"On va être vigilants sur ses liens avec l'Elysée" : la rédaction de LCP sceptique après la nomination de Bertrand Delais

Ces derniers mois, le successeur de Marie-Eve Malouines n'a pas tari d'éloges sur Emmanuel Macron. Franceinfo a contacté la Société des journalistes de la chaîne.

Le nouveau patron de LCP-AN, Bertrand Delais, lors de son audition à l\'Assemblée nationale en tant que candidat à la présidence de la chaîne, le 12 février 2018.
Le nouveau patron de LCP-AN, Bertrand Delais, lors de son audition à l'Assemblée nationale en tant que candidat à la présidence de la chaîne, le 12 février 2018. (LCP)

Bertrand Delais n'a pas encore récupéré les clés de son bureau que sa nomination à la tête de La Chaîne parlementaire, mercredi 14 mars, fait déjà grincer quelques dents. Il faut dire que le réalisateur est réputé proche d'Emmanuel Macron, à qui il a consacré un documentaire et de nombreuses notes de blog, pour le moins élogieuses, sur le HuffPost.

Une "Macron-compatibilité" critiquée par certains responsables politiques, comme Marine Le Pen, qui y voient là le risque d'une mainmise de l’Elysée sur un média public. "Nous en sommes parfaitement conscients, explique à franceinfo un représentant de la Société des journalistes (SDJ) de LCP.

En interne, certains peuvent se demander s'il n'est pas un envoyé de l'Elysée.Un membre de la SDJ de LCPà franceinfo

Dès l'annonce de sa nomination, plusieurs membres de La France insoumise ont dit tout le mal qu'ils pensaient du futur président de La Chaîne parlementaire. "Un parfum d'ORTF", a commenté Clémentine Autain, la députée de Seine-Saint-Denis. De son côté, Alexis Corbière pense qu'il "ne garantira pas l'indépendance du Parlement par rapport à l'Elysée". "Il y a un vrai problème avec les médias et le traitement de l'information dans notre pays", a tweeté Marine Le Pen.

Malgré ces critiques, la SDJ "n'a pas envie de lui faire de procès d'intention alors qu'il n'est pas encore installé". Elle jugera "sur pièce" et promet de rester "vigilante sur ses liens avec le pouvoir" de Bertrand Delais.

"Le climat était devenu très compliqué"

En interne, ce changement de tête était surtout très attendu : "Le climat était devenu très compliqué, notamment depuis le départ d'Astrid De Villaines." Mi-février, la journaliste avait choisi de claquer la porte de la chaîne publique, après avoir porté plainte pour agression sexuelle contre l'un de ses collègues, le présentateur Frédéric Haziza. Ce dernier avait été suspendu quelques semaines, avant de revenir à l'antenne, malgré les protestations de la SDJ auprès de la patronne de la chaîne.

La rupture était consommée avec Marie-Eve Malouines, sa prédécesseure.La SDJ de LCPà franceinfo

L'entreprise de soixante salariés attend "avec impatience" de retrouver "la sérénité" et "une ambiance de travail digne de ce nom." Qu'il soit "Macron-compatible ou pas", Bertrand Delais n'a "pas à intervenir dans le choix des sujets" : "Cela relève de la responsabilité des équipes."

Dans une interview accordée à nos confrères de Télérama, l'intéressé ne dit pas autre chose. "En tant que président, je n’ai pas l’intention de me mêler du rédactionnel. Je ferai confiance au rédacteur en chef qui sera nommé", promet-il. Avant de conclure : "Il pourrait très bien arriver, à l’avenir, qu’Emmanuel Macron soit agacé par une question de l’un de 'mes' journalistes…" La SDJ en a "pris note".