Cumul des mandats : au PS, on ne se bouscule pas pour démissionner

Sommés par Martine Aubry d'abandonner l'un de leurs mandats dès septembre, de nombreux "cumulards" du PS préfèrent attendre le vote d'une loi qui s'appliquera à tous.

L\'hémicycle de l\'Assemblée nationale, à Paris, le 18 juillet 2012.
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, à Paris, le 18 juillet 2012. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

POLITIQUE - C'est le genre de querelles dont le PS a le secret. Avec sa lettre ouverte aux parlementaires PS, publiée mardi 28 août, sur le cumul des mandats, Martine Aubry a plongé nombre de ses camarades dans l'embarras. Conformément au principe voté par les militants en octobre 2009, l'encore première secrétaire du PS demande aux députés, sénateurs et députés européens PS de se plier dès le mois de septembre à la règle du non-cumul d'un mandat parlementaire avec un mandat exécutif local. Sans attendre le vote de la loi promise dans les prochains mois sur le sujet.

Mais les élus concernés ne semblent pas pressés d'envoyer leurs lettres de démission. Et ne manquent pas d'arguments. Mardi, le président du groupe PS au Sénat et maire de Dijon, François Rebsamen, avait déjà prévenu qu'il resterait sénateur et maire jusqu'en 2014, et plaidait "pour que les sénateurs qui représentent les collectivités locales puissent garder leur mandat local".

"Il faut que la question soit clarifiée"

"La limitation des mandats est inéluctable. Elle se fera, et tant mieux, convient le député Philippe Martin, également président du conseil général du Gers. Mais pourquoi les élus PS devraient-ils se condamner à être les seuls à s'appliquer le non-cumul ?" Interrogé par FTVi, le socialiste n'a pas encore décidé de ce qu'il ferait au mois de septembre. "Il faut que la question soit clarifiée. Pour l'instant, on ne sait pas bien si le gouvernement est sur la même longueur d'onde que Martine Aubry", constate-t-il, en attendant une éventuelle prise de position de l'exécutif sur le sujet.

Dans le département du chef de l'Etat, justement, les deux députés PS, Sophie Dessus (maire d'Uzerche) et Philippe Nauche (maire de Brive-la-Gaillarde) interrogé par le quotidien régional La Montagne, n'ont pas du tout l'intention d'abandonner leur mandat local, n'en déplaise à la première secrétaire. Pour Sophie Dessus, qui a succédé à François Hollande dans son fief corrézien, Martine Aubry se rend même coupable de "démagogie", affirme-t-elle sans détour au même journal.

Malaise chez certains aubrystes

"On ne va quand même pas se tirer une balle dans le pied ! Imaginez un peu le maire de Lyon [Gérard Collomb], qui a mis vingt ans à conquérir sa ville. On va vraiment lui dire 'casse-toi' du jour au lendemain ?" s'emporte le bras droit d'un grand élu local. Même chez les proches de Martine Aubry, la détermination de la maire de Lille crée un certain malaise. "Pas de commentaire", se borne à répondre un député-maire aubryste, en porte-à-faux avec la position de sa championne.

Le député de la Nièvre Christian Paul, lui, a au contraire pris les devants en annonçant dès mardi, sur Twitter, qu'il démissionnait de son poste de vice-président de la région Bourgogne pour se consacrer à son siège de député. "On s'est tous engagés. Si on ne voulait pas le faire, il ne fallait pas s'y engager", plaide Christian Paul, qui "n'imagine pas la possibilité d'une résistance durable" chez ses collègues. La question devrait en tout cas occuper les esprits socialistes une bonne partie du mois de septembre.