Port d'arme, appartement au quai Branly, voiture de service... Quels sont les avantages dont bénéficiait Alexandre Benalla ?

Le jeune chargé de mission bénéficiait par exemple d'un véhicule de service doté d'un équipement qui serait habituellement réservé à la police.

Alexandre Benalla lors de l\'arrivée de l\'avion transportant l\'équipe de France de football à l\'aéroport Paris-Charles de Gaulle, le 16 juillet 2018.
Alexandre Benalla lors de l'arrivée de l'avion transportant l'équipe de France de football à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, le 16 juillet 2018. (THOMAS SAMSON / AFP)

"Alexandre Benalla n'a jamais détenu de codes nucléaires, Alexandre Benalla n'a jamais occupé un 300 m² à l'Alma, Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000 euros, Alexandre Benalla, lui non plus, n'a jamais été mon amant !" Six jours après le début de l'affaire Benalla, Emmanuel Macron a ironisé devant les parlementaires de la majorité, mardi 24 juillet, sur les rumeurs entourant son ancien chargé de mission.

>> Affaire Benalla : suivez en direct les auditions à l'Assemblée et au Sénat avec franceinfo

Dans son édition parue mercredi, Le Canard enchaîné indique que le jeune homme disposait d'un double des clés de la villa du Touquet du couple Macron. Mais au-delà de cette anecdote, l'ancien responsable de la sécurité du palais de l'Élysée, mis en examen après avoir reconnu avoir porté des coups à des manifestants lors du 1er-Mai, a bénéficié d'avantages réels qui font polémique. Franceinfo en dresse la liste.

Une rémunération confortable

Combien était rémunéré Alexandre Benalla pour sa mission de protection du chef de l'Etat ? Les informations à ce sujet ont été contradictoires. Vendredi 20 juillet, Le Parisien évoquait un traitement mensuel flirtant avec les 10 000 euros. 

"C'est faux ! Il avait le traitement d'un chargé de mission à la présidence de la République", a rétorqué Patrick Strzoda devant les députés qui l'interrogeaient à ce sujet, sans toutefois avancer de chiffre précis. Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron a par ailleurs précisé que le contrat de travail d'Alexandre Benalla ne prévoyait aucune prime. Une déclaration exacte, comme le montre le document publié par Mediapart, que le site d'information a obtenu auprès de l'Élysée mais sur lequel le montant de sa rémunération est masqué.

Selon les informations du Canard Enchaîné, le jeune homme émargeait en fait à 7 113 euros bruts mensuels. Selon un document gouvernemental transmis à l'AFP, il touchait environ 6 000 euros nets par mois. 

Un appartement de fonction dans un quartier chic de Paris

Alexandre Benalla habite à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Mais Le Monde a révélé, vendredi 20 juillet, que le jeune homme a déclaré le 9 du même mois résider au 11 quai Branly, dans le très chic 7e arrondissement de Paris. Cette adresse est celle du palais de l'Alma, un monument historique qui abrite plusieurs dizaines d'appartements de fonction dont certains sont occupés par des collaborateurs de l'Elysée.

Dans un article publié lundi, L'Express a même ajouté qu'un budget de 180 000 euros avait été alloué pour faire des travaux dans ce logement et que deux appartements devaient être réunis pour former un duplex de 200 mètres carrés pour Alexandre Benalla. 

Ces informations ont été démenties par l'Élysée. La présidence a confirmé l'existence d'une "demande de logement" qui a été "acceptée dans le courant de l'année 2018", mais assure que le chargé de mission n'a "jamais occupé" cet appartement. Quant aux travaux, la présidence a confirmé qu'"en novembre 2017, il a été décidé pour le site de l'Alma d'une rénovation complète de quatre appartements (...) en mauvais état", mais a démenti la réunion de deux appartements ainsi que des chiffres "inexacts".

Entendu par les députés, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron a de son côté justifié le fait que ce prestigieux logement a été accordé à Alexandre Benalla par les "contraintes de disponibilité et de rythme de travail" du chargé de mission.

Une voiture de service dotée d'un équipement policier

Le véhicule d'Alexandre Benalla a également provoqué la polémique. La berline, un modèle Talisman produit par Renault, était en effet équipée d'une sirène et d'appareillages lumineux "en principe réservés à l'usage de la police", écrivait BFMTV le 19 juillet.

S'agissait-il pour autant d'une sorte de Batmobile dont le chargé de mission pouvait jouir à titre privé ? Pas du tout, a affirmé le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron mardi devant la commission d'enquête. "Ce n'était pas une voiture de fonction, c'était une voiture de service pour exercer sa mission qui, (...) l'amenait très souvent sur le terrain pour préparer les déplacements du président", a justifié Patrick Strzoda. Quant aux dispositifs lumineux et sonores, ils ont été "installés par le garage de l'Élysée" car la Talisman était "également intégrée dans le cortège présidentiel".

Un grade de lieutenant-colonel qui fait jaser

Réserviste de la gendarmerie depuis 2009, Alexandre Benalla n'a jamais dépassé le grade de brigadier avant l'hiver 2017. Radié à sa demande en novembre, il a presque immédiatement été réintégré en tant qu'"expert", mais cette fois au prestigieux grade de lieutenant-colonel, a indiqué Gérard Collomb devant les députés.

Libération confirme que des "experts" peuvent en effet être temporairement recrutés par la gendarmerie à un grade élevé. Mais il s'agit en général de "spécialistes de très haut niveau (traducteurs, ingénieurs, avocats, etc.) dont l'armée ne pourrait s'adjoindre les compétences pour des raisons purement financières", explique le quotidien. Le journal ajoute toutefois que de nombreux gendarmes s'interrogent sur "les compétences hors norme" qui ont valu à "ce gros bras" de se voir accorder une telle faveur. Et Libération de conclure, cinglant : "À part sa proximité avec le chef de l'Etat, on ne voit pas."

Interrogé sur ce point au Sénat mercredi matin, le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey, a indiqué que "le grade dans la réserve spécialiste est un grade temporaire qui n’emporte aucune prérogative ni de puissance publique ni de commandement", assumant le fait de l'avoir nommé à ce grade. "Je considérais que compte tenu de son expérience en matière de protection des personnalités, il était un personnel ressource utile."

Une autorisation de port d'arme controversée

Proche d'Emmanuel Macron depuis qu'il a intégré son équipe de campagne fin 2016, Alexandre Benalla a demandé à trois reprises au ministère de l'Intérieur l'autorisation de porter une arme : en 2013, en janvier 2017 puis en juin de la même année. Ces requêtes ont toutes été refusées, a expliqué Gérard Collomb lors de son audition par les députés, lundi. "Monsieur Benalla ne remplissait pas les conditions requises, l'exposition à des risques exceptionnels d'atteinte à sa vie, pour se voir délivrer une telle autorisation ministérielle", a expliqué le ministre.


Alexandre Benalla a finalement obtenu l'autorisation de porter sur lui un pistolet de type Glock en octobre 2017. Ce sésame ne lui a pas été attribué par le ministère de l'Intérieur, mais par la préfecture de police saisie en ce sens par l'Elysée, comme l'a indiqué aux députés le préfet, Michel Delpuech, qui a signé l'arrêté autorisant le port d'armes. Ce texte motive cette décision  par "le haut niveau de menace terroriste", "la sensibilité du domaine d'exercice de [la] mission [d'Alexandre Benalla]" et l'exposition "à des risques d'agression".

Comme l'indique toutefois Le Point, les textes de loi invoqués pour justifier cette autorisation ne pouvaient pas s'appliquer au jeune chargé de mission de l'Élysée. Un "point de faiblesse" reconnu par le préfet Michel Delpuech, qui s'en est justifié devant les députés. "Dès lors que l'Élysée avait relayé auprès de moi cette demande, sans faire pression, en me laissant le soin d'apprécier et d'apprécier seul, j'assume cette responsabilité personnellement", a-t-il précisé.

Une habilitation secret-défense depuis 2017

Selon les informations du Point, confirmées par les services de renseignement, Alexandre Benalla a été "habilité au titre du secret de la défense nationale, après enquête menée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)" en juin 2017. Cette habilitation lui permet théoriquement de pouvoir accéder à des documents et informations relevant de la sécurité et de la défense nationale.

Cette procédure peut surprendre à première vue, mais était prévue dès la signature du contrat de travail d'Alexandre Benalla, comme le révèle Mediapart mercredi 25 juillet. Elle s'explique par le fait qu'en tant que responsable de la sécurité du président, Alexandre Benala était amené à voir circuler des documents évoquant la sécurité de l'Etat, et à accompagner Emmanuel Macron sur des zones sensibles, comme des bases militaires, analyse RTL.

Expirant à la fin de sa mission, cette autorisation n'était en outre pas suffisante pour qu'Alexandre Benalla puisse consulter des documents sensibles à sa guise. Il faut en effet pour cela bénéficier également d'une autorisation de son supérieur hiérarchique justifiant le besoin d'accès à de telles informations.

Un surprenant badge d'accès à l'Assemblée nationale

En pleine séance, samedi 21 juillet, le député LR des Côtes-d'Armor Marc Le Fur a interpellé sous les exclamations d'indignation François de Rugy au sujet d'un badge dont disposait Alexandre Benalla, et qui lui permettait d'accéder jusqu'à l'hémicycle de l'Assemblée nationale depuis juin 2017.

Depuis le perchoir, le président de l'Assemblée a invité l'élu de droite à ne "pas créer des polémiques inutiles", rappelant qu'"un certain nombre de collaborateurs de l'exécutif, de ministres, dont du président de la République" bénéficiaient de badges, et qu'"il en a toujours été ainsi". Interrogé par L'Opinion le surlendemain, François de Rugy a quelque peu ajusté sa position, estimant qu'il existait des "traditions qui ont vocation à changer".

Je passerai en revue, dans les prochains jours, tous les badges attribués à des cabinets ministériels et à la présidence de la République. Il y aura sans doute moins de badges, et ils seront soumis à mon visa.François de Rugyà L'Opinion