VIDEOS. Affaire Benalla : les trois séquences du magazine "Envoyé Spécial" qu'il ne fallait pas rater

Le numéro diffusé jeudi a notamment recueilli des témoignages sur la proximité entre le conseiller du président et deux hommes d'affaires, Philippe Hababou Solomon et Vincent Miclet, liés à plusieurs pays africains, 

Alexandre Benalla à la sortie de sa détention provisoire à la prison de la Santé, à Paris, le 26 février 2019. 
Alexandre Benalla à la sortie de sa détention provisoire à la prison de la Santé, à Paris, le 26 février 2019.  (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Les journalistes "d'Envoyé Spécial" livrent de nouveaux éléments sur l'affaire Benalla. Dans le magazine diffusé jeudi 20 juin sur France 2, Tristan Waleckx et Romain Boutilly se sont intéressés à trois pans de l'enquête autour de l'ex-conseiller d'Emmanuel Macron : la disparition du coffre-fort de son domicile avant sa perquisition, sa relation avec des milieux d'affaires controversés, et le contrat de sécurité privé le liant à l'oligarque russe Iskandrr Makhmudov

Voici les séquences qu'il ne fallait pas rater.

Le témoignage d'un militaire accusé à tort d'avoir caché le coffre-fort d'Alexandre Benalla 

Ce que l'on savait déjà. Alors que le scandale vient d'éclater, le 18 juillet 2018, et qu'une enquête judiciaire a été ouverte, une perquisition est ordonnée chez Alexandre Benalla. Le 20 juillet, les policiers se rendent à son domicile d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Mais la perquisition est reportée au lendemain car l'ex-conseiller affirme qu'il n'est pas en mesure de fournir les clés de chez lui. 

Lorsque les enquêteurs arrivent sur place, le 21 juillet au matin, un coffre-fort appartenant à Alexandre Benalla a disparu. Lors de son interrogatoire de première comparution, il se justifie : "Le 19 juillet, ma femme m’a appelé pour me dire qu’il y avait plein de journalistes devant la maison et dans le couloir. J’ai demandé à un ami d’aller chercher ma femme et de récupérer tout ce qui pouvait être volé, des objets de valeur et notamment les armes." 

Selon Libération, ce mystérieux "ami" n'est autre que Chokri Wakrim, un militaire de 34 ans, compagnon de Marie-Elodie Poitout, cheffe démissionnaire de la sécurité du Premier ministre. L'homme est par ailleurs impliqué dans un contrat négocié par Alexandre Benalla avec un sulfureux oligarque russe, suspecté de liens avec la mafia : Iskander Makhmudov. 

Dès le lendemain de l'article, Chokri Wakrim dément "catégoriquement avoir un lien quelconque avec le 'déplacement'" du coffre-fort. "Il mettra en œuvre toutes les procédures nécessaires afin de rétablir son honneur et sa réputation", poursuit alors le communiqué de son avocat, Jean-François Morant. 

Ce que nous apprend l'enquête. Le militaire a accepté d'échanger longuement avec les journalistes "d'Envoyé Spécial" pour donner sa version des faits. Chokri Wakrim pense qu'il a servi de fusible. "On m'accuse de tout : coffre-fort, contrat russe, enregistrement. J'étais la cible la plus facile à abattre." 

Il réaffirme, alibi à l'appui, qu'il n'a pas déplacé le coffre-fort : "Ce week-end là, je n'étais pas là", dit-il aux journalistes qui ont pu se procurer la feuille d'émargement avec l'activité de son service. Ce document montre qu'il était de permanence du 20 au 23 juillet, sur la base de Villacoublay (Yvelines) au moment de la disparition du coffre. 

Par ailleurs, Chokri Wakrim apporte une autre révélation : selon lui, il existerait un deuxième coffre-fort, qui se trouvait dans le bureau d'Alexandre Benalla. Ce dernier aurait demandé à un garde du corps d'Emmanuel Macron de vider discrètement ce second coffre. Chokri Wakrim affirme avoir mentionnné cette information à la DGSI et au renseignement militaire. Interrogé sans savoir qu'il est filmé, le garde du corps nie néanmoins avoir transporté le contenu du coffre. 

"Mimi" Marchand, proche du couple Macron, l'a hébergé en plein cœur de l'affaire  

Ce que l'on savait déjà. Une autre révélation concerne cette fois Michèle Marchand, dite "Mimi", la patronne de l'agence de presse Bestimage et conseillère en communication du couple Macron. Engagée pendant la campagne présidentielle, elle a ensuite régulièrement été aperçue à l'Elysée. En plein cœur de l'affaire, mercredi 25 juillet, elle avait surgi en plein entretien d'Alexandre Benalla avec les journalistes du Monde... Ce qui laisse penser qu'elle aurait également conseillé l'ancien responsable sécurité du président pendant ses tourments judiciaires. 

Ce que nous apprend l'enquête. Les informations recueillies par "Envoyé Spécial" semblent confirmer cette proximité. En juillet 2018, l'enquête révèle en effet que Michèle Marchand a hébergé Alexandre Benalla dans un immeuble de l'ouest parisien. Cette révélation provient de Chokri Wakrim, qui affirme également que "Mimi" aurait mis à la disposition d'Alexandre Benalla une camionnette aux vitres teintées, provenant de la société Bestimage.  

Interrogée par les journalistes "d'Envoyé Spécial", Michèle Marchand nie d'abord fermement : "Jamais de la vie il n'a été logé chez moi !" leur affirme-t-elle, "à partir du moment où tout ça est parti en vrille, je ne m'en suis pas du tout occupé". Quelque temps après, devant l'insistance des journalistes, elle finit par reconnaître qu'elle lui a "peut-être prêté [sa] voiture deux ou trois fois fin juillet" et qu'elle l'a "hébergé deux nuits".

De son côté, Alexandre Benalla s'amuse de la réaction embarrassée de Michèle Marchand. Car lui est formel : "Chez Mimi, je suis resté un semaine, facile." 

Je ne vois pas pourquoi elle n'assume pas. C'est elle qui m'a proposé de m'aider, en espérant se faire bien voir de l'Elysée.Alexandre Benalla à "Envoyé Spécial"

 Il a organisé des rencontres entre des hommes d'affaires et des conseillers de l'Elysée 

Ce que l'on sait déjà. On savait que l'homme d'affaires Vincent Miclet entretenait des relations rapprochées avec Alexandre Benalla. C'est dans l'immense palais mauresque marocain du millionnaire que l'ex-conseiller avait séjourné pendant quelques jours pour échapper à la pression médiatique. Selon Le Monde, Vincent Miclet est suspecté d'avoir détourné 400 millions de dollars en Angola, "pays pétrolier où il a fait fortune entre 1992 et 2012". 

D'autre part, on savait qu'Alexandre Benalla était également régulièrement en contact avec Philippe Hababou Solomon, spécialiste de la diplomatie privée en Afrique. Ce businessman au passé judiciaire chargé est devenu le mentor d'Alexandre Benalla. A tel point qu'il l'a emmené dans sa tournée africaine, en octobre 2018, à la rencontre de plusieurs chefs d'Etat dont Denis Sassou-Nguesso, président à la tête de la République du Congo (ou Congo-Brazzaville), qui cumule près de 35 ans au pouvoir dans son pays. 

Ce que nous apprend l'enquête. L'enquête apporte quelques détails qui montrent la proximité d'Alexandre Benalla et de ces deux hommes. Vincent Miclet parle aux journalistes d'un "coup de foudre amical" pour l'ex-conseiller tandis que Philippe Hababou Solomon raconte comment il l'a hébergé trois mois à Londres avec sa famille, tout en lui prêtant 15 000 euros.

Surtout, on apprend qu'alors qu'il était licencié et censé de plus avoir aucun rôle à l'Elysée, Alexandre Benalla a présenté ces deux hommes à des conseillers de la présidence.

L'un d'eux raconte ainsi, hors caméra, sa rencontre avec Vincent Miclet : "Un jour, Alexandre m'appelle et me dit : 'Ecoute, il faut que tu me rendes un service s'il te plaît.' Je le rejoins dans un palace. Je vois Alexandre, un Africain et Vincent Miclet qui me dit : 'Bonjour, monsieur le conseiller, merci de nous recevoir.' Puis il me parle d'influence russe en Afrique. Et je réalise qu'en fait, Alexandre a promis à tous ces hommes d'affaires un rendez-vous à l'Elysée et que je me suis fait piéger."

Alexandre Benalla affirme qu'à aucun moment il n'a monnayé ces rencontres et se défend de tout trafic d'influence : "Je n'ai jamais touché un centime pour avoir mis en relation Miclet et Solomon avec des conseillers du château [l'Elysée]. S'ils m'ont donné de l'argent, c'étaient des prêts pour m'aider à ouvrir mes sociétés. En aucun cas une contrepartie en échange de mes contacts", assure-t-il aux deux journalistes.