Pour tenter de disculper Alexandre Benalla, un ex-conseiller de l'Elysée a fait diffuser un montage vidéo trompeur

Ismaël Emelien, qui a démissionné de l'Elysée le 11 février, a récupéré illégalement une vidéo de la préfecture de police et ajouté des images d’une autre scène de violence, révèle "Le Monde".

Alexandre Benalla (à droite) interpelle violemment un individu, place de la Contrescarpe à Paris, le 1er mai 2018.
Alexandre Benalla (à droite) interpelle violemment un individu, place de la Contrescarpe à Paris, le 1er mai 2018. (NAGUIB-MICHEL SIDHOM / AFP)

Une nouvelle polémique embarrassante pour l'Elysée dans l'affaire Benalla. L'ex-conseiller spécial d'Emmanuel Macron Ismaël Emelien a ajouté des images d'une autre scène de violence à celles récupérées illégalement auprès de la préfecture de police pour tenter de disculper Alexandre Benalla au sujet des violences du 1er mai à Paris. C'est ce que révèle Le Monde, vendredi 29 mars. Le tout avait été diffusé sur Twitter via un compte anonyme le 18 juillet.

Le stratège de l'Elysée avait déjà dû s'expliquer mi-janvier devant la "police des polices" sur la diffusion de ces images de vidéosurveillance policière montrant un jeune couple en train de lancer des bouteilles et d'autres projectiles sur les policiers place de la Contrescarpe, avant l'intervention d'Alexandre Benalla.

Une vidéo tournée "bien après" l'altercation place de la Contrescarpe

Les images en question, qui avaient fuité le soir de la révélation du scandale par Le Monde, s'étaient retrouvées le lendemain sur des comptes Twitter pro-Macron, tels que @FrenchPolitic, tenu par un salarié de La République en marche chargé du numérique, Pierre Le Texier, et supprimé depuis. Dans son article, Le Monde met en lien ce tweet qui contient la vidéo dans son contexte initial.

Ismaël Emelien, spécialiste de la communication de crise passé par l'agence Havas, a ajouté à ces images de vidéosurveillance une autre scène de violence où l'on voit un homme, très agité, poursuivre un policier, chaise à la main. "Il ne s'agit nullement du jeune homme désormais bien connu immobilisé par Alexandre Benalla place de la Contrescarpe, comme en attestent facilement ses chaussures, de couleur différente, ou encore son blouson, sans fourrure", écrit Le Monde. La vidéo date de la soirée, "bien après l'altercation entre Alexandre Benalla et le couple" de la Contrescarpe, poursuit le quotidien.

Selon le journal, lors de son audition mi-janvier, Ismaël Emelien avait expliqué à l'IGPN qu'Alexandre Benalla lui avait envoyé alors ces images "par message" sur son téléphone en lui confiant qu'il s'agissait du jeune homme de la Contrescarpe.

Les deux vidéos jointes "dans un même fichier"

Ismaël Emelien joint alors "les deux vidéos dans un même fichier", comme il l'a expliqué à la police des polices, selon le quotidien. Pierre Le Texier poste le tout avec ce message : "OK, même si ce n'était pas à #Alexandre Benalla de le faire, ne faisons pas passer cet étudiant pour un garçon bien sous tout rapport. C'était un individu violent qui était sciemment venu place de la contre-escarpe pour casser du flic."

Interrogé sur ces faits par France 5, jeudi 28 mars, Ismaël Emelien, qui a démissionné le 11 février et fait actuellement la promotion de son livre Le progrès ne tombe pas du ciel (Fayard), a assuré qu'il ne savait pas que l'homme de la vidéo "à la chaise" n'était pas celui de la Contrescarpe. "Je ne sais pas qui est ce monsieur, je ne sais pas si c'est celui-là ou pas", a-t-il affirmé.

Pour moi, [cette vidéo] n'était pas [mensongère].Ismaël Emeliensur France 5

Il a en revanche reconnu et justifié l'utilisation de comptes anonymes : "Vous savez, sur Twitter, c'est un peu la règle." "Y compris à l'Elysée ?", demande le journaliste Patrick Cohen. "Non, pas directement", a fait marche arrière, visiblement embarrassé, l'ex-conseiller.

Trois fonctionnaires de la préfecture de police mis en examen

Devant les enquêteurs, Ismaël Emelien avait aussi martelé n'avoir jamais imaginé que les images (celles de la Contrescarpe) pouvaient être des extraits de vidéosurveillance policière, évoquant plutôt des images "sorties des réseaux sociaux" ou des "images de webcam touristiques accessibles librement sur internet". Mais, alerté par le service de presse de l'Elysée, qui avait été interrogé par des journalistes au sujet d'une vidéo volée, il avait indiqué avoir été "pris d'un doute" en fin d'après-midi le 19 juillet et avoir demandé à Pierre Le Texier "de retirer la publication faite par ses soins".

Trois fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, soupçonnés d'avoir participé à la remise du CD-Rom contenant une copie des images à Alexandre Benalla, ont été mis en examen dès juillet pour "détournement d'images issues d'une vidéoprotection et violation du secret professionnel".