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Ambiance au Sénat en un jour historique

L'accession "au plateau" du sénateur socialiste Jean-Pierre Bel était attendue. Elle en a ému certains, agacé d'autres. Rencontres et impressions sous les ors du Palais du Luxembourg quand la Haute Chambre a basculé.
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Le sénateur communiste de la Réunion, Paul Vergès, 86 ans arrive Sénat pour participer au vote de son président, à Paris, le 1er octobre 2011. (AFP - Fred Dufour)

L'accession "au plateau" du sénateur socialiste Jean-Pierre Bel était attendue. Elle en a ému certains, agacé d'autres. Rencontres et impressions sous les ors du Palais du Luxembourg quand la Haute Chambre a basculé.

14h30 - "Il y a quand même eu un mini cataclysme politique la semaine dernière"

Rarement le Sénat n'avait connu telle agitation. Cela a commencé dimanche dernier lors du scrutin sénatorial qui a vu la très nette progression de la gauche. Rebelote samedi 1er octobre pour la désignation du Président du Sénat.

"C'est la plus forte affluence que je vois depuis la Fête de la fédération en 1986", explique l'un des préposés à la sécurité du Palais depuis plus de 20 ans. "Nous sommes en Vigipirate avec du personnel supplémentaire. On a renforcé la sécurité et le contrôle", ajoute-t-il depuis l'entrée de la Salle des conférences. "Il y a quand même eu un mini cataclysme politique la semaine dernière", ajoute son collègue.

Difficile d'en savoir plus. La retenue est de rigueur. La discrétion, de mise. Et même lorsque l'on tend l'oreille au hasard de discussions, tout juste entend-on susurrer. "C'est un jour particulier parce que c'est très médiatique. Mais nous, on travaille sereinement. On fait notre boulot". Un peu plus loin: "ça ne change rien pour nous, la droite, la gauche, on fait notre boulot".

Circulez.

15h30 - "C'est un jour doublement historique"

La pêche est nettement plus fructueuse lorsque l'on sonde les élus...de gauche. André Vallini qui avant même le début du vote estime qu'un seul tour suffira assure: "C'est un jour doublement historique, pour le Sénat et pour la gauche". Le sénateur de l'Isère a déjà sa petite idée sur la ligne à tenir dans les huit prochains mois: "On ne fera pas d'obstruction ce serait très mal perçu. On fera des propositions de lois, des amendements".

Historique, le mot revient aussi du côté de Marie-Noëlle Lienemann qui n'a pas encore voté mais ne doute pas de la victoire de Jean-Pierre Bel. "C'est un jour historique pour ce que cela incarne - cela acte que toutes les institutions de la République sont maintenant accessibles à la gauche en dépit du système - mais aussi parce que cela porte un espoir", souligne la sénatrice de Paris. "On se prend même à penser que quand il y a eu un tel ébranlement dans le pays, la victoire de la gauche devient possible", ajoute-t-elle.

Confiante pour la présidentielle 2012 ? "Rien n'est acquis mais c'est un formidable appel d'air" à condition de "rassembler les forces de gauche, de montrer ce que l'on n'a pas pu faire comme le droit de vote aux immigrés et de montrer l'alternative pour l'avenir".

17h00 - La diversité en générale, le "talon d'Achille" du PS

Plus enthousiastes encore que les élus socialistes, les militants. "Pour moi, il y a deux grands moments, 1981 et 2011", explique Angèle Louviers, avocate spécialisée en droit des étrangers. "J'ai vécu 81, j'ai marché vers le Panthéon, je me souviens de tout cela, mais la semaine dernière, j'ai eu les larmes aux yeux", ajoute cette guadeloupéenne, installée désormais à Paris.

Attablée à la cafétéria du Sénat, elle raconte: "On a beaucoup critiqué le Sénat juridiquement et aujourd'hui, on gagne avec des éléments qui étaient tous contre nous. Cela veut dire que sur le terrain, on a bien travaillé", s'enflamme celle qui a adhéré au PS en 1986. Pas question pour autant d'envisager la suppression de la Haute Chambre. "Le sénateur prend du temps, prend du champ et les administrateurs qui gèrent la maison sont de très très bons fonctionnaires". Ce qu'il faut explique-t-elle, c'est réformer le mode de scrutin pour "faire rentrer beaucoup plus de femmes, de jeunes, de gens issus de la diversité".

A-t-elle songé à se présenter ? Plus d'une fois. Mais il y a un "hic". "Dans la France hexagonale, il faut être coopté", s'agace la jeune femme qui a monté son blog pour faire évoluer le parti socialiste sur ce thème. "Le reproche que je fais à mes pairs, c'est de ne pas avoir le courage d'aller au bout. Je suis au PS car je suis profondément socialiste. Je crois à la redistribution, mais la diversité en générale, c'est son talon d'Achille".

Militante de la première heure, elle a soutenu Ségolène Royal en 2002 en l'aidant notamment à organiser des meetings à Paris "mais quand qu'il a fallu donner l'investiture, elle nous a lâchés".

Du coup aujourd'hui, elle soutient François Hollande tout en restant lucide sur les chances de faire aboutir sa cause: "Je ne pense pas que ce soit sa priorité. Mais j'ai quand même espoir en lui", affirme la coordinatrice du pôle outre-mer de la campagne de soutien au député de Corrèze. "C'est sous son mandat que George Pau-Langevin a été élue. Il l'a imposée. La preuve, par la démonstration". (Née à Pointe-à-Pitre, Mme Pau-Langevin a été élue député de Paris en 2007, ndlr).

Le vote est terminé. Le dépouillement aussi. Le résultat vient d'être annoncé dans l'hémicycle: victoire sans bavure, dès le premier tour, de l'ariégeois Jean-Pierre Bel par 179 voix.

18h00 - "Il faut que la formidable envie qu'on a vu de la gauche de gagner le Sénat soit notre formidable envie à nous de gagner la présidentielle"

Retour dans la salle des conférences. Mines réjouies pour les uns. Sourires crispés pour les autres. Face aux micros et caméras, les sénateurs de la droite défaite font toutefois bonne figure et se plient à l'exercice de l'explication. "Je pense qu'il (Gérard Larcher, ancien Président du Sénat battu samedi, ndlr) paye les défaites successives au niveau local, les divisions et dissensions et la formidable envie de la gauche de gagner qui l'a rendue elle, mobilisée et unitaire", détaille le sénateur des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi.

Pas de très bons augures pour le scrutin clé de la Ve République. "Il faut que la formidable envie qu'on a vu de la gauche de gagner le Sénat soit notre formidable envie à nous de gagner la présidentielle", souligne l'ancien secrétaire d'Etat. "C'est jouable", assure-t-il "à condition que chacun arrête ces petits jeux personnels et que tout le monde se dise, au delà du premier tour, il y a le second tour. Et le deuxième tour, il faudra se rassembler pour gagner".

Au Sénat, la gauche rassemblée a triomphé. Elle, comme la majorité, savent désormais que l'unité sera l'une des clés du succès en 2012.

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