Le syndicat CRS UNSA "choqué" par les propos "vexants" d'Emmanuel Macron sur une réforme des méthodes d'intervention des forces de l'ordre

David Michaux, secrétaire national du syndicat CRS UNSA Police, attendait "plutôt un message de soutien" de la part du président de la République, alors qu'Emmanuel Macron a dit mercredi devant la presse envisager de "repenser certaines méthodes d'intervention" durant le mouvement des "gilets jaunes", lequel a donné lieu à des "blessures inacceptables" et des "mutilations".

Des CRS lors de la mobilisation des \"gilets jaunes\" le 25 mai 2019.
Des CRS lors de la mobilisation des "gilets jaunes" le 25 mai 2019. (SADAK SOUICI / LE PICTORIUM / MAXPPP)

À l'occasion de la rencontre avec l'Association de la presse présidentielle mercredi 22 août, Emmanuel Macron a dit envisager de "repenser certaines méthodes d'intervention" durant le mouvement des "gilets jaunes", qui a donné lieu à des "blessures inacceptables" et des "mutilations". "Ça nous a choqué d'entendre ça", a déclaré jeudi sur franceinfo David Michaux, secrétaire national du syndicat CRS UNSA Police. 

franceinfo : Comment interprétez-vous les propos du président de la République ?

David Michaux : On est quand même assez surpris de la volonté de remettre en cause la doctrine d'emploi des forces de l'ordre, étant donné que pour nous, elle fonctionne très très bien. La seule chose qui ne va pas dans cette affaire-là, ce sont les donneurs d'ordres. On a des gens qui sont plus ou moins frileux dans le cadre de donner vraiment des instructions pour intervenir rapidement. On a eu, avec ce qu'on a pu connaître avec les premiers actes "gilets jaunes", des gros manquements, des grosses erreurs de commandement. On a pu rétablir les choses le 4 décembre avec l'entrevue avec le ministre [Christophe Castaner], en lui expliquant qu'il fallait être beaucoup plus réactif et faire en sorte de donner, surtout, le maintien de l'ordre aux spécialistes du maintien de l'ordre qui sont les CRS et les gendarmes mobiles. Il faut arrêter de donner ce genre d'actions de police à des gens qui ne sont pas spécialisés. Et là, justement on se retrouve à avoir des gens en face qui vont être blessés, parce qu'ils ne maîtrisent pas les moyens qu'on peut donner. Mais derrière on a aussi des collègues qui sont blessés parce qu'ils vont au contact sans avoir les moyens de protection.

Dans les propos du chef de l'État il y a les termes "transparence", "exigence", "idéologie". Est-ce que vous prenez ces propos comme un avertissement ?

Alors nous ça nous a choqué d'entendre ça, étant donné qu'on ne s'attendait pas du tout à avoir une communication du président de la République dans ce sens-là. Les forces de l'ordre, depuis le 17 novembre, sont engagées au quotidien. On attendait plutôt un message de soutien de la part du président de la République, surtout là avec le G7, avec le nombre de forces de l'ordre qui sont engagés et qui vont assurer la sécurité et la sécurisation de l'ensemble des dispositifs. Entendre ce genre de propos quand même, c'est plus que vexant pour nous. On attend quand même qu'il y ait une autre réponse de la part du Président et de la part du ministre de l'Intérieur sur ce genre de choses. Les actions de police pour nous elles sont faites dans le cadre légal. Après, beaucoup de personnes ne connaissent pas notre façon de travailler et c'est justement ça qui pose un gros problème.

Comment interprétez-vous le changement dans les propos du président, qui vous avait soutenus à plusieurs reprises pendant les manifestations des "gilets jaunes" ?

Pour nous, c'est un message politique qu'il cherche à faire passer. Beaucoup de choses sont dites sur les forces de l'ordre. Il essaie de calmer les choses et de montrer qu'il y a une volonté de faire la clarté sur les événements passés, que ce soit sur les actes "gilets jaunes" ou sur les différents MO (maintien de l'ordre), sur ce qu'il s'est passé à Nantes. Maintenant il est hors de question qu'on se laisse mettre plus bas que terre, parce que là c'est un peu ce que nous on ressent. On est devenus la cible et ce n'est pas du tout ce qu'on espérait de la part du président de la République.