"Ils ont été méprisés" : certains "marcheurs" n'emboîtent plus le pas au président Macron

Alors qu’il vient de perdre 10 points de cote de popularité au mois de juillet, le président Emmanuel Macron doit aussi faire face à la montée du mécontentement de certains militants de son mouvement. Franceinfo a recueilli le témoignage de ces "marcheurs". Si certains refusent de parler de fronde, d'autres ne cachent pas leur colère.

Le président Emmanuel Macron lors de son allocution devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 3 juillet 2017. Image d\'illustration.
Le président Emmanuel Macron lors de son allocution devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 3 juillet 2017. Image d'illustration. (MAXPPP)

Discutés à partir de lundi 24 juillet à l’Assemblée nationale, les deux projets de loi rétablissant la confiance dans l'action publique seront au menu du Palais Bourbon jusqu’à jeudi.

Mais au sein de la majorité, quelques dissensions sont apparues lors du travail en commission, notamment sur le devenir de la réserve parlementaire ou encore sur les futures règles de fonctionnement des frais des députés. Un premier accroc dans l'unité autoproclamée des marcheurs, alors que des divergences apparaissent également sur la baisse des aides au logement. Deux députés REM, Matthieu Orphelin et Amélie de Montchalin, ont ainsi ouvertement critiqué cette baisse sur leurs comptes Twitter.

La  discipline devait être le ciment du groupe La République en marche, mais qu'en est-il vraiment aujourd'hui ? Franceinfo a rencontré des "marcheurs", dont certains ne cachent pas leur colère. 

Le reportage de Martin Goillandeau.
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Emmanuel Macron a été clair quand il a fait sa visite surprise aux députés de La République en marche : "Pas de caporalisme, pas d'ordre jupitérien". C’était la semaine dernière, au moment où les premières divergences ont commencé à apparaître au sein du groupe. Parmi elles, la sortie du député Jean-Jacques Bridey. Le président de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale a regretté publiquement les coupes budgétaires imposées aux armées ainsi que la démission du chef d’état-major Pierre de Villiers. Il conteste néanmoins être le premier frondeur d’En marche ! : "On a dit que j’avais eu des propos très équilibrés. J’ai dit ma confiance et mon estime pour le général de Villiers. Personne aujourd’hui ne peut regretter ces propos. J’ai dit que je regrettais la coupe des 850 millions. Personne ne peut me donner tort de l’avoir dit. Je n’ai aucune raison de fronder, aucun état d’âme et aucune volonté de devenir frondeur", assure-t-il.

Quand des députés REM votent un amendement de l'opposition

Pas de fronde donc, mais une volonté en tout cas de libérer la parole, de s’affranchir de la discipline de vote en vigueur au sein du parti. Normalement prévue par le règlement intérieur du groupe parlementaire, elle a été rompue pour la première fois lors des discussions sur la réforme du travail. Quelques députés macronistes ont ainsi timidement voté aux côtés de l’opposition en faveur d’un amendement sur la médecine du travail. Un amendement qui allait contre l’avis du gouvernement et qui était défendu par le député UDI Philippe Vigier, qui se félicite d’avoir fait bouger les lignes au sein de la majorité. "C’est la première fois qu’ils ont peut-être demandé la permission de faire autre chose que ce que le gouvernement leur demande de faire au quotidien", commente-t-il.

Toutes les majorités pléthoriques qui se taisent, ça ne marche jamais. Ils (les députés de la majorité) vont découvrir les joies de la liberté. Je les encourage à continuer.Philippe Vigier, député UDIà franceinfo

Aurélien Taché est le responsable du groupe REM à la commission des Affaires sociales. Il concède que la discipline de vote évoquée dans le règlement ne s’applique pas forcément aux amendements. "Nul mandat n’est impératif. On s’est engagé, tous, sur le contrat avec la Nation qu’Emmanuel Macron a proposé aux Français et c’est vrai que certains collègues, vraiment interpellés par le sujet, ont voté pour l’amendement. Le règlement intérieur du groupe n’interdit pas de manière absolue et impérative le fait d’adopter des amendements de l’opposition, bien heureusement", insiste-t-il.

Nos collègues de l’opposition peuvent avoir des propositions tout à fait constructives et intéressantes et le cas échéant le groupe peut parfaitement les adopter.Aurélien Taché, député REMà franceinfo

Si la ligne n’est pas encore tout à fait arrêtée par les responsables du groupe, le député France insoumise, Ugo Bernalicis, voit d’un bon œil des premières divergences qui font les affaires du groupe de Jean-Luc Mélenchon. Selon lui, "la question qui se pose n’est pas de savoir si cette majorité va exploser ou imploser, mais quand !"

Des adhérents déçus 

Nouveau test à partir de lundi après-midi avec l’ouverture des discussions en séance de la loi de moralisation de la vie publique. Le règlement intérieur des députés prévoit plus de souplesse sur les lois touchant à l’éthique. Les clivages internes pourront donc sans doute davantage s’exprimer. Mais cette discipline de La République en marche commence aussi à agacer les adhérents du mouvement. Et cet agacement s’exprime notamment à travers le collectif "Les Marcheurs en colère".

On interroge aujourd’hui le principe démocratique, y compris la liberté de s’exprimerTiphaine Beaulieu, porte-parole des "Marcheurs en colère"à franceinfo

Fondé pendant les législatives, il revendique aujourd’hui plus de 7 000 membres et entend relayer la parole des déçus du mouvement. Sa porte-parole, Tiphaine Beaulieu, dénonce notamment "des adjoints ou des élus de mairies, qui ont essayé de s’exprimer et qui ont été menacés. Des représentants de La République en marche qui ont essayé de parler et qui ont été exclus de boucles de communication Telegram. Des gens qui aussi ont essayé de s’exprimer et qui du jour au lendemain ne pouvaient plus accéder à leur espace personnel En marche".

Du côté du parti, on préfère rappeler que ces "Marcheurs en colère" sont minoritaires. "Il y a 375 000 adhérents aujourd’hui au sein de La République en marche. C’est un chiffre qui parle de lui-même", se défend Aurore Bergé, porte-parole du groupe REM à l’Assemblée. "Si on continue à avoir autant d’adhérents, c’est justement parce qu’ils ont envie de participer à une nouvelle manière de faire de la politique qui s’exprime en notre sein", poursuit-elle. Mais chez les "Marcheurs en colère", Tiphaine Beaulieu conteste ces chiffres "aberrants" et regrette que La République en marche ne soit pas à l’écoute du collectif. 

Le mouvement En marche aime beaucoup les chiffres, surtout les gros chiffres. Tiphaine Beaulieu, porte-parole des "Marcheurs en colère"à franceinfo

"On a fait le test à plusieurs et moi-même je suis comptée cinq fois dans cinq comités différents", affirme-t-elle. "A moi seule je représente cinq adhésions ! Si les marcheurs en colère sont en colère aujourd'hui, c’est parce qu’ils ont été méprisés", poursuit-elle. 

Le vote des nouveaux statuts contesté

Cette semaine, les nouveaux statuts de la République en marche font l’objet d’une consultation auprès de l’ensemble de ses adhérents. Les résultats seront annoncés le 1er août. Mais déjà, des voix s'élèvent contre la convocation de ce vote. Des membres de la République en Marche, constitués en collectif, "La Démocratie en marche", ont ainsi engagé une procédure en justice pour contester les nouveaux statuts du mouvement, dénonçant un "manque de démocratie interne".

Une audience en référé est prévue mardi 25 juillet devant le tribunal de Créteil, a indiqué lundi à l'AFP Rémi Bouton, un des porte-parole du collectif, tout en précisant que "La Démocratie en marche" n'a "aucun rapport" avec le collectif de macronistes mécontents les "Marcheurs en colère".