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Affaire Benalla : qui sont les personnes interrogées (et celles qui pourraient l'être) par les commissions d'enquête ?

Des hauts responsables de la police au secrétaire général de l'Elysée, les comissions d'enquête de l'Assemblée et du Sénat dévoilent peu à peu la liste des personnes qu'elles souhaitent entendre dans le cadre de l'affaire Benalla.

Article rédigé par
Juliette Campion - franceinfo
France Télévisions
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Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, entendu par la commission d'enquête parlementaire, lundi 23 juillet (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Un mois pour l'Assemblée nationale, six pour le Sénat. C'est la durée dont disposent les deux commissions des lois, désormais dotées des pouvoir d'enquête, pour tenter d'éclaircir les rôles des protagonistes impliqués dans l'affaire Benalla.

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Sur fond de tensions entre les parlementaires de la majorité et de l'opposition, les premières auditions ont début lundi 23 juillet, avec les déclarations, plutôt évasives, du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb.

Pour y voir plus clair, franceinfo s'est penché sur les témoins qui se sont exprimés, qui s'apprêtent à le faire et ceux qui pourrait être convoqués dans les prochaines semaines, à commencer par le président de la République, Emmanuel Macron. 

Ceux qui ont déjà été auditionnés

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, le 23 juillet 2018.  (GERARD JULIEN / AFP)

Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur. Soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, il est le premier à être passé sur le grill de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, lundi 23 juillet, à 10 heures. Numéro 2 du gouvernement, le témoignage de cet ancien socialiste était très attendu. Supposé "garantir l'intégrité des institutions publiques" comme l'explique le site Interieur.gouv.fr, le "premier flic de France" a passé près de deux heures et demie sous le feu des questions.

>> Affaire Benalla : ce qu'il faut retenir de l'audition de Gérard Collomb devant l'Assemblée nationale

Il a confirmé qu'il était au courant de l'implication d'Alexandre Benalla dès le 2 mai, tout en considérant qu'il n'avait pas à saisir directement l'IGPN ou le procureur. Le doyen du gouvernement s'est dédouané d'une quelconque faute dans la gestion de l'affaire Benalla en se défaussant régulièrement sur le préfet de police, Michel Delpuech.

Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, répond aux questions des parlementaires sur l'affaire Benalla, le 23 juillet 2018. (JACQUES DEMARTHON / AFP) (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Michel Delpuech, préfet de police de Paris. Nommé peu avant l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, la carrière de cet homme de 65 ans est "jusque-là sans accros au sein de l'administration préfectorale", comme l'explique France 3. Successivement préfet de Corse, de Picardie, puis d'Aquitaine, il a ensuite travaillé avec Gérard Collomb de 2015 à 2017 lorsqu'il a été nommé préfet de la région Rhône-Alpes. Le ministre de l'Intérieur était alors maire de Lyon. "La loyauté envers les élus, c'est l'ADN d'un préfet, et de votre interlocuteur en particulier, il me semble", confiait-il début juillet, cité par Le Monde.

>> Affaire Benalla : ce qu'il faut retenir de l'audition du préfet de police de Paris à l'Assemblée nationale

Mardi après-midi, alors que sa position a été très fragilisée le matin même par les déclarations de Gérard Collomb, il s'est défendu devant la Commission d'enquête de l'Assemblée, assurant qu'il ne "savait rien" de la présence d'Alexandre Benalla et a rappelé être "sous l'autorité des autorités exécutives". Le haut-fonctionnaire a expliqué aux députés avoir découvert "avec surprise, étonnement" la présence d'Alexandre Benalla, au soir du 1er mai, dans la salle de commandement de la préfecture de police.

Alain Gibelin, directeur de l'oprdre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, le 21 juin 2017, lors d'une conférence de presse. (MAXPPP)

Alain Gibelin, directeur de l'ordre public à la préfecture de police de Paris. Ce haut responsable policier, chargé notamment de la gestion des opérations de maintien de l'ordre lors des grandes manifestations, a été entendu lundi soir à l'Assemblée. Alain Gibelin a notamment affirmé qu'Alexandre Benalla "ne bénéficiait d'aucune autorisation de la préfecture de police", contredisant le porte-parole de l'Élysée, Bruno Roger-Petit, qui avait affirmé jeudi 19 juillet que ce dernier avait bénéficié d'une autorisation en tant qu'"observateur". Le directeur de l'ordre public avait également laissé entendre qu'Alexandre Benalla avait assisté à des réunions sécuritaires durant la période où il était censé être suspendu, entre le 4 et le 19 mai. Après que l'Élysée ait réfuté ces propos, Alain Gibelin est finalement revenu sur ses déclarations mardi, assurant qu'il s'était trompé dans sa réponse.

Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, avant son audition par la commission des lois de l'Assemblée nationale, le 24 juillet 2018, à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Entendu mardi 24 juillet dans l'après-midi par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, cet ancien préfet de Corse est en première ligne dans l'affaire. C'est à lui qu'Alexandre Benalla avait demandé "deux jours" pour assister les forces de police le 1er mai en tant qu'"observateur", selon les propos du directeur de cabinet dans Le Monde.

>> Affaire Benalla : trois questions sur le rôle d'"observateur" occupé par le collaborateur d'Emmanuel Macron lors du 1er-Mai

Le lendemain, après avoir visionné les vidéos des violences commises par Alexandre Benalla place de la Contrescarpe, cet ancien énarque l'avait immédiatement convoqué. Patrick Strzoda avait alors décidé de sa suspension temporaire, du 4 au 19 mai, et aussitôt prévenu Emmanuel Macron qui lui aurait demandé de "prendre des sanctions".

La responsabilité de cet ancien directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve est directement mise en cause. Pour beaucoup, l'ancien préfet de 66 ans fait office de "fusible" idéal, sa retraite étant prévue pour l'automne. Ses missions sont principalement d'ordre administratif : "Recrutement des conseillers et chargés de mission, sécurité des personnels mais aussi accès aux différentes places de pouvoir", détaille Le Figaro dans son édition du mardi 24 juillet 2018.

Ceux qui vont être auditionnés

Alexis Kohler sur le perron de l'Elysée, le 12 octobre 2017. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée. Ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron lorsque celui-ci était ministre des Finances, Alexis Kohler est considéré comme le bras droit du chef de l'État. À 44 ans, il figure au sommet de la hiérarchie du cabinet présidentiel. "Nommé par le président, il est au cœur du réacteur", souligne Le Figaro. Emmanuel Macron l'a d'ores et déjà chargé de "réorganiser" le personnel de l'Élysée pour pallier ce qu'il qualifie de "dysfonctionnements". Auditionné jeudi à 8h30 devant la commission d'enquête du Sénat, il ne semble pour l'instant pas directement impliqué dans le dossier Benalla. 

Les Républicains ont demandé à entendre Alexis Kohler. Pourquoi pas, mais il n'est mentionné nulle part dans cette affaire. Il y a sans doute d'autres personnes à entendre en priorité.

Jean-Christophe Lagarde, membre de la commission d'enquête

à franceinfo

Stephane Fratacci, directeur de cabinet de Gérard Collomb, ici photographié le 3 août 2015 à Strasbourg. (CLAUDE  TRUONG-NGOC / CROWDSPARK)

Stéphane Fratacci, directeur de cabinet de Gérard Collomb. Homologue de Patrick Strzoda place Beauvau, il sera entendu mardi 24 juillet à 21 heures, par la commission des lois de l'Assemblée. Lors de son audition lundi, Gérard Collomb a expliqué que c'était lui qui l'avait informé de l'existence de la vidéo impliquant Alexandre Benalla. "J'ai été informé de ces vidéos l'après-midi [du 2 mai] par mon cabinet qui m'a signalé en avoir référé au cabinet du président", a expliqué le ministre de l'Intérieur. C'est donc Stéphane Fratacci qui aurait géré l'affaire directement avec le cabinet d'Emmanuel Macron. Cet ancien préfet de la région Grand Est, diplômé de HEC et de l'ENA, devra expliquer ce qu'il savait sur les agissements d'Alexandre Benalla.

Marie-France Monéger-Guyomarc'h, directrice de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), sera auditionnée à 18h30, mardi 24 juillet, devant la commission qu'enquête de l'Assemblée. La patronne de l'IGPN, devra expliquer comment Alexandre Benalla a pu se retrouver le 1er-Mai avec un brassard de police, une radio ainsi qu'un casque des forces de l'ordre. Mercredi 25 juillet, les auditions se poursuivront au Sénat avec le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey, à 8h30 et le directeur général de la police nationale, Éric Morvan, à 9h30 puis à 16 heures, Frédéric Aureal, chef du service de protection (SDLP) et ancien numéro 2 de la sécurité à Matignon. 

Ceux qui pourraient être auditionnés

Le président Emmanuel Macron sur le perron du palais de l'Elysée. (JULIEN MATTIA / NURPHOTO)

Emmanuel Macron, président de la République. Plusieurs députés demandent à ce que le chef de l'État soit entendu devant la commission d'enquête à l'image du chef de file des députés insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui affirme dans un tweet : "Macron sait tout. Il doit être auditionné".

>> Un président peut-il être auditionné par une commission d'enquête parlementaire ?

Les avis divergent sur la possibilité ou non que le chef de l'État puisse être convoqué par la Commission d'enquête. Interrogée par franceinfo, la présidente de la commission Yaël Braun-Pivet (LREM) affirme que c'est impossible. "Le chef de l'État ne peut pas être entendu constitutionnellement et institutionnellement devant le Parlement", a-t-elle expliqué, au nom de la "séparation des pouvoirs".

Vincent Crase, aux côtés d'Alexandre Benalla, le 1er mai 2018, place de la Contrescarpe, à Paris. (NAGUIB-MICHEL SIDHOM / AFP)

Vincent Crase, mis en examen pour "violences en réunion". Ce gendarme réserviste était présent aux côtés d'Alexandre Benalla place de la Contrescarpe. Sur les vidéos, on le voit menacer un manifestant avant de le traîner au sol. Mis en examen aux côtés d'Alexandre Benalla pour "violences en réunion" et "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique", il était jusqu'ici "salarié du parti présidentiel, en charge de la sécurité du bâtiment", d'après Libération. Proche d'Alexandre Benalla, il avait créé avec lui en 2016 la Fédération française de la sécurité privée, une société finalement dissoute en juillet 2017. Son témoignage pourrait être déterminant.

Philippe Mizerski, le commissaire chargé d'accompagner Alexandre Benalla. Il apparaît plusieurs fois aux côtés de l'ancien chargé de la sécurité d'Emmanuel Macron, le suivant à la trace dans ses déplacements. Habillé en civil, il est en réalité commissaire à la direction de l'ordre public et de la circulation. La  commission pourrait donc demander à l'entendre pour clarifier son rôle, encore assez trouble à ce jour.

Le couple violenté par Alexandre Benalla. Identifiées trois jours après le début de l'affaire, les deux victimes filmées en train d'être frappé par le collaborateur de l'Élysée ont fait savoir qu'elles souhaitaient se constituer parties civiles. Les deux manifestants souhaitent également être entendus par la justice "pour être reconnus comme victimes de violences policières", a précisé leur avocate, Sahand Saber. La commission d'enquête pourrait les convoquer pour obtenir plus de précision sur le déroulé des violences et le comportement d'Alexandre Benalla.

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