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Aux universités d'été du Front national, le coaching des candidats néophytes

Article rédigé par
Envoyée spéciale à Marseille - Salomé Legrand
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
De jeunes militants participent à l'université d'été du Front National à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 septembre 2013. (ELODIE DROUARD / FRANCETV INFO)

Le FN a axé son rendez-vous annuel sur les élections municipales de 2014 et forme les candidats qui vont se lancer pour la première fois dans la bataille.

"Pour le respect de la parité, il faut un homme, une femme, un homme, une femme, est-ce que ça marche aussi avec une femme, un homme, une femme, un homme ?" "Bien sûr!" Soulagement et rires dans la salle Protis du Parc Chanot de Marseille, où se déroulent, samedi 14 et dimanche 15 septembre, les universités d'été du Front national, essentiellement axées sur les élections municipales de 2014.

Derrière des petits pupitres, Wallerand de Saint-Just, historique du FN et candidat à Paris, et Jean-François Jalkh, vice-président chargé des affaires juridiques et des élections, tous deux en costumes crème, listent les "péchés mortels" et distillent les astuces pour les primo-candidats. Cet atelier s'intitule "campagne électorale : les pièges à éviter". Avec "thèmes de campagne", "réseaux sociaux", "comment constituer une liste" et "les comptes de la commune", c'est l'un des cinq groupes de travail consacrés aux municipales.  

Eviter les "buzz préjudiciables" 

Face à eux, une grosse centaine de personnes, alignées par rang de dix, sont tout ouïe. Premier conseil : se rendre à la préfecture dès le 1er lundi de dépôt des listes électorales pour pouvoir se retourner et apporter d'éventuels documents manquants. "Il faut une discipline considérable pour la liste des candidats et bulletins de vote, pas une faute d'orthographe à l'accent près, même le tréma", avertit l'un. "Il faut demander dès maintenant un certificat d'inscription sur les listes électorales à chaque candidat de votre liste" pour ne pas leur courir après, conseille le second.  

"Désigner un mandataire financier, ne pas dépasser le plafond des frais de campagne, ne pas s'autorembourser des factures", le duo débite les obligations des futurs candidats, dont la plupart prennent des notes appliquées, à cet "exercice assez complexe qui nécessite rigueur et sérieux." Notamment lors du recrutement : "Ne jamais faire signer une déclaration de candidature sur laquelle il n'y a pas déjà au préalable le nom de la liste", tonne Wallerand de Saint-Just. Objectif : éviter que des candidats n'expliquent après coup avoir été manipulé, ne pas avoir été prévenu que c'était une liste FN, comme cela arrive à chaque élection, "une sorte de buzz préjudiciable à coup sûr".

"On peut faire annuler les bulletins des autres ?"  

Déjà en retard sur le timing, la leçon se poursuit à toute vitesse. "On a un programme extrêmement chargé", se voit répondre le responsable FN en Espagne et Andorre, qui, se plaignant d'être "toujours mis de côté", voulait poser une question. "On parle des municipales là, vous c'est pas maintenant", lui lance un sexagénaire légèrement angoissé.

"Pas de panique, vous aurez des notes techniques tout au long de la campagne", rassure Jean-François Jalkh, qui souligne : "C'est l'avantage de faire partie d'une grande structure politique comme le FN, car le FN est maintenant une grande structure politique et professionnelle." La preuve ? En plus des formations de deux jours dispensées aux candidats au siège du parti à Nanterre (Hauts-de-Seine), "le parti a passé un accord national avec un imprimeur", pour être sur que tous les bulletins soient bien raccords avec le Code électoral : ils pèsent entre 60 et 80 grammes le m2 et sont écologiques. 

"A la moindre faute, on peut faire annuler les bulletins des autres", recommande avec gourmandise une voix grave dans l'assemblée, qui commence à rôtir sous l'effet des rayons du soleil qui cognent les hautes vitres. "Vérifier d'abord les vôtres", rétorque Wallerand de Saint-Just, qui prône l'offensive que si l'on est "bien sûr de son coup".

Avant de laisser la place à l'atelier suivant, dont les participants trépignent bruyamment derrière la double porte, Jean-François Jalkh lance un dernier commandement : "Ne pas porter les trois couleurs du drapeau national sur la photo officielle", la loi l'interdit. Et de raconter comment il a dû apporter lui-même la cravate de Jean-Marie Le Pen au Conseil d'Etat pour prouver qu'elle était rose et pas rouge sur la photo de la présidentielle 2007. 

A son compère de conclure : "C'est un peu comme le cinéma permanent : ceux qui ont raté le début pourront rattraper, on recommence dans 45 minutes." 

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