Affaire Benalla : Emmanuel Macron "a organisé ou laissé organiser sous son toit une police parallèle" accuse Olivier Faure

Après la décision de suspendre l'examen de la révision constitutionnelle jusqu'à nouvel ordre, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, explique attendre beaucoup des auditions du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb et du préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Photo d\'illustration. Olivier Faure, premier Secrétaire du PS.
Photo d'illustration. Olivier Faure, premier Secrétaire du PS. (LEON TANGUY / MAXPPP)

Le gouvernement a décidé de suspendre l'examen de la révision constitutionnelle jusqu'à nouvel ordre, a annoncé dimanche 22 juillet la garde des Sceaux Nicole Belloubet, alors que l'Assemblée est paralysée depuis plusieurs jours par l'affaire Benalla.

"C'était la seule décision qui s'imposait", réagit sur franceinfo Olivier Faure, député Nouvelle Gauche de Seine-et-Marne, dimanche 22 juillet. Le Premier secrétaire du PS attend maintenant l'audition du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, ainsi que celle de Michel Delpuech, préfet de police de Paris, prévues lundi 23 juillet.

Olivier Faure souhaite "que l'ensemble de la hiérarchie de M. Benalla soit entendue, à la fois le directeur de cabinet, le secrétaire général de l'Élysée, le chef de cabinet... et qu'ils nous donnent des explications sur le rôle réel de M. Benalla." Le silence d'Emmanuel Macron ne passe pas non plus inaperçu : "On aimerait entendre le chef de l'État, c'est la moindre des choses. C'est lui, en dernier ressort, le responsable de cette affaire."

franceinfo : Il est impossible de mettre l'affaire Benalla de côté pendant quelques heures pour examiner ce projet de révision constitutionnelle ?

Olivier Faure : Il y a un lien étroit avec le projet que nous examinons en ce moment, qui vise à réduire les droits du parlement. Comment peut-on penser qu'il faut réduire les droits du parlement, quand on voit quelles sont les dérives potentielles, quand on permet au pouvoir d'être seul maître de tout, y compris de mettre en place une police parallèle, de couvrir les exactions et de se sentir dénuée de toute obligation par rapport à la loi, puisque la logique aurait voulu que M. Benalla soit sanctionné, soit dénoncé auprès du procureur de la République dès la connaissance des faits, le 2 mai dernier. On le sait maintenant, à la fois le ministre de l'Intérieur et le président de la République ont en été informé et aucune décision de ce type n'a été prise. Ils ont couvert.

La commission des lois qui s'est dotée de pouvoirs d'enquête doit auditionner demain le ministre de l'Intérieur et le préfet de Paris. Qu'attendez-vous de ces auditions ?

La vérité. Les faits sont plus que troublants. Voilà un jeune homme de 26 ans, qui n'est même pas nommé au Journal officiel, qui donc n'a pas d'existence officielle dans la République, qui se retrouve à être celui qui commande les forces de l'ordre en opération, qui participe à un certain nombre de réunions, qui est en fait le bras armé d'Emmanuel Macron dans la police et qui est ensuite couvert alors qu'il commet des agissements graves le 1er mai. Toutes ces questions supposent des réponses. Nous sommes véritablement en présence d'une affaire d'État, qui justifie pleinement une commission d'enquête que nous avions demandé et que nous avons obtenu. Maintenant, il faut que le ministre, sous serment, comme le préfet de police, répondent aux questions qui leur seront posées, qui seront nombreuses et qui seront précises.

Pour vous le ministre de l'Intérieur a clairement couvert Alexandre Benalla ?

Ce n'est pas moi qui le dit, il le dit lui-même. Il a commencé par mentir en essayant de passer à travers les gouttes. Puis, on a découvert qu'il était au courant et qu'il avait transmis à l'Élysée les informations dont il disposait. Il aurait dû, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, être celui qui appelle le procureur de la République et dénonce ces faits. Il ne l'a pas fait. Il a, depuis le 2 mai, couvert. Non seulement la sanction n'a pas eu lieu, mais M. Benalla a repris ses activités, comme si de rien n'était, puisqu'il était au Panthéon pour la dépose des cendres de Simone Veil, qu'il était là pour le retour des Bleus, qu'il était là pour le passage de Tom Cruise à l'Élysée le 14 juillet... Il n'a pas cessé ses fonctions de sécurité comme il l'a été dit. Il n'a pas été cantonné à des activités administratives. Il continue à gérer les affaires de police parallèle que M. Macron lui a demandé vraisemblablement de conduire. Il n'est empêché par personne.

Souhaitez-vous que d'autres personnalités soient interrogées par la commission des lois ?

Oui, je souhaite que l'ensemble de la hiérarchie de M. Benalla soit entendue, c'est-à-dire à la fois le directeur de cabinet, le secrétaire général de l'Élysée, le chef de cabinet... et qu'ils nous donnent des explications sur le rôle réel de M. Benalla, puisqu'il n'était pas seulement chargé de la sécurité, il s'occupait aussi de politique puisqu'il avait un badge d'accès jusqu'à l'hémicycle, ce qui est extrêmement rare. Le président de la République n'a pas le droit de mettre les pieds à l'intérieur de l'Assemblée, ce qui rend totalement inopérant l'argumentaire selon lequel il serait là uniquement pour la sécurité. Il avait visiblement une mission qui était plus large, dont personne ne connait les contours à ce jour. Emmanuel Macron aussi doit s'exprimer pour dire la vérité. Il est directement mis en cause. C'est lui, en dernier ressort, le responsable de cette affaire. C'est lui qui a organisé ou laissé organiser sous son toit une police parallèle qui a refusé de sanctionner un individu qui s'était comporté de manière violente et qui avait usurpé des titres qui n'étaient pas les siens, qu'il a laissé se comporter comme un policier, pendant de longs mois, voire même une année complète, sans que rien ne l'y autorise. On aimerait entendre le chef de l'État, c'est la moindre des choses.