Trois questions sur Macron et ses propos sur le tabagisme et l'alcoolisme dans le Nord-Pas-de-Calais

Emmanuel Macron a évoqué le tabagisme et l'alcoolisme des habitants du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Une déclaration qui vaut au candidat à la présidentielle des critiques à l'extrême droite comme à gauche.

Emmanuel Macron visite une école, le 14 janvier 2017, à Hellemmes (Nord).
Emmanuel Macron visite une école, le 14 janvier 2017, à Hellemmes (Nord). (MAXPPP)

Une "insulte", un signe de "mépris" ou une réalité sociale ? La polémique fait rage, samedi 14 janvier, après les propos tenus vendredi par Emmanuel Macron qui, en visite dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, a évoqué le "tabagisme" et l'"alcoolisme" dont souffriraient ses habitants. Les déclarations du candidat à la présidentielle soulèvent plusieurs questions, comme l'avaient déjà fait celles sur l'illettrisme touchant selon lui "beaucoup" des ex-salariés des abattoirs bretons Gad, en 2014, lorsqu'il était ministre de l'Economie.

Qu'a vraiment dit Emmanuel Macron ? 

En déplacement à Nœux-les-Mines, vendredi, le candidat à l'Elysée a fait cette déclaration, repérée par l'AFP et L'Avenir de l'Artois "Ici, une série de difficultés qui se sont accumulées, la difficulté économique, l'effrondrement de la mine (...). Sur cet effondrement, il y a eu des problèmes sanitaires et sociaux."

Dans ce bassin minier, les soins se sont moins bien faits, il y a beaucoup de tabagisme et d'alcoolisme, l'espérance de vie s'est réduite, elle est de plusieurs années inférieure à la moyenne nationale.Emmanuel Macron, en déplacement dans le Pas-de-Calaisle vendredi 13 janvier

Que lui reproche-t-on ?

Le maire frontiste d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steeve Briois, s'est fendu d'un communiqué, samedi, pour vilipender le "mépris de classe" de "l'ancien banquier de chez Rothschild". Et ce proche de Marine Le Pen de faire le lien avec "sa déclaration selon laquelle 'le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler'".

Selon le député européen FN, Emmanuel Macron "humilie encore une fois les classes populaires" "en relayant des clichés". Vendredi déjà, Steeve Briois l'avait déjà accusé de venir dans le Pas-de-Calais "comme certains vont au safari, avec pour seul but de revenir avec de belles photos".

Le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, a dans la foulée accusé Emmanuel Macron de faire preuve de "mépris social". Et le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, a qualifié ses propos d'"insultes".

A gauche aussi, la déclaration d'Emmanuel Macron a suscité des critiques. Le communiste Pierre Laurent y a vu du mépris de classe. L'écologiste Marine Tondelier, élue d'opposition à Hénin-Beaumont, elle, a préféré ironiser.

Ce qu'il dit est-il faux ?

Depuis plus d'une décennie, de nombreuses études pointent la situation sanitaire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, s'alarment de la santé de ses habitants... et tendent à donner raison à Emmanuel Macron.

En 2002, l'Observatoire régional de la santé du Nord-Pas-de-Calais a publié les conclusions d'un groupe de travail. "La population du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est exposée depuis près de cinquante ans à une crise sanitaire sans équivalent en France, constate-t-il. L'un des principaux signes (...) est l'alcoolisation des hommes, mais aussi des femmes et des jeunes." Le rapport évalue que "la mortalité à la consommation immodérée d'alcool y atteint deux fois l'indice national, elle peut culminer à six fois la mortalité française dans les secteurs les plus affectés."

En 2013, une Mission bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est encore plus alarmante. "Le Nord-Pas-de-Calais est la région de France métropolitaine où la surmortalité est la plus importante, suivie de la Picardie, écrit-elle. Quelle que soit la cause du décès ici étudiée, la mortalité est plus importante dans la région qu’en France." Et la mission de le confirmer : "La surmortalité est la plus nette pour les décès liés à l’alcoolisme : leur nombre est supérieur de 87% chez les hommes et 138% chez les femmes à ce que l’on aurait observé dans le Nord-Pas-de-Calais si la mortalité y était la même qu’en France. La surmortalité régionale est également très élevée pour les décès liés au tabagisme et, chez les femmes, au diabète."

En 2015, le constat n'a pas changé. L'Autorité régionale de santé livre ces statistiques dans son Atlas régional et territorial de la santé (PDF) : "23% des décès sont liés au tabagisme et 4,8% à l’alcoolisme." "La surmortalité liée à l’alcool est de 85% chez les hommes et 125% chez les femmes. Elle est de 38% chez les hommes et de 19% chez les femmes pour les décès liés au tabac."