Conseil des ministres avancé : "Il n'y a aucun problème constitutionnel dans le fait que le président de la République se repose"

Il y a déjà eu des Conseils des ministres supprimés pour raisons d'état de santé, sous les présidences de François Mitterrand ou de Georges Pompidou, rappelle le constitutionnaliste Didier Maus.

Emmanuel Macron, le 27 octobre 2018, pendant le sommet à Istanbul sur la Syrie.
Emmanuel Macron, le 27 octobre 2018, pendant le sommet à Istanbul sur la Syrie. (OZAN KOSE / AFP)

Le Conseil des ministres a été avancé à mardi 30 octobre au matin pour "convenances personnelles". Le chef de l'État s'est octroyé trois jours de repos avant d'entreprendre dimanche un marathon pour célébrer le centenaire de l'Armistice de 1918, onze départements en six jours. Didier Maus, constitutionaliste, président émérite de l'Association internationale de droit constitutionnel, rappelle qu'il "est parfaitement normal que les responsables politiques, qui sont des hommes et des femmes comme les autres, aient besoin de se reposer un petit peu."

franceinfo : Déplacer un Conseil des ministres, est-ce inédit ?

Didier Maus : Le fait qu'on change la date du Conseil des ministres est assez fréquent. En général, on ne donne pas de motif ou le motif est suffisamment évident, un déplacement international, un discours à l'ONU… À ma connaissance, c'est la première fois que le motif strictement personnel est avancé mais honnêtement, il ne faut pas en tirer d'énormes conséquences. Il y a eu des Conseils des ministres supprimés pour raisons d'état de santé, aussi bien sous François Mitterrand que sous Georges Pompidou. Il n'y a rien d'étonnant à ce que monsieur Macron soit un petit peu fatigué. La vie de président de la République, en plus telle qu'il la conçoit, qu'il l'anime, telle qu'il la met en œuvre, c'est un parcours permanent, sept jours sur sept et quasiment 24 heures sur 24. Aucun d'entre nous ne résisterait à ce rythme. Et il est parfaitement normal que les responsables politiques, qui sont des hommes et des femmes comme les autres, aient besoin de se reposer un petit peu.

Est-ce quelque chose d'inhérent à la fonction ?

Oui. On se souvient par exemple pour Nicolas Sarkozy du coup de chaud qu'il a eu en faisant son jogging à Versailles, à la Lanterne, où il a fallu le transporter dans un hôpital. Il s'en est sorti extrêmement bien. Je crois qu'il n'y a rien d'anormal ni d'inquiétant dans cet état de fatigue. La période est propice pour se reposer. On commence le 1er novembre un pont de quatre jours. Monsieur Macron souhaite l'avancer d'une journée. Il n'est pas le seul en France à faire ça. Le président reste président. Où qu'il soit, il est en communication avec le palais de l'Élysée, avec les ministres. Il peut revenir d'un coup d'avion s'il est besoin. Il n'y a absolument aucun problème constitutionnel dans le fait que le président de la République se repose un petit peu. Ou travaille à un rythme plus paisible, plus raisonnable, peut-être plus personnel et que, par exemple, il aille faire, dans le courant de la journée, une heure ou une heure et demie de vélo comme on l'a vu dans le passé.

Depuis le quinquennat, on a l'impression que le rôle du Premier ministre est moins important et que le président se retrouve avec une charge plus importante. Qu'en pensez-vous ?

Le quinquennat a incontestablement changé les choses puisque le président est en même temps chef de l'État, chef de la majorité et de fait, chef du gouvernement. Mais nous n'avons aucun indice objectif qui permette de dire si la situation d'aujourd'hui est très différente de celle qui existait à une autre époque, par exemple entre Nicolas Sarkozy et François Fillon. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la relation entre le président et le Premier ministre est unique et singulière. Elle repose autant sur des rapports personnels que sur des règles juridiques. C'est le président de la République qui ajuste les rôles respectifs en fonction des circonstances, des besoins et le cas échéant de son état de fatigue.