Cancer : pourquoi Dominique Bertinotti culpabilise certains malades

La ministre déléguée à la Famille a révélé, la semaine dernière, qu'elle souffrait d'un cancer du sein. Salué par la classe politique, son récit trouble des femmes qui ont, elles aussi, un cancer du sein.

La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, lors d\'une conférence de presse, le 22 novembre 2013.
La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, lors d'une conférence de presse, le 22 novembre 2013. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Les femmes malades d'un cancer sont troublées par le témoignage de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti. Cette dernière a révélé au Monde être atteinte d'un cancer, vendredi 22 novembre. Elle est revenue sur les neuf derniers mois, la façon dont elle a appris la nouvelle, comment elle a "tout [pris] sur la tête". Son témoignage a été salué par la classe politique. La ministre a même été ovationnée à l'Assemblée nationale, mercredi, lors des questions au gouvernement.

Sauf que certaines femmes qui souffrent de la même maladie sont choquées par ce récit. Certaines d'entre elles ont publié une tribune dans Libération (article payant), le 28 novembre. D'autres ont réagi dans Le Monde, deux jours auparavant. Francetv info revient sur les principales critiques qu'elles adressent à la ministre. 

Travailler pendant le traitement, ce n'est pas l'idéal

Dominique Bertinotti indique qu'elle est restée en poste pendant sa prise en charge médicale. Elle explique notamment qu'elle a révélé sa maladie pour aider les autres femmes atteintes de cancer, afin "que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n'est pas forcément la meilleure des solutions".

Une prise de position qui fait bondir. "C'est remarquable ce qu'elle a fait, mais attention à ne pas généraliser, a déclaré, au Monde, Paola, 42 ans. C'est l'idéal de pouvoir continuer à travailler, mais par moments, c'est totalement impossible." "Le travail comme la plus efficace des thérapies, quel bel exemple que celui que vous nous offrez !" ironisent les auteurs de la tribune publiée dans Libération. Et d'ajouter : "Beaucoup d'entre nous ont décidé d'avertir leurs employeurs et leurs collègues sur le motif de ces vacances prolongées."

Personne n'y est préparé

"Je n'avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. Ça vous tombe dessus et ça ne s'arrête plus, les examens, l'IRM, les sueurs froides, les résultats qui font peur. Vous prenez tout sur la tête", a témoigné Dominique Bertinotti.

Dans Libération, des malades qui n'ont pas pu continuer de travailler ironisent, comparant leur congé maladie à des vacances : "Nous non plus, on n'était pas très partantes au départ. Mais l'agent de voyages habillé de blanc et badgé de rouge, appelé aussi oncologue, nous a fortement conseillé de les envisager", écrivent, avec une ironie féroce, les femmes atteintes d'un cancer dans Libération

Son cas n'est pas représentatif

A l'Assemblée nationale, Dominique Bertinotti a déclaré avoir témoigné pour "permettre à la société de changer son regard sur cette maladie et aider tous ceux qui en sont atteints".

Difficile à concevoir pour de nombreuses malades. "Elle n'a pas vécu la réalité du terrain", a tranché, auprès du Monde, Hélène Bénardeau, enseignante de 43 ans malade depuis douze ans, et auteure d'un blog consacré à son combat. Chantal Voigt, cadre de 55 ans qui travaille à plein temps, et qui a lutté pendant vingt ans contre la maladie, est du même avis : "Elle ne peut pas s'ériger en exemple." Pourtant, "comme souvent lorsqu'une personnalité communique, il y a une dimension d'exemplarité", a-t-elle déploré. Dans Libération, la critique est sévère et teintée d'ironie : "On est idiotes, on n'a pas pensé à prendre l'option 'chauffeur' quand on a booké notre séjour. Ce serait quand même plus pratique."

 "Une maladie. Mille histoires", résument-elles. Dans Le Monde, les propos de Monique Plouchard, 60 ans, vont dans le même sens. "Il ne faut pas qu'elle [Dominique Bertinotti] devienne la valeur universelle du 'beau malade'. On est tous différents devant le cancer."

Slate est moins dur et estime que Dominique Bertinotti a vécu la même situation que de nombreuses femmes sur de nombreux points : le choc de l'annonce, la difficulté à le dire à ses proches, à son supérieur hiérarchique... Sur son blog hébergé par francetv info, Marie Donzel, qui dirige une entreprise, revient aussi sur les critiques adressées à la ministre de la Famille : "Il me semble que ce dit Bertinotti, c'est seulement qu'il n'y a pas de juste façon d'être malade et que les personnes en situation de fragilisation gardent pleinement le droit de choisir leur façon de vivre, en intégrant dans leur réel les contraintes même très fortes, liées à la maladie et en exigeant que leur environnement les intègre également."