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Montebourg président ? Comment le chantre du "Made in France" a préparé son retour pour 2017

Après deux ans sans fonction politique et une nouvelle vie dans le monde de l’entreprise, l’ancien ministre se lance dans la bataille de l’élection présidentielle ce dimanche, à Frangy-en-Bresse. Un retour minutieusement préparé.

Article rédigé par
Vincent Lenoir - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Arnaud Montebourg lors de son appel au mont Beuvray (Nièvre), le 16 mai 2016. (AFP)

Arnaud "Cincinnatus" Montebourg est de retour ! Tel ce général romain auquel il s’est lui-même identifié, l’homme de Frangy-en-Bresse va annoncer son come-back dans l’arène politique après être retourné "à ses champs et à ses charrues" pendant deux ans. Dimanche 21 août, Arnaud Montebourg se lance dans la bataille présidentielle depuis son fief de Saône-et-Loire. A l’endroit même où il avait provoqué son éviction du gouvernement en attaquant le président, François Hollande.

Mais contrairement au Cincinnatus antique qui revient aux affaires pour sauver Rome, supplié par les sénateurs, Arnaud Montebourg a bien orchestré son retour. Et il revient avec un plan de bataille précis : celui d’incarner la seule alternative de gauche à François Hollande. Francetv info vous raconte comment l’homme du "Made in France" a préparé sa candidature et compte troquer sa célèbre marinière pour la toge présidentielle.

Faux-départ

Depuis son départ du gouvernement, le 25 août 2014, Arnaud Montebourg ne cesse de le répéter : il est redevenu un Français "comme les autres". Libre de toute fonction politique, celui qui a été ministre, président de conseil général et député de Saône-et-Loire durant quinze ans ne veut plus être un professionnel de la politique. Il souhaite désormais "vivre" les problèmes des Français. Après une formation accélérée dans une école de commerce et quelques cours donnés dans une prestigieuse université américaine, cet ancien avocat à l’éloquence remarquée se mue en businessman. Il prend la vice-présidence du conseil d’administration de la chaîne d’ameublement Habitat et se lance dans le soutien aux start-up et aux entreprises.  

Cette politique économique est celle du dogmatisme bruxellois et de la droite allemande - je ne dis pas l'Allemagne - et c'est un dogmatisme qui mène à l'entêtement. Il n'est, je crois, pas interdit, il est même recommandé, de reconnaître ses erreurs. Le quinquennat qui devait être celui de la décroissance du chômage est celui de l'hémorragie du chômage.

Arnaud Montebourg

Interview aux "Echos", le 1er avril 2015.

Vraie rupture ou stratégie de retour ? Auteur de L’alternative Arnaud Montebourg (éd. Le Cherche Midi, 2016), le journaliste de l’AFP Antonio Rodriguez ne pense pas qu’au moment de son départ, celui qu’il a suivi pendant deux ans à Bercy avait un plan en tête. Mais le choix de retourner à une activité privée marque "une volonté de montrer sa capacité à gagner sa vie en-dehors des partis. Son retrait, c’est envoyer un message aux Français tout en continuant à critiquer la ligne politique du gouvernement". Car s’il est un Français "comme les autres", Arnaud Montebourg continue de distiller à intervalles réguliers ses critiques contre son ancienne équipe. Au fil de quelques interviews et tribunes (Les Echos, Le JDD, Le Figaro,…), l’ancien ministre du Redressement productif attaque l’exécutif et ne se fait pas totalement oublier. Des photos privées de la grossesse de sa compagne, Aurélie Filippetti (ministre de la Culture de 2012 à 2014), font également irruption dans Paris Match au cours de l’été 2015…

L’homme nouveau

Courte, son expérience en-dehors du sérail politique devrait néanmoins être un argument de poids dans sa tentative de conquête du pouvoir. "Arnaud Montebourg est presque le seul à pouvoir mettre en avant une expérience dans l’économie du quotidien, hors de la sphère politique, explique Philippe Maarek, professeur de communication politique à l'université Paris Est-Créteil. Un élément fort positif, à un moment où les Français expriment un vrai rejet des professionnels de la politique." 

Même analyse pour Arnaud Mercier : "Il n’y a pas eu la rupture nécessaire pour se faire une virginité totale. Mais il a quand même fait le choix d’une vraie rupture qui lui permet de se poser comme quelqu’un qui n'est pas comme les autres", explique le spécialiste.

Ses proches l’affirment, le retrait de la vie politique ne sera pas le cœur du discours d’Arnaud Montebourg. Même s’il risque "de le valoriser", concède le député PS Laurent Baumel, qui le soutient et travaille à son retour depuis le début de l’année 2016. Une valorisation qui a déjà bien commencé. Son parcours dans la "vie réelle" figure dès les premiers mots de son discours prononcé au mont Beuvray, en mai dernier. Sorte de répétition générale avant l’annonce officielle de sa candidature, dimanche, à Frangy-en-Bresse.

Son atout : le "Made in France"

Le temps a passé depuis la fameuse une du Parisien Magazine.  Le tumultueux ministre du Redressement productif avait alors surpris tout le monde en arborant un robot Moulinex, fier comme un coq dans sa marinière. C’est cette image que le Montebourg présidentiable va essayer de vendre aux Français. "L’électorat se souvient bien qu’Arnaud Montebourg reste celui qui s’est battu contre les fermetures d’usines et pour les emplois français", rappelle Philippe Maarek. Avec des combats gagnés, comme à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), ou perdus, comme à Florange (Moselle), le vice-président du CA d'Habitat possède un bilan. Bilan qu’il n’a pas oublié de cultiver lors de ses deux années entrepreneuriales en multipliant les contacts auprès de plusieurs entreprises françaises.

La une du "Parisien Magazine" du 18 octobre 2012. (THOMAS COEX / AFP)

Pour son porte-parole, François Kalfon, l’idée du "Made in France" qui lui colle à la peau depuis son passage à Bercy a opéré "un véritable mouvement social en France". Il permettrait à la fois de convaincre l’électorat de gauche en luttant contre les fermetures d’usines mais, surtout, d’"élargir le spectre" politique en vue de la présidentielle. Avec, sous-entendu, l’idée que le patriotisme économique du "Made in France" permettra de ratisser large à droite. Une stratégie "gaullienne" qui peut marcher, estime le politologue Arnaud Mercier, car elle lui permet "de se positionner au-dessus de la mêlée".

Réunir les Français autour d’un projet commun : c’est d’ailleurs l’objectif affiché de son Projet France lancé au mont Beuvray. Le porte-parole décrit la structure comme une "start-up politique", bien conscient de l’aversion d’une large partie de l’électorat pour les partis traditionnels. Les proches du candidat refusent de dévoiler les détails de cette consultation citoyenne censée être la pierre angulaire de son programme. François Kalfon avance néanmoins le chiffre de "130 000 participations numériques" et vante le quadrillage du territoire permis par le projet en vue des campagnes à venir. Une dizaine de comptes Twitter départementaux du Projet France existent déjà, arborant chacun la fameuse marinière.

Vive Hamon et exit Hollande !

"Avec Hamon et les frondeurs, il n’y a pas de divergence sur le fond." A peine la candidature à la primaire de la gauche de Benoît Hamon annoncée, les lieutenants du "faiseur de roi" de 2012 se sont mis en ordre de bataille. François Kalfon et Laurent Baumel ont multiplié les interventions médiatiques pour dire tout le bien qu’ils pensent de Benoît Hamon et tenter de le rallier au camp de leur champion.

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, à Florange (Moselle), le 27 septembre 2012. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Car la cible, c’est Hollande. Arnaud Montebourg fustige les décisions du président dans toutes ses apparitions publiques, beaucoup plus maîtrisées et orchestrées que lorsqu’il était à Bercy, où il ne perdait aucune occasion de s’exprimer en public. Désormais, l’objectif, "dans une période où tout le monde parle, c’est d’avoir une parole qui pèse", détaille François Kalfon. Et cette parole est à chaque fois dirigée contre la politique économique de François Hollande, qu’il accuse d’avoir courbé l’échine face à l’austérité imposée par la droite allemande. L’objectif est donc, dans un premier round, de mettre la gauche du PS dans sa poche, puis d’éliminer Hollande en face-à-face lors du deuxième tour de la primaire pour se propulser à la présidentielle.

Montebourg peut-il conclure ?

Bien identifié sur les questions économiques, Arnaud Montebourg a néanmoins "pris du retard sur les questions de sécurité", admet son collaborateur Laurent Baumel. Il a quitté le gouvernement en août 2014, quelques mois avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, et n’a jamais occupé un ministère régalien tel que la Défense, la Justice ou l’Intérieur. Le responsable du Projet France assure qu’il y aura "des propositions sur le thème sécuritaire" dès Frangy.

La loi Travail est une loi du moins-disant social. Vous ne pouvez pas construire un contrat social en disant aux uns 'On vous réduit' et aux autres 'Vous prenez tout'. Ça ne marchera pas.

Arnaud Montebourg

France 2, le 8 mai 2016

"Avant, c’était celui qui n’arrive pas à conclure, mais on va voir un nouveau Montebourg", promet le journaliste Antonio Rodriguez. Une stratégie de communication désormais maîtrisée et une stratégie "au-dessus des partis" bien rôdée, Arnaud Montebourg peut-il créer la surprise et s’imposer comme celui que personne n’attend ?

L’hypothèse n’est pas à écarter pour Arnaud Mercier. "Montebourg est un type qui pense qu’il est fait pour la présidentielle, interprète le professeur de communication politique. Il a un bon créneau à jouer sur les bouleversements liés à la mondialisation, et il est assez seul à porter cela. Il doit cependant réussir à trouver une cohérence, un lien dans son parcours."

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