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Primaire de la gauche, "ISF climatique" et violences sexuelles : ce qu'il faut retenir de l'interview de Yannick Jadot sur franceinfo

Le candidat d'Europe Ecologie-Les Verts à l'élection présidentielle était l'invité lundi des "matins présidentiels" de franceinfo. Il répondait aux questions des spécialistes de franceinfo sur l'actualité, l'environnement ou l'international, ainsi qu’à des questions d'auditeurs. 

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Yannick Jadot, candidat d'Europe Ecologie-Les Verts à l'élection présidentielle était l'invité lundi matin des "matins présidentiels" sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Il dit en avoir "marre de cette ambiance totalement déprimée que certains à gauche nous imposent": Yannick Jadot, le candidat écologiste à l’élection présidentielle était l'invité des "matins présidentiels" de franceinfo, lundi 13 décembre, de 7 heures à 9 heures.

Un rendez-vous dans lequel les candidats à l’Elysée détaillent leur programme face à Marc Fauvelle, Salhia Brakhlia et aux experts de la rédaction. Deux heures en face à face pour le candidat des écologistes et avec les questions des auditeurs pour prendre le temps de comprendre, détailler et questionner son projet présidentiel. Yannick Jadot n’a pas mâché ses mots sur la primaire à gauche ni contre Emmanuel Macron "complaisant avec les dictateurs". 

Primaire de la gauche proposée par Anne Hidalgo : "Le sujet n'est pas de sauver le Parti socialiste"

Le week-end n’aura pas permis à la gauche de se retrouver. Dimanche, Anne Hidalgo en meeting à Perpignan a, de nouveau, lancé l'appel à l'union dans la course à l’Elysée, "l’ADN de la gauche" selon la maire de Paris, dont la campagne ne décolle toujours pas. 

Réponse agacée de Yannick Jadot sur franceinfo : "Le sujet, désolé, ce n'est pas de sauver le Parti socialiste. Ce n'est pas de sauver la candidature d'Anne Hidalgo. Le sujet, c'est de sauver notre pays", a-t-il réagi. “Il faut qu’on soit un peu sérieux maintenant, on est à quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle. Et maintenant, pour sauver une candidature en difficulté, pour sauver le parti socialiste, on nous explique qu’il faut faire une énième primaire. On ne parle pas du fond et on prend en otage le moment où il est temps de parler aux Français et aux Françaises. Le sujet est d’offrir une porte de sortie à Anne Hidalgo a taclé le candidat écologiste.

Yannick Jadot est également revenu sur la vidéo d’Arnaud Montebourg, aussi candidat à l'élection présidentielle, qui s'est mis en scène vendredi en se filmant en train d'appeler, en vain, les autres prétendants de la gauche. Le candidat des Verts ne l'a pas rappelé. "J'ai beaucoup de respect pour Arnaud Montebourg, mais je découvre son message sur les réseaux sociaux avant même de l'écouter sur ma boîte vocale. Est-ce qu’on est un peu sérieux, là?", a-t-il regretté. 

Référendum en Nouvelle-Calédonie : "Le président de la République est sorti de la neutralité de l'Etat"

Interrogé sur les questions de l’actualité, Yannick Jadot est revenu sur le référendum en Nouvelle Calédonie: le "non" à l'indépendance l'a emporté une troisième fois à 96,49% des voix."Ce vote est légal, mais n'est pas légitime, je trouve ça extrêmement dramatique", a regretté le candidat écologiste à la présidentielle. 

"Pour des intérêts bassement politiques, le gouvernement a forcé le scrutin. Le président de la République est sorti de la neutralité de l'Etat, c'est une faute politique. Emmanuel Macron a abimé un processus de deux décennies de pacification, d'organisation d'une relation avec la France parce que la tenue de ce référendum s'est déroulée dans les pires conditions, puisque les indépendantistes soit la moitié de l'île n'a pas souhaité participé à ce scrutin, considérant que les périodes de deuil liées au Covid-19, leur capacité dans ces conditions sanitaires à faire campagne n'étaient pas respectées", a-t-il déclaré.

Pour Yannick Jadot, "il aurait fallu repousser" ce troisième référendum. "Ce sera à l'ensemble des parties prenantes" de décider s'il faudra revoter ou non. 

Un projet d'ISF climatique

Yannick Jadot, qui se présente comme le "président du climat" et défend un revenu citoyen automatique dès 18 ans, dit prévoir un "malus" pour les plus riches qui financent "par exemple aux projets de Total". 

"Vous aurez un malus si votre patrimoine financier participe par exemple aux projets de Total en Afrique ou dans l'arctique, où Total veut continuer à exploiter des énergies fossiles", a affirmé le candidat d'Europe Ecologie - Les verts. Ce rétablissement de l'ISF "devient climatique parce que les patrimoines financiers aujourd'hui sont la principale raison pour laquelle les plus riches émettent cinq fois plus de CO2 que les Français en moyenne."

Pour Yannick Jadot, "L'idée est qu'on ait un carbone-score en fonction des activités des entreprises. Si la composante CO2 est au-dessus d'un certain seuil, il y aura un malus qui fait qu'on aura un ISF très progressif pour vraiment aller loin sur les très très riches, pour qu'ils soient plus solidaires."

Y aura-t-il un bonus si les Français investissent dans des entreprises vertueuses sur la question climatique ? "On peut imaginer un bonus, mais là, l'idée est vraiment de réorienter les patrimoines financiers. Cette épargne-là ira financer ce qui va bien dans la société, ce qui nous fait du bien et ce qui nous évitera les catastrophes climatiques."

Un gouvernement sans "ministre soupçonné de violences sexuelles" 

Yannick Jadot se dit très engagé contre les violences faites aux femmes. "Dans mon gouvernement, il n'y aura pas de ministre soupçonné de violences sexuelles", a-t-il affirmé ce lundi sur franceinfo. "À partir du moment où vous avez des témoignages, vous avez des femmes qui parlent, le soupçon suffira", a-t-il souligné.

"On a un président de la République qui a parlé d'inquisition médiatique. Il dit exactement les lignes de défense des prédateurs sexuels. Je trouve ça extrêmement choquant", a-t-il dénoncé."Qu'on ait un président de la République qui reprenne la ligne de défense des prédateurs sexuels, je trouve ça scandaleux. Eh bien oui, dans mon gouvernement, il n'y aura pas de ministres soupçonnés de violences sexuelles", a-t-il affirmé.

Yannick Jadot assure de ne pas avoir été mis au courant des violences sexuelles dont Nicolas Hulot est accusé par plusieurs femmes. Si cela avait été le cas, "tout lien aurait été rompu", dit-il. 

"Moi, je mange du foie gras"

S'il est élu président de la République, y aura-t-il du foie gras dans les cocktails de l'Élysée ? Après la décision polémique de la municipalité écologiste de Lyon, Yannick Jadot a répondu clairement: "Moi j'en mange du foie gras, mais du foie gras artisanal". Avant de souffler : "Les cocktails en fait, ce n'est pas un sujet. Le sujet, ce n'est pas ce qu'il y a sur les toasts dans les cocktails à la mairie de Lyon et à l'Élysée".

"Emmanuel Macron a tort d'être complaisant avec les dictateurs"

Emmanuel Macron rencontre lundi le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Budapest. Une rencontrre officielle qui fait tiquer Yannick Jadot: "On peut lui serrer la main parce que c'est un dirigeant européen mais on ne va pas chez lui", a-t-il dénoncé, estimant qu'Emmanuel Macron "rend service à la mise en scène d'Orban. Il le fait juste après Zemmour et Le Pen".

Le candidat écologiste se demande ainsi si "on est obligés de mettre en scène Orban chez lui avec les lois anti-LGBT qui passent dans son pays ? Les mesures contre la liberté de la presse ? Les mesures contre l'indépendance des universités ?"

Pour Yannick Jadot, "c'est comme quand le président de la République reçoit Vladimir Poutine à Brégançon, ce n'est pas pareil que de le recevoir dans un cadre européen avec les autres dirigeants européens. Il y a quelque chose qui est de l'ordre d'une forme de la neutralité que ne respecte pas le président de la République". Et Yannick Jadot de conclure : "Emmanuel Macron a tort d'être complaisant avec les dictateurs".  

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