Pourquoi Emmanuel Macron lance-t-il une offensive sur la sécurité, thème cher à ses opposants de droite ?

Dans une interview au Figaro, parue dimanche soir, le président de la République met l'accent sur la sécurité et affiche cette thématique comme "un enjeu majeur".

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Le président de la République Emmanuel Macron en déplacement dans un commissariat de Montpellier (Hérault), le 19 avril 2021. (GUILLAUME HORCAJUELO / AFP)

La sécurité est "un enjeu majeur pour le pays", a assuré Emmanuel Macron dans un entretien au Figaro, dimanche 18 avril. Et cette idée semble guider les prochaines mesures de l'exécutif, à un an de la prochaine élection présidentielle.

Augmentation des places de prison et des effectifs des forces de l'ordre, renouvellement du parc automobile policier et création d'une réserve de 30 000 hommes et femmes dans la police, Emmanuel Macron investit un sujet cher aux partis de droite. En visite dans un commissariat et dans un quartier populaire de Montpellier (Hérault), lundi, il s'est à nouveau positionné sur une thématique qui préoccupe une partie de l'opinion et de ses potentiels électeurs.

Un "besoin de sécurité" des Français

Impossible pour le chef de l'Etat de passer à côté d'un des sujets qui arrive très haut dans la liste des préoccupations des Français. Selon un sondage Odoxa pour Fiducial, publié en février 2021, seuls 17% des Français font encore confiance au gouvernement sur les enjeux de sécurité, un record de défiance. "Il y a un besoin de sécurité des Français, c'est sûr, mais de la même manière, l'écologie ou l'égalité des chances ont fait l'objet d'annonces ces dernières semaines", évoque l'entourage du chef de l'Etat, qui nie toute logique de calendrier politique dans ces annonces.

"La sécurité est un sujet régalien et il reste au cœur des préoccupations des Français", souligne Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondages Ipsos, contacté par franceinfo. La sécurité apparaît en effet juste derrière les enjeux économiques pour les Français, parmi lesquels l'emploi, notamment.

Un certain nombre de faits divers entretiennent le sentiment d'insécurité dans toute une partie de la population française", complète Jérôme Fourquet, politologue et directeur du département "Opinion" à l'institut de sondages Ifop, interrogé par franceinfo. Il précise également que "70% des Français considèrent que la délinquance a beaucoup augmenté au cours des derniers mois". Même si le Covid-19 et la crise sanitaire "écrasent encore tout" selon Brice Teinturier, revenir sur ce sujet répond à une attente.

Une réponse à ses futurs adversaires de droite

Le choix du président de la République interroge également sur sa volonté de répondre directement à ses potentiels adversaires dans les urnes, face à la déclaration de candidature de Xavier Bertrand, le 24 mars, et au niveau de Marine Le Pen dans les sondages en vue de l'élection présidentielle.

"Il a bien compris que c'était l'angle d'attaque privilégié d'un Xavier Bertrand et potentiellement le maillon faible de son quinquennat", avance Brice Teinturier. Jugé timide sur les enjeux sécuritaires par ses détracteurs, le président de la République veut reconquérir un électorat de centre-droit qui serait encore indécis.

Un nouveau pas en direction de la droite, alors que la gauche, en pleine tentative d'unité, reste trop faible pour incarner une menace électorale pour le chef de l'Etat : selon un sondage Elabe pour BFMTV, à gauche, seul Jean-Luc Mélenchon réunit plus de 10% des intentions de vote. Les autres candidats potentiels, Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Fabien Roussel, sont crédités de 6%, 5% et 1% des voix. Une faiblesse qui pourrait expliquer pourquoi la gauche ne constitue pas, à ce stade, une cible électorale pour le chef de l'Etat.

Dans son entretien au Figaro, Emmanuel Macron donne tout de même quelques gages, en tenant des propos qui "peuvent être bien acceptées par les sympathisants de gauche : la volonté de lutter contre les contrôles au faciès, le fait qu'il reconnaisse qu'il a plus de chances de réussite qu'un jeune homme de Seine-Saint-Denis… Il essaie de tenir l'équilibre", analyse Brice Teinturier.

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