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En Haute-Saône, la méthode du docteur Copé pour ranimer l'UMP

Entre un candidat pas encore déclaré et des militants en plein doute, le secrétaire général de l'UMP ne mégote pas pour remobiliser les troupes lors de ses déplacements dans les fédérations locales. Reportage.

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France Télévisions
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Jean-François Copé signe des autographes à Corbenay (Haute-Saône), le 1er février 2012. (SALOMÉ LEGRAND / FTVi)

"Il nous faut défendre l'intérêt supérieur de la France." Aux grands maux, les grands remèdes. En déplacement à la rencontre des militants UMP de Haute-Saône, mercredi 1er février, Jean-François Copé sent que ce n'est pas le moment de lâcher.

Il a les traits tirés, mais il tient bon. Le secrétaire général de l'UMP le sait, entre un candidat pas encore officiellement déclaré, l'annonce de mesures impopulaires et des sondages en berne, les militants doutent. "On a pas mal d'appels de gens qui se posent des questions", reconnaît un responsable de la fédération de Haute-Saône. 

Du coup, main dans la main avec les élus locaux, le patron du parti enchaîne : 15 minutes d'échange avec la presse du coin dans les bureaux de l'UMP à Vesoul sur le thème "tout va bien", 20 minutes à huis clos avec les salariés de Fuji Seal menacés par une délocalisation. Mais aussi meeting devant quelque 300 personnes à Vesoul, puis discours et choucroute party 40 kilomètres plus loin. Une mission : retenir les militants, leur (re)donner le goût du combat. FTVi s'est glissé dans les pas de Jean-François Copé en Haute-Saône, décryptage d'une méthode bien rodée. 

1. Le retour aux fondamentaux

Certes, les militants n'ont pas encore de candidat déclaré à soutenir et le programme que l'UMP vient d'adopter risque d'être lifté. Mais la droite a quelques fondamentaux que Jean-François Copé ne se prive pas de rappeler.

Quand il vante le bilan du quinquennat Sarkozy, il met l'accent sur "la réforme des retraites, le service minimum, l'interdiction de la burqa". Un principe de laïcité auquel il n'hésite pas à consacrer cinq minutes de discours à Vesoul devant les militants, et près d'un quart d'heure lors du "dîner républicain" à Corbenay, exemples personnels en tant que maire de Meaux (Seine-et-Marne) à l'appui. Il en est persuadé, le discours contre les "fondamentalismes" va structurer la campagne.

"La générosité, ça n'est pas de donner à tout le monde tout le temps, ça c'est l'assistanat", lance-t-il sous les applaudissements. Mais Jean-François Copé encourage aussi : "Nous valoriserons notre projet, je vous en dirai un mot tout à l'heure." Il salue bien "le plan stratégique proposé par le président dimanche" et la fiscalité antidélocalisation annoncée. Mais finalement, il n'en dira pas plus, trop occupé à souligner "les fautes irréparables du programme de François Hollande".

2. L'attaque de l'adversaire 

C'est finalement l'essentiel de son discours. Il s'éloigne souvent de ses notes, Jean-François Copé. Mais il n'oublie jamais une digression, une pique, une critique contre François Hollande. "Absence totale de vision et de courage", "irresponsabilité financière", le patron de l'UMP est intarissable.

"Augmentation des fonctionnaires, augmentation des impôts, ben oui, on va aller loin !", s'exclame-t-il devant 700 personnes qui attendent une choucroute à Corbenay. Une saillie sur les primaires socialistes, un peu d'ironie sur Hollande "et ses petits bras musclés" contre la finance ou les voyous. C'est la partie qui a le plus de succès dans l'assemblée. 

"J'en ai assez de cette ambiance lénifiante qui veut que, sous prétexte que c'est François Hollande qui parle, c'est frais, printanier, charmant", râle celui qui a bien entendu les exaspérations de ses militants. C'est l'objectif. Les chouchouter.

3. Soigner le militant

Même en retard sur le timing, Jean-François Copé prend le temps de faire le tour de la salle. Tout sourire, il salue, serre toutes les mains sur son passage, fait la bise à ces dames. On ne néglige pas les militants qui se déplacent. "Je reconnais que la période n'est pas toujours évidente", concède-t-il à la tribune. Mais il rassure vite : "Je n'ai qu'une consigne : restez tranquille, ne lisez pas les sondages." Avec cette formule répétée à l'envi : "Quand ils sont bons, on est anesthésié, quand ils sont mauvais on déprime", "ne perdez pas de temps avec ça !"

Il y va même de sa propre expérience : "Je suis de l'école chiraquienne", celle des sondages perdants jusqu'en janvier 1995 pour finalement l'emporter. C'est aussi ce que vendent les responsables de la majorité en Haute-Saône, comblés de le recevoir : "c'est un combattant", répète Alain Joyandet, à Vesoul…

"Courage, courage, courage, il vient nous porter la bonne parole nationale", martèle-t-il à Corbenay deux heures plus tard. Infatigable, Jean-François Copé redonne près de 50 minutes de discours, avale une choucroute dans un gymnase à l'éclairage jaunâtre avant de reprendre un tour des tables. Autographe. Sourire. Photos. A 23h42, il va même saluer dans les cuisines. 

Le mot-clé, c'est "courage"

Au fond, Jean-François Copé sait qu'il parle au dernier noyau de convaincus, ceux qu'il ne faut pas décevoir mais à qui, surtout, il faut donner les clés pour aller chercher les autres.

"Le mot-clé c'est courage, et je peux vous dire qu'on va le décliner partout, assène-t-il. Dans les épreuves, les crises, les tourmentes, c'est le courage qui fait qu'on s'en sort." "Après un mois de janvier douteux, je suis persuadé qu'il y aura un mois de mai radieux", espère Alain Joyandet. Les militants, eux aussi, espèrent. Et attendent la candidature de leur champion et un solide argumentaire.

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