Cérémonie Sarkozy-Obama : la polémique enfle

Se montrer le 6 juin avec Barack Obama fausse-t-il la campagne électorale ? Oui, répondent plusieurs politiques

Une affiche à Caen souhaitant la bienvenue à Barak Obama
Une affiche à Caen souhaitant la bienvenue à Barak Obama (© AFP/MYCHELE DANIAU)
Se montrer le 6 juin avec Barack Obama fausse-t-il la campagne électorale ? Oui, répondent plusieurs politiquesSe montrer le 6 juin avec Barack Obama fausse-t-il la campagne électorale ? Oui, répondent plusieurs politiques

Alors que la campagne sera close, Nicolas Sarkozy s'affichera en effet longuement sur les antennes avec le président américain la veille du scrutin des européennes, à l'occasion du 65e anniversaire du débarquement.

"C'est incroyable que Sarkozy le Grand veuille utiliser ça un jour avant les européennes", a raillé Daniel Cohn-Bendit.

Le président du Modem François Bayrou, du même avis que l'eurodéputé Vert tête de liste d'Europe Ecologie, surenchérit : "C'est une mise en scène pour que les élections du 7 juin apportent quelques voix de plus sur des thèmes qui sont censés mobiliser l'électorat de l'UMP".

"L'antisarkozysme pavlovien fait dire beaucoup de bêtises", répond le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre. "Les Français sont parfaitement à même de faire la différence entre un scrutin et ce qui relève de l'activité normale d'un chef de l'Etat, c'est un mauvais procès".

Pour François Bayrou, il ne doit y "avoir que Nicolas Sarkozy et Barack Obama de reconnaissables sur la photo"

Bon ou mauvais, le procès a aussi été nourri par l'absence de la reine d'Angleterre, Elizabeth II, non invitée aux cérémonies normandes (et remplacée depuis par son fils, le prince Charles). Le président du MoDem François Bayrou, qui avait déploré un geste "choquant", "grossier" et "ingrat", souligne : "Cette journée n'a qu'un but, il est simple, c'est qu'il n'y ait que Nicolas Sarkozy et Barack Obama de reconnaissables sur la photo".

Pour Eva Joly, "Nicolas Sarkozy privatise notre mémoire collective"


Même écho chez Eva Joly, colistière de Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie) pour les européennes en Ile-de-France. "Notre président de la République a oublié d'inviter la Reine d'Angleterre", a déclaré l'ex-magistrate anti-corruption devant quelque 2.500 sympathisants réunis au Zénith de Paris pour le dernier meeting national d'Europe-Ecologie.

M. Sarkozy "privatise notre mémoire collective, il privatise cet événement", a-t-elle ajouté, relevant que le chef de l'Etat avait également "oublié les 6.000 Canadiens qui sont morts" pendant la guerre. "Vous le savez comme moi, c'est parce qu'il ne souhaitait pas avoir une vieille dame sur la photo, il souhaitait être seul sur la photo avec Obama", a-t-elle poursuivi. Pour Mme Joly, "c'est la corruption de l'esprit européen".

M. Cohn-Bendit avait souhaité le 24 mai que Nicolas Sarkozy convie les têtes de listes aux européennes, ainsi que des représentants des institutions de l'UE, à fêter l'anniversaire du débarquement allié en Normandie le 6 juin avec le président américain. Le débarquement, "ce n'est pas quelque chose de franco-français", avait-il argumenté. "C'est le début de la naissance de l'Europe", "c'est un patrimoine qu'on a tous en commun".

En mai, la diffusion du clip télévisé du gouvernement pour inciter à voter aux européennes avait déjà alimenté les critiques de mélange des genres entre communication gouvernementale ou présidentielle et propagande électorale. Pour le PS, cette vidéo n'était "ni plus ni moins qu'un clip UMP", selon son porte-parole Benoît Hamon, d'autant qu'elle ne comportait "aucune image du Parlement européen" et se terminait "par des images du G20 et de Nicolas Sarkozy sans aucun rapport avec l'élection elle-même". Le CSA avait toutefois rejeté le 20 mai la demande de suspension de ce clip formulée par le Parti socialiste.