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Choses vues sur une départementale ordinaire

Un débat "abstrait" pour des routiers fatigués, désabusés, "gavés" et, pour nombre d'entre eux, ne jurant plus que par Marine Le Pen. Aucun ne suivra Le Débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy jusqu'à son terme.
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Pascal (à droite) et "ses hommes" dans son routier à Coulonges-les sablons (61). (HP)

Un débat "abstrait" pour des routiers fatigués, désabusés, "gavés" et, pour nombre d'entre eux, ne jurant plus que par Marine Le Pen. Aucun ne suivra Le Débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy jusqu'à son terme.

Tutoiements et tatouages de rigueur, "La Fourche" ne fait pas exactement dans la dentelle. Le politiquement correct n'est pas arrivé à Coulonges-les-sablons, dans l'Orne (61). Pour s'y rendre une route fameuse, empruntée chaque jour par des centaines de "machines" jaugeant volontiers 36 tonnes.

A chaque kilomètre de la départementale 928, une borne installée pour marquer ce qui fût la "Voie de la liberté", en 1944, et conduisit les troupes du général Patton jusqu'en Belgique. Trouble de la mémoire certains nous expliqueront qu'il faudrait "une bonne guerre" pour remettre le pays "en ordre de marche". Un mélange de rancoeur et de dépit, aussi, car on s'estime vite dupés par des promesses de lendemains meilleurs ...sans lendemain à leurs dires.

Les routiers ont la rage

Colère contre tout. Les enregistreurs éléctroniques tout d'abord. Ils ne permettent plus de rouler au-delà de 9h15, sous peine d'une amende de 135 euros. Il y a aussi ces confrères "pas vraiment de la famille" qui viennent de Pologne pour des salaires trois fois moindres. Une véritale violence se fait jour aussi dès lors qu'on évoque les allocataires du RSA, les "ramiers" pour lesquels ils payeraient, eux qui sont absents bien souvent de leur domicile toute la semaine, à dormir dans une cabine certes aujourd'hui climatisée, en tout cas bien loin de "maman".

Ils ne supportent plus, aussi, cette fiche de salaire divisée en deux et cette colonne de droite, celle des charges patronales, qui ne leur laisserait que les miettes d'un dur labeur.

Des jeunes sans avenir

Jean-Pierre, "le vieux" est à un an de la retraite. Enregistreur oblige il ne dormira pas chez lui ce soir, à Alençon, à 40 km de là. Il a un avis un peu différent des autres. Lui estime que les salaires sont trop bas pour inciter les jeunes à travailler mais comme les autres il "a du mal" avec ces contrôles qui ont sonné le glas de l'âge d'or des routiers.

Comme Daniel, de la même génération, il doit se souvenir des émissions radiophoniques qui accompagnaient ces forçats de la route, explosant les compteurs pour des salaires sans commune mesure avec ceux de leurs jeunes "collègues".

Il n'y a pas que les salaires, les "jeunes ne peuvent plus emprunter, nous avons eu beaucoup de chance, eux n'ont pas d'avenir ..."

Vie de labeur et "rien au bout"

Les "tôliers," Michelle et Pascal, tiennent l'établissement depuis seize ans. La cinquantaine, un couple soudé qui se couche à 23 heures, se lèvent à 3. Les visages sont marqués même si le patron vient de raser son bouc pour faire plus jeune. Verbe haut et personnage haut en couleur, comme ses nombreux tatouages, ce qui l'horripilent ce sont, dans le désordre : les banquiers, les comptables, les politiques et nous taierons les autres, ceux qui ne " br ...rien ".

Comme quelques uns de ces clients, ses "ouvriers", "ses hommes", il a des amis Algériens, de très bons amis. Mais, évidemment, il y a les ceux "qui sont en prison", "font des conneries". Ceux qu'il ne reconnaît plus, lui qui a vécu si longtemps en banlieue à une époque où "les pères tenaient leurs fils, ou les adultes étaient respectés". Pour lui c'est Le Problème alors "Le Débat" il ne le regardera pas jusqu'au bout. Il ira se coucher, quand les deux candidats aborderont le thème...de l'immigration.

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