Présidentielle 2022 : à Avignon, les macronistes lancent leur campagne dans la position pas si confortable de favoris

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Envoyée spéciale à Avignon - Margaux Duguet
France Télévisions
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Temps de lecture : 6 min.
Le campus de la majorité présidentielle s'est tenu le week-end du 2 et 3 octobre à Avignon (Vaucluse).  (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

La République en marche s'est retrouvée pour son grand raout de rentrée dans la préfecture du Vaucluse, avec la présidentielle en ligne de mire. 

La phrase lui échappe, au détour d'une conversation, alors qu'il s'évertue depuis plusieurs minutes à démontrer le contraire. "Il faudrait vraiment un accident pour que Macron ne soit pas réélu", glisse un parlementaire influent de LREM croisé lors du campus de la majorité présidentielle organisé le week-end des 2 et 3 octobre à Avignon. A moins de sept mois de la présidentielle, les signaux sont plutôt au vert pour le camp macroniste : un président à la cote de popularité honorable, des sondages stables qui le donnent gagnant, une opposition morcelée et divisée…

Durant tout le week-end, les participants à ce campus qui a rassemblé quelque 4 500 militants ont pourtant mis un point d'honneur à marteler que l'élection n'était pas jouée. "Les gens aiment les surprises et faire mentir les scénarios déjà écrits, tient à rappeler une ministre de premier plan. La position de favori est difficile à tenir." "Le plan ne se passe jamais comme prévu", confirme l'une de ses collègues.

"Ne nous laissons pas anesthésier !"

A la tribune, membres du gouvernement et responsables d'En marche se sont donc succédé pour mettre en garde ceux qui voudraient enjamber cette élection. "ll ne faut pas chômer les fêtes avant qu'elles soient venues. Je vous le dis, le sujet qui doit nous préoccuper, c'est la réélection du président", a exhorté le patron des députés LREM, Christophe Castaner. "Ne nous laissons pas anesthésier !" a également prévenu le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand. 

Les ministres et dirigeants LREM lors du campus de rentrée de la majorité, le 2 octobre 2021, à Avignon (Vaucluse).  (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

A l'extérieur de la tribune, la prudence est la même. "Les bonnes opinions de popularité ne font pas un candidat au second tour", rappelle une proche d'Emmanuel Macron. 

"Des tas de choses peuvent se passer dans la campagne, il faut rentrer dedans avec beaucoup d'humilité."

Une proche d'Emmanuel Macron

à franceinfo

Mais, sans programme ni candidat officiellement déclaré, difficile de "rentrer" concrètement dans la campagne. Alors, les militants et l'état-major de LREM se raccrochent à une seule chose : le bilan du quinquennat. "C'est le message que l'on veut faire passer, nous serons rassemblés pour promouvoir le bilan", assure-t-on à LREM, expliquant que la moitié des ateliers de ce week-end étaient consacrés à outiller les militants sur ce sujet.

"On peut être fiers de ce que nous avons fait", s'est réjoui le ministre de la Santé, Olivier Véran, large vainqueur à l'applaudimètre. "Nous avons un vrai bilan. Jamais un président n'a fait autant en cinq ans", a enchaîné sa collègue à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, qui a fait lever la salle aux cris de "Macron, président". Mais en coulisses, un élu de la majorité rappelle que cela ne suffira pas. "Il faut un bilan et Macron l'a, mais il faut aussi un projet pour justifier un second mandat. Faire des tracts avec le slogan '5 ans de plus' alors que l'on n'a même pas encore présenté le projet…" 

La majorité à la recherche d'une organisation

La future organisation de campagne est également dans toutes les têtes. Dans les allées du parc des expos, ce n'est pas le sigle LREM qui est placardé partout, mais celui de la majorité présidentielle.

Une affiche "majorité présidentielle" au campus de LREM, le 2 octobre 2021, à Avignon (Vaucluse).  (NICOLAS TUCAT / AFP)

Une référence à la "maison commune" en construction, censée regrouper LREM et le MoDem ? Les contours du mariage sont encore flous et le temps file. "Il faudrait que l'on passe la seconde", presse un ministre. Le calendrier fixé ? La fin de l'année. Un congrès fondateur devrait être organisé, explique-t-on en interne.

Mais avant même d'exister, cette maison commune fait jaser. "Je sais que certains sont friands de commentaires sur la maison commune, sur ses composantes potentielles, sur ses excroissances éventuelles. Je n'ai qu'une seule chose à leur répondre : notre unité fait notre force", a taclé Christophe Castaner à la tribune. François Bayrou a, lui, énoncé une future règle d'or. Cette structure à venir "doit nous empêcher de nous disputer les uns les autres", a-t-il dit, alors qu'Edouard Philippe s'apprête à lancer son propre parti politique

Officiellement retenu pour des problèmes d'agenda, ce dernier a envoyé un petit message vidéo aux militants pour promouvoir son initiative. Sans que cela émeuve les dirigeants du parti présidentiel. "Nous sommes très à l'aise là-dessus", affirme-t-on, assurant que cette démarche renforce la majorité présidentielle.

Les ténors de la macronie n'ont évidemment pas oublié de taper sur l'opposition. "Il y a un petit parfum de campagne dans l'air", a d'abord souri Olivier Véran, avant de sortir l'artillerie lourde. Le PS ? "Je suis ministre de la Santé, je ne peux pas tirer sur l'ambulance." LR et ses difficultés à désigner un candidat ? "Il en va de la politique comme en amour, on ne réchauffe pas les plats." 

"On n'a pas déblatéré pendant des heures sur les racines chrétiennes de la France. On n'a pas été devant les caméras pour dire que 'la République, c'est nous'."

Olivier Véran, ministre de la Santé

à la tribune du campus

"La gauche continue de s'éparpiller, la droite se prépare à exploser", a résumé Stanislas Guerini, le délégué général de LREM. Sur l'esplanade du campus, on se rassure justement sur les chances jugées faibles des candidats LR. "Bertrand tape Macron sur l'immigration, la sécurité et le pouvoir d'achat. Ça marche pour être réélu président des Hauts-de-France, mais pour gouverner la France ? moque un député de premier plan. Et Pécresse, est-ce qu'elle peut dire sincèrement qu'elle aurait fait une politique différente de celle de Macron ? Ce n'est pas vrai !"

Zemmour, ennemi numéro 1

Mais, davantage que les partis historiques, c'est bien Eric Zemmour qui a concentré l'essentiel des attaques. "J'ai repéré la maladie et nous allons la combattre, elle s'appelle la peste brune !" a osé à la tribune Jean-Marc Borello, délégué national de LREM et proche du président. "Ce n'est plus seulement un polémiste ou un chroniqueur mais un ennemi politique, nous devons le combattre !" a affirmé quelques minutes plus tard Christophe Castaner. Une stratégie offensive qui n'est pas du goût de tous.

"En ciblant Zemmour, on le fait monter. On est en surréaction face à ce mec, il ne faut pas tomber dans le panneau."

Un ministre

à franceinfo

Pourquoi le polémiste, qui n'a toujours pas déclaré sa candidature, fait-il si peur à la majorité ? Officiellement, parce que les idées qu'il véhicule sont jugées "racistes" et "déclinistes". Mais on a surtout du mal chez LREM à apprécier sa dynamique sondagière"Zemmour n'est pas un épiphénomène, il faut le prendre au sérieux, on n'a pas le droit de dire qu'avec 15% d'intentions de vote, c'est un épiphénomène", assène une responsable du parti.

"J'ai du mal à analyser le ressort de celui qui vote Zemmour, on n'appréhende pas bien", avoue une ministre, ajoutant que "les calculs, y compris en termes de stratégie électorale, ne sont pas bons". En prenant des voix à Marine Le Pen mais aussi à la droite traditionnelle, Eric Zemmour fait planer l'incertitude sur le premier tour, rendant moins certain le duel réputé inéluctable entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Pour ce député du sud de la France, il n'y a donc pas le choix malgré les bons indicateurs pour la majorité : "Il faut que l'on parte comme si l'on était challengers."

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