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Des ministres de la "société civile" dans le gouvernement ? "Ce n'est pas un gage de renouvellement et de renforcement du système politique"

Le nouveau gouvernement, qui doit être dévoilé mardi, pourrait intégrer des personnalités sans parcours politique. Mais, selon le sociologue Gautier Pirotte, ce n'est pas forcément un gage de réussite.

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Radio France
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Edouard Philippe, député-maire Les Républicains du Havre, sur son banc de l'Assemblée nationale le 20 octobre 2015 (MAXPPP)

Le gouvernement d'Édouard Philippe, qui sera connu mardi 16 mai, en fin de journée, devrait être composé pour un tiers de membres de la société civile. Cette dernière a été mise en avant par le mouvement En Marche ! d'Emmanuel Macron depuis son lancement. Elle "est toujours connotée positivement dans le cadre d'un régime démocratique. Mais ce n'est pas pour autant un gage réel de renouvellement et de renforcement du système politique", a estimé mardi sur franceinfo, Gautier Pirotte, sociologue et professeur à l'université de Liège, auteur du livre La notion de société civile, aux éditions La Découverte.

franceinfo : Que recouvre cette notion de société civile ? Est-ce un gage de réussite ? Qu'est-ce-que ça signifie pour Emmanuel Macron ?

Gautier Pirotte : Dans son cas, c'est surtout une société civile composée d'individus dynamiques et avec une certaine expertise. La notion de société civile a souvent été invoquée pour tenter de renouveler cette classe politique. Elle est toujours connotée positivement dans le cadre d'un régime démocratique. Mais ce n'est pas pour autant un gage réel de renouvellement et de renforcement du système politique. Les représentants de la société civile, qui sont mobilisés ici, ne sont pas normalement touchés par les affaires. Ils n'ont pas de casseroles derrière eux et font preuve d'une certaine probité. C'est une volonté de laver un peu plus blanc que blanc.

Faire appel à la société civile cela répond-il à un réel désir dans l'électorat aujourd'hui ?

Certainement. Les partis traditionnels semblent dépassés. Il y a une volonté d'engagement de tourner la page à une succession d'affaires qui ont émaillé cette campagne présidentielle. Le monde politique est un monde en soi. S'il faut des gens qualifiés, l'expert peut avoir un rôle beaucoup plus en retrait dans les cabinets et laisser le jeu politique se faire avec des gens qui ont davantage de bouteille à ce niveau. L'invocation de la société civile est une manière, en creux, de dire que la scène politique est remplie de gens qui sont potentiellement corrompus et qui ne sont pas suffisamment qualifiés. C'est une manière de dénigrer la scène politique actuelle.

N'y-a-t-il pas là un peu de démagogie ?

Bien entendu. C'est quelque part une volonté de tourner la page et de renouveler très rapidement au pas de course la scène politique, sous l'angle "tous pourris, il est temps de changer d'air". Mais on verra si la solution est durable. Les experts qui vont monter de la société civile vers l'espace politique ne sont pas nécessairement des acteurs professionnels. Ils risquent très vite d'être dégoûtés ou de montrer leurs limites dans le cadre de cette scène politique. Du côté du mouvement En Marche !, on voit bien que c'est une société civile assez élitiste avec des catégories socio-professionnelles assez supérieures qui sont la plupart du temps mobilisées.

La société civile, n'"est pas gage réel de renouvellement et de renforcement du système politique", explique le sociologue Gautier Pirotte
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