapport de "complaisance"

Des experts ont remis lundi 13 février au ministre de l'industrie les conclusions d'un rapport qui préconise de prolonger la durée de vie du parc nucléaire français au-delà de 40 ans. Entretien avec l'ancien directeur de l'Ademe, Bernard Laponche.
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Les deux tours réfirgérantes du site nucléaire du Tricastin (Drôme) en avril 2011 (AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES)

Des experts ont remis lundi 13 février au ministre de l'industrie les conclusions d'un rapport qui préconise de prolonger la durée de vie du parc nucléaire français au-delà de 40 ans. Entretien avec l'ancien directeur de l'Ademe, Bernard Laponche.

Une commission d'experts a remis lundi 13 février le rapport "Energie 2050" au ministre de l'industrie, Eric Besson, qui prévoit, à la demande du chef de l'Etat, de prolonger la durée de vie du parc nucléaire français au-delà de 40 ans. Mais ce document a été d'emblée très contesté, notamment par l'ancien directeur de l'Ademe, Bernard Laponche. Entretien.

Alors que les socialistes veulent réduire la part du nucléaire de 75 à 50 % dans la production d'électricité d'ici à 2030, le ministre de l'industrie a annoncé dimanche l'intention du chef de l'Etat de prolonger la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans.

Cette décision intervient au moment même où commission d'experts a rendu son rapport, "Energie 2050", qui dresse un tableau alarmant des conséquences du scénario prôné par le Parti socialiste et Europe Ecologie - Les Verts (EELV).

Surtout, le rapport Energie 2050, commandé en octobre, préconise de prolonger la durée de vie du parc nucléaire française aussi longtemps que l'Autorité de sûreté nucléaire le permettra.

A quelques jours de la déclaration officielle de Nicolas Sarkozy, le président sortant veut faire de la question du nucléaire un thème majeur de sa campagne électorale, afin de marquer sa différence et montrer que le gouvernement défend une filière qui "fonctionne".

Pourtant, l'élaboration du Rapport "Energie 2050" a été d'emblée contestée par les experts, notamment par Bernard Laponche. L'ancien directeur de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et membre de l'association "Global chance" -qui s'exprime à titre personnel- dénonce un rapport de "complaisance". Entretien.

Vous avez refusé de participer à la commission Energie 2050 et dénoncé des "erreurs factuelles" et des "problèmes de méthodologie" dans l'élaboration du rapport. Pourquoi ?

Bernard Laponche. Le travail réalisé pour élaborer ce rapport n'est pas sérieux. J'ai participé aux commissions Energie depuis 1975. Un tel rapport s'élabore en un an, au moins. Celui-ci s'est fait en trois mois. De plus, ce document arrive en pleine campagne présidentielle. C'est une blague, tellement c'est caricatural !

Le rapport préconise de mettre en relation coûts et effets sur les finances publiques, sur la balance commerciale, sur les émissions de CO2 et sur l'emploi, afin de suivre la "solution du moindre regret". Vous contestez cette logique ?

Le rapport Energie 2050 tire ses conclusions en suivant une perspective essentiellement économique du problème, sur un scénario dans lequel la source principale d'énergie est l'uranium dont nous sommes dépendants à 90 %.

La solution du moindre regret, ce serait de miser sur les économies d'énergie et d'avoir un ensemble de sources énergétiques. Il faudrait avoir une politique de l'énergie mieux équilibrée, qui prend en compte le coût de la sûreté nucléaire et surtout le coût que pourrait avoir un accident nucléaire.

Le rapport considère que le niveau des investissements réalisés doit être un "paramètre clé de la décision". C'est n'est pas le cas pour vous ?

Les investissements réalisés dans le secteur ont déjà été amortis puisque nos centrales nucléaires ont une trentaine d'années. Au-delà, c'est faire fi de la sûreté nucléaire. Certes, c'est économiquement intéressant. Mais c'est faire comme si Fukushima n'avait jamais existé.

Consulter la synthèse du rapport "Energie 2050".

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