Débat de la présidentielle : il est "utopique" de croire qu'il aura convaincu les indécis

La sémiologue Elodie Mielzareck estime que le débat de lundi soir entre cinq candidats à la présidentielle n'a pas contribué à "éclairer ou convaincre" les électeurs indécis.

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen, lundi soir, sur le plateau de TF1.
François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen, lundi soir, sur le plateau de TF1. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Au lendemain du débat télévisé entre cinq candidats à la présidentielle, Elodie Mielzareck, sémiologue, estime mardi 21 mars sur franceinfo que les candidats "ont plutôt tous très bien réussi", mais estime "utopique" de croire que le rendez-vous a pu "éclairer ou convaincre les indécis."

franceinfo : Qui a le plus tenu le choc sur ces trois heures et demie d'émission, selon vous ?

Elodie Mielzareck : Il y en a qui sont habitués à cet exercice. Globalement, ils ont plutôt tous très bien réussi. Celui qui a réussi à tirer son épingle du jeu, et que l'on attendait, parce que l'on n'avait pas eu l'occasion de le voir s'exprimer dans ce type de mise en scène, c'est Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron s'est souvent dit "d'accord" avec les autres candidats, employant des termes comme "je partage", "je souscris" : ça fait partie de sa stratégie de synthèse ?

Exactement. Il a une forte capacité à se positionner comme leader, cela se voit même au niveau de sa gestuelle. Il arrive à ponctuer, à donner du rythme, rien qu'à travers ses gestes. Cela se retrouve au niveau linguistique avec ce champ lexical qui est tourné vers l'autre, qui est tourné sur cette dimension de partage, même s'il a toujours tendance à commencer ses phrases par "'moi je", ce qui paraît un peu paradoxal. Quand on observe sa gestuelle à la loupe, on se rend compte qu'il y a quelque chose qui est quand même très incarné chez lui. Si vous le voyez quand il sert les mains à la foule, ça se voit au niveau des yeux : dilatation des pupilles et paupière inférieure qui remonte. Ce sont des signes de grande satisfaction, de grand plaisir à être au contact des gens.

Y a-t-il des mots, des gestes qui vous ont frappée hier soir ?

J'ai trouvé que le débat n'était pas du tout fait pour les couche-tôt. Il a commencé de manière tout à fait ennuyeuse, très policée, très caricaturale, avec des thématiques attitrées, ce qui était un peu agaçant : Hamon, la discrimination, Le Pen, le territoire à sécuriser, Mélenchon, la délinquance financière, Fillon, la dette, et Macron le renouvellement. Tout cela donnait une forme de consensus mou, que la scénographie en forme de table ronde a favorisé dans un premier temps. On avait l'impression que chacun était lié l'un par rapport à l'autre. Et puis, au bout d'une heure, une fois que l'on est sorti de la case "fait divers", et que l'on est rentré sur des choses un peu plus économiques, Mélenchon a commencé à s'enflammer, Marine Le Pen à sortir ses jeux de mots, Fillon à s'imposer un peu plus dans le débat, Macron se positionnait comme leader, et Hamon endossait le rôle du pédagogue. Mais, de là à dire que le débat a pu éclairer ou convaincre les indécis, ça me semble utopique.

Il parait compliqué pour les candidats de se démarquer dans ces débats très intenses et corsetés ?

L'enjeu était très fort, et on avait l'impression que chacun faisait attention, était dans le contrôle extrême de sa gestuelle, et ça voyait : il n'y avait pas grand-chose qui dépassait. Au niveau des mots, c'était très policé, le consensus mou, le politiquement correct, chacun dans sa ligne. Et heureusement, au bout d'un moment, il y a eu quelques échauffements. La table ronde a permis des échanges en duel. Il ne faut pas nier que, dans ce type d'exercice, il y a une dimension "spectacle" qui est centrale. On peut s'en réjouir ou s'en attrister. En tout cas, elle est présente. On attend que des personnalités comme Mélenchon ou Marine Le Pen attrapent la balle au bond.

Débat de la présidentielle : il est "utopique" de croire qu'il aura convaincu les indécis, selon la sémiologue Elodie Mielzareck
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