Trois questions sur l'embauche des filles de Bruno Le Roux comme assistantes parlementaires

L'émission "Quotidien" a révélé que le ministre de l'Intérieur avait employé ses filles lorsqu'il était député, alors qu'elles étaient encore au lycée.

Le ministre de l\'Intérieur, Bruno Le Roux, s\'exprime devant la presse après l\'attaque à Orly (Val-de-Marne), le 18 mars 2017.
Le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, s'exprime devant la presse après l'attaque à Orly (Val-de-Marne), le 18 mars 2017. (BENJAMIN CREMEL / AFP)

Quel sera le sort de Bruno Le Roux ? C'est la question qui se pose après les informations obtenues lundi 20 mars par l'émission "Quotidien", diffusée sur TMC. Le programme de Yann Barthès a révélé que le ministre de l'Intérieur avait embauché ses deux filles à l'Assemblée nationale à partir de leurs 15-16 ans, pendant les vacances scolaires, entre 2009 et 2016. Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a annoncé qu'il allait rencontrer Bruno Le Roux mardi. Franceinfo revient sur cette affaire qui pourrait embarrasser la fin du quinquennat Hollande

Qu'est-il reproché à Bruno Le Roux  ?

Aujourd'hui âgées de 23 et 20 ans, les filles de Bruno Le Roux ont bénéficié, tout au long de leur cursus au lycée et pendant leurs études supérieures, de contrats à durée déterminée à l'Assemblée nationale comme collaboratrices parlementaires auprès de leur père, alors député socialiste de Seine-Saint-Denis. Elles ont cumulé chacune 14 et 10 CDD, effectués pendant les vacances scolaires. La plus âgée a débuté à l'âge de 15 ans avec un contrat de 12 jours, à la fin de la seconde. 

Est-ce légal ? 

L'âge minimum légal pour travailler en France est fixé à 16 ans. Il est cependant possible d'embaucher un mineur âgé de 14 à 16 ans pendant les vacances, en respectant certaines conditions. Il faut ainsi disposer de l'autorisation de son représentant légal et de l'inspecteur du travail, ainsi que de l'avis favorable du médecin du travail. La durée des vacances doit être d'au moins 14 jours et le mineur doit disposer d'une durée de repos continu au moins égale à la moitié de la durée totale des vacances. "Tous les contrats ont bien évidemment été établis en respectant les âges permettant de travailler, en lien avec les services de l’Assemblée nationale", indique à "Quotidien" le cabinet de Bruno Le Roux. 

Le problème est donc ailleurs : certaines dates ne collent pas et alimentent des soupçons d'emplois fictifs. En effet, la fille aînée de Bruno Le Roux a été employée par son père du 10 juin au 9 septembre 2013, alors qu'elle était en stage chez Yves Rocher à Tournai (Belgique). De même, sa sœur cadette a été embauchée à plein temps du 20 avril au 22 mai 2015, alors qu'elle était scolarisée en classe préparatoire à Paris, avec deux semaines de vacances du 18 avril au 4 mai. Elle était donc de nouveau en cours du 5 au 22 mai. 

Que répond le ministre de l'Intérieur ? 

"Bien entendu, j'ai mes filles qui ont travaillé avec moi sur des étés, notamment, ou des périodes de vacances scolaires, mais jamais en permanence." Bruno Le Roux reconnaît auprès de "Quotidien" avoir employé ses filles, mais il se défend de tout népotisme. "Je me souviens d'avoir pris aussi des gens qui m’étaient recommandés sur l’été, donc je crois que c’est quelque chose qui se fait assez régulièrement, d’essayer de faire découvrir des choses, d’essayer de faire découvrir un travail", argumente-t-il.

Le ministre estime aussi que l'on peut être assistant parlementaire dès 16 ans. "Pour faire un boulot d’été, oui. (…) Pas d’amalgame [avec l’affaire Fillon]. (…) On parle d’un boulot d’été auprès d’un parlementaire. Et quand il faut faire du classement, quand il faut faire un certain nombre de tâches parlementaires, je trouve que c’est une bonne école de faire ça", se justifie-t-il. 

Enfin, concernant le fait que les filles de Bruno Le Roux n'étaient pas présentes à l'Assemblée nationale ou en circonscription, c'est le cabinet du ministre qui apporte une réponse. "Ces contrats ponctuels n’impliquaient pas forcément une présence physique à l’Assemblée nationale mais concernaient des missions qui pouvaient être également effectuées en circonscription ou à distance", explique-t-on. Reste à savoir si ces explications convaincront Bernard Cazeneuve.