Affaire Benalla : " Cette affaire a voulu être étouffée par les plus hautes autorités"

L'homme de 26 ans a été filmé en train de violenter un manifestant lors d'un rassemblement à Paris le 1er-Mai. Les syndicats de police s'étonnent de l'aide apportée et de la volonté "d'étouffer" l'affaire par les responsables politiques.

Alexandre Benalla était présent aux côtés du chef de l\'Etat, Emmanuel Macron, lors des cérémonies du 14 juillet 2018.
Alexandre Benalla était présent aux côtés du chef de l'Etat, Emmanuel Macron, lors des cérémonies du 14 juillet 2018. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

Alexandre Benalla a passé la journée de vendredi 20 juillet et la nuit en garde à vue. L'Elysée a engagé une procédure de licenciement à son encontre. Mercredi 18 juillet, Le Monde a révélé une vidéo dans laquelle on voit ce collaborateur de l'Elysée frapper un homme lors des manifestations du 1er-Mai. Une scène "d'une médiocrité absolue", assène Daniel Chomette, syndicat Unité SGP Police FO, samedi 21 juillet sur franceinfo.

"Dans cette affaire, il y a eu beaucoup de dérapages", soutient Daniel Chomette, qui estime qu'Alexandre Benalla a bénéficié de protection, "a minima au niveau politique" : "Cette affaire, très clairement, a voulu être étouffée par les plus hautes autorités." Selon le syndicaliste, les fonctionnaires que son syndicat représentent se disent "écoeurés" par l'affaire : "L'image de la police est clairement ternie."

franceinfo : Comment un civil en mission à l'Élysée se retrouve au milieu d'une opération de police ?

Daniel Chomette : La scène que l'on a vu est d'une médiocrité absolue. On n'y croit même pas, c'est le mauvais scénario d'une mauvaise série policière, oserais-je dire. Comment s'est-il retrouvé au milieu d'une manifestation ? C'est bien là toute la question. Nous savons, bien évidement, qu'il y a régulièrement des observateurs qui sont accrédités pour suivre les effectifs de police : des chercheurs, des étudiants spécialisés, des journalistes... Le cadre est très strict. Ils ont quelques moyens de protection, mais à aucun moment ils ne sont autorisés à s'approcher de très près des scènes d'interpellations et ils ne sont surtout pas autorisés à interpeller eux-même.

Dans cette affaire, il y a eu beaucoup de dérapages. Il est équipé de moyens d'identification de la police, dont le brassard, semant le doute parmi les personnes et même parmi les effectifs de terrain, les CRS, mes collègues, qui devaient penser, bien évidemment, qu'il s'agissait de l'un de leurs collègues en civil. Il y a eu une protection de M. Benalla dans cette affaire parfaitement anormal. C'est quelque chose que nous ne souhaitons pas voir. Il a clairement terni l'image de la police nationale, il s'est permis des choses qui sont totalement hors des clous. Comment imaginer que n'importe quelle personne puisse remplacer un policier ? C'est une affaire de professionnels. Et puis porter des coups, comme ça, à des manifestants, c'est honteux. Il faut que ce soit sanctionné.

Pourquoi a-t-il fallu attendre deux mois et demi avant que l'affaire ne sorte ?

Le problème est qu'il y a une grosse omerta sur cette affaire. Nous-même, syndicats de policiers, nous n'étions pas au courant avant que l'affaire ne sorte médiatiquement. On a bien vu qu'il y avait des tentatives, puisque les images vidéos ont été fournies pour opérer à sa défense... Évidemment, cette affaire gêne au plus haut niveau. On remarque qu'il y a deux poids, deux mesures. Cette affaire, très clairement, a voulu être étouffée par les plus hautes autorités. Lorsqu'il s'agit d'un policier, d'un "simple policier", qui fait une erreur, les sanctions sont très lourdes. On n'a pas un premier avertissement, puis un deuxième. Ce qui est visiblement le cas pour M. Benalla. Et puis les sanctions s'agissant d'actes tels qu'on les voit sur cette scène sont sévèrement punis dans la police.

Qui protège Alexandre Benalla ?

A minima, au niveau politique. Ensuite, ça descend très clairement au niveau du ministère de l'Intérieur. Il y a trois policiers de la haute hiérarchie, qui ont été d'ores et déjà suspendus pour avoir été au courant suffisament tôt et pour avoir assisté, à un moment donné, M. Benalla, dans cette affaire. C'est totalement anormal. Nous attendons de voir très précisément à quel moment Gérard Collomb a été avisé, est-ce que tous les éléments d'information lui ont été donnés. S'il n'avait qu'une information parcellaire, peut-être ne pouvait-il pas prendre une sanction de très haut niveau. Mais, à un moment donné, il y a forcément des autorités hiérarchiques qui ont voulu faire une sanction a minima sur cette affaire et ça, c'est proprement scandaleux. L'image de la police est clairement ternie. Les gardiens de la paix que nous représentons sont proprement écoeurés de voir ce système à deux poids, deux mesures, où pour les uns, visiblement, on est très clément, et pour d'autres les sanctions sont vraiment énormes.