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Comment François Hollande veut convaincre les électeurs FN en Picardie

François Hollande s’est déplacé mardi 24 avril à Hirson dans l’Aisne, où plus d'un quart des habitants ont voté Front national au premier tour de l'élection présidentielle. Un défi pour le candidat socialiste qui a défendu la valeur "travail".
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François Hollande à Hirson (Aisne) le 24 avril (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

François Hollande s'est déplacé mardi 24 avril à Hirson dans l'Aisne, où plus d'un quart des habitants ont voté Front national au premier tour de l'élection présidentielle. Un défi pour le candidat socialiste qui a défendu la valeur "travail".

Se rendre sur les terres du Front national pour tenter de convaincre les électeurs du Front national de voter pour lui. François Hollande s'est ainsi rendu dans l'Aisne, un département de la région Picardie où Marine Le Pen a atteint 25,02 % des suffrages dimanche, tout juste derrière Nicolas Sarkozy.

Le candidat socialiste s'est déplacé à Hirson pour parler aux salariés de l'équipementier automobile AML-System. Dans ce département dimanche, le président du Conseil général de Corrèze à l'Elysée a obtenu 27 % des voix, talonné par la candidate frontiste, qui a fait 26,3 %.

62 % des voix à Epécamps !

"Pour ces catégories qui souffrent, les ouvriers, les employés, les retraités, tous ceux qui sont dans l'inquiétude, (...) les jeunes, je veux dire à tous ceux là que tout ce que je déciderai sera juste et qu'ils ont un espoir à avoir", a déclaré François Hollande.

Hirson (Aisne), mardi 24 avril 2012

C'est en effet en Picardie, principalement dans les zones rurales, que Marine Le Pen a réalisé son meilleur score régional, dimanche soir. Elle y signe son meilleur résultat en France. Mieux que dans sa région d'adoption, le Nord-Pas-de-Calais, et qu'en PACA ou en Alsace.

Dans l'Aisne, Marine Le Pen est même juste derrière François Hollande et devant Nicolas Sarkozy, note Le Courrier picard. A Amiens, la vague frontiste s'est confirmée sur plusieurs quartiers populaires, comme Saint-Maurice (31,2 %), Renancourt (30 %).

À Epécamps, la plus petite commune de la Somme, où les huit électeurs ont tous voté, elle a obtenu cinq bulletins. Soit un score de final de 62 % des voix !

"On se sent dépossédé, on est plus chez nous"

" Désormais entre l'UMP et le PS, les électeurs doivent choisir le bourreau qui leur passera la corde au cou, mais au-delà de notre score, ce sont nos idées qui imprègnent la politique", triomphe Franck Briffaut, conseiller régional de Picardie contacté par France TV 2012.

La présidente du Front national a en effet réussi son pari de parler à l'électorat ouvrier puisqu'elle recueille 23 % des voix chez les CSP -, d'après un sondage CSA publié mardi. Ce constat se confirme selon le niveau de diplôme, puisqu'elle réalise ses meilleurs scores chez ceux ayant un CAP ou moins.

"Je n'ai aucun espoir que les choses changent ici", explique Denis, jeune militant FN du quartier populaire d'Ettouvie à Amiens, à France TV 2012.

Ce surveillant de nuit et père de deux enfants estime que les déclarations de François Hollande en faveur du droit de vote aux étrangers "refroidira" les électeurs du Front national, malgré son déplacement dans l'Aisne.

"On ressent les effets de la mondialisation : l'immigration, ça arrive chez nous, souligne-t-il. On se sent dépossédé, on est plus chez nous."

Même son de cloche pour Kevin, responsable de la jeunesse au Front national dans la Somme, dans un reportage de l'AFP TV réalisé la semaine dernière. "Moi je vois depuis que je suis tout petit : mes parents, ils n'arrêtent pas de se plaindre du gouvernement, raconte-t-il. Aussi bien le PS que l'UMP, ils n'ont jamais rien fait alors qu'ils sont au pouvoir."

L'objectif : la destruction de la droite classique

"François Hollande fait ce qu'il reprochait à l'UMP : il pêche sur le Front national, lance Franck Briffaut. Mais son déplacement est improvisé, c'est un déplacement électoraliste."

"Les électeurs ne sont pas prêts à se laisser tromper", ajoute le conseiller régional qui critique les échecs des politiques socialistes en région, mais se demande s'il votera pour François Hollande au second tour, à titre personnel.

"J'attendrai les consignes de ma présidente, précise-t-il. Je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy, c'est sûr. Notre objectif, c'est la destruction de la droite classique. Et pour cela, je me pose la question de voter pour François Hollande."

Fort de ses 17,90 % au niveau national du premier tour de l'élection présidentielle, le Front national se tourne désormais vers les législatives de juin, misant sur un éclatement de l'UMP. Le FN a donc décidé de présenter ses candidats sous la bannière "Rassemblement bleu marine".

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