Tribune de Macron sur l'Europe : " C'est une bonne chose de tenter de relancer le projet européen ", estime le ministre belge des Affaires européennes

Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, et européennes, a réagi sur franceinfo à la tribune d'Emmanuel Macron publiée lundi soir dans 28 médias de l'Union européenne.

Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense. 
Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense.  (STEPHANIE LECOCQ / EPA)

À trois mois des élections européennes, le président de la République Emmanuel Macron signe une tribune publiée dans la presse quotidienne en France et dans des journaux européens. La tribune développe trois thèmes : la liberté, la protection et le progrès. "C'est une bonne chose et c'est une bonne chose de tenter de relancer le projet européen", a expliqué mardi 5 mars sur franceinfo Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, et européennes, et de la Défense.

franceinfo : Que pensez-vous de cette tribune ?

Didier Reynders : C'est une très bonne chose que des leaders européens s'expriment partout en Europe. J'aurais aimé que l'on aboutisse à une circonscription électorale européenne à la suite du départ de nos amis britanniques dans le cadre du Brexit. On récupérait des sièges européens et on aurait pu en faire une circonscription européenne et pousser des candidats et des candidates à s'exprimer partout en Europe. Emmanuel Macron le fait déjà à travers une tribune présentée partout, ce qui permet de confronter ses idées à la réaction de tous les citoyens d'Europe. Donc, c'est une bonne chose et c'est une bonne chose de tenter de relancer le projet européen.

Emmanuel Macron propose de remettre à plat l'espace Schengen. Qu'en pensez-vous ?

C'est un des enjeux majeurs dans les prochaines années. Il faut revenir à des solutions concrètes. Je suis très heureux qu'il propose de redébattre à nouveau du sujet de la migration. C'est-à-dire de se demander comment on peut vivre ensemble en étant solidaire avec ceux qui nous rejoignent et qui méritent d'avoir un statut de réfugiés politiques parce qu'ils courent des risquent dans leur propre pays, mais à condition que cela se fasse dans le cadre d'une solidarité entre Européens. Si des pays européens ne veulent pas participer à cette solidarité, ne veulent pas assumer leurs responsabilités d'accueil, il faut probablement redéfinir l'espace de Schengen. C'est une réflexion que l'on a sur plusieurs thèmes européens. Le mieux est d'avancer à 28, mais il faut aussi songer parfois à avancer avec un nombre de pays réduit s'il n'est pas possible de convaincre tout le monde. A l'avenir, Emmanuel Macron a raison de proposer que l'on redéfinisse certains cadres européens.

Êtes-vous d'accord avec le fait que la frontière représente une liberté en sécurité ?

On doit renforcer, on le sait, nos efforts de défense et de sécurité. On le fait déjà au sein de l'Otan. Il faut un vrai pilier européen au sein de l'Otan et je crois qu'il faut aussi commencer à réfléchir à la sécurité d'une puissance économique que représente l'Europe, mais aussi politique. C'est un vrai enjeu pour les Européens dans les années à venir d'assurer eux-mêmes la défense de leur territoire et d'être peut-être un peu plus présent dans la gestion des conflits qui nous entourent.

Les idées d'Emmanuel Macron ne sont-elles pas trop ambitieuses ?

Il faut avoir beaucoup d'ambition surtout au moment où on lance un débat électoral pour l'ensemble des citoyens de l'Europe. L'Europe, on le voit bien, est très critiquée aujourd'hui alors que je pense et Emmanuel Macron le croit également, l'Europe ce n'est pas le problème mais la solution à condition qu'on se concentre sur quelques grands problèmes. Il faut rappeler que l'Europe c'est d'abord un projet politique autour de valeurs, c'est se préoccuper de l'État de droit, de la démocratie, des droits individuels, parce que l'ensemble de ces valeurs sont mises sous pression dans plusieurs pays européens. On a d'ailleurs lancé des procédures à l'égard de certains d'entre eux. L'Union européenne doit se rendre compte qu'elle est une vraie puissance capable d'influer sur le cours des choses chez elle comme dans le monde.