"Alerte : le bisphénol A est partout !"

Valéry Fauchet est expert en chimie de l'environnement et il dresse un constat alarmant : "le bisphénol A n'est plus dans les biberons, mais toutes les bouteilles en contiennent !" Il espère sensibiliser le futur chef de l'État à ce problème.

Que demandez-vous au futur Président de la République ?
Que demandez-vous au futur Président de la République ? (FTV)

Valéry Fauchet est expert en chimie de l'environnement et il dresse un constat alarmant : "le bisphénol A n'est plus dans les biberons, mais toutes les bouteilles en contiennent !" Il espère sensibiliser le futur chef de l'État à ce problème.

M. Fauchet parcourt la planète, sa connaissance de l'industrie chimique en bandoulière, les dernières normes en tête. D'un pays à l'autre, il propose ses services aux industriels qui désirent respecter les réglementations environnementales en vigueur.

Et ce monde lui paraît parfois quelque peu effrayant. S'il semble moderne, "ce monde ne contrôle que très partiellement les substances chimiques qu'il utilise, commercialise, ingère." La liste serait longue des produits contenant des composés connus pour leur nocivité.

Comme le bisphénol A, certes retiré des biberons, mais, au grand dam de chimistes avertis comme M. Fauchet, toujours présent dans les bouteilles plastiques ou les canettes en aluminium. La fiche toxicologique édité en 2010 par l'INRS ( Institut nationale de recherche et de sécurité ) admet "qu'il n'y a pas d'étude publiée permettant d'évaluer les effets chroniques du bisphénol A ". Alors pourquoi l'Europe l'a t-elle interdit dans les biberons ?

Plasticseurope, une association d'industriels utilisant le BPA notait en 2010 qu'il "ne présentait pas de risque pour les consommateurs ou pour l'environnement" affirmant aussi qu'il "n'est pas un perturbateur endocrinien selon les critères retenus par REACH " (voir plus loin).

" Le bisphénol A ? Un oestrogène ! "

Ce que conteste des associations de consommateurs ou de défense de l'environnement, citant des études récentes menées en Chine, en Espagne et aux Etats-Unis. L'étude menée aux USA (Institut national des sciences de la santé et de l'environnement, USA, 2011) montrent un lien entre obésité et présence de bisphénol A dans le corps humain

Dans les années 1930 des chercheurs découvrent le BPA. Ils pensent avoir découvert un oestrogène efficace mais Il sera très vite remplacé par d'autres molécules et occupera sa fonction actuelle : il entre dans la composition des polymères, sert - entre autre - d'antioxydant pour les plastiques.

Ainsi le retrouve-t-on dans des centaines de produits de consommation courante. Comme pour d'autres perturbateurs endocriniens (PTE) la communauté scientifique s'inquiète, multiplie les études.

L'assemblée nationale a publié un rapport de synthèse sur le sujet. Les conclusions sont sans appel, invitant à des lois interdisant l'usage du BPA en cas de possible contact alimentaire.

D'autres PTE comme les phtalates sont dans la ligne de mire des scientifiques bien que toujours utilisés. Une étude américaine très récente (mars 2012) montrent que ces composés sont présents dans les biens de consommations courantes. Las, il n'existe que très peu d'études analysant leurs effets sur la santé.

Des organismes de contrôles ambitieux

En 2003, l'Europe imaginait Reach (Registration, Evaluation, Authorization and Restriction of CHemicals) dont les principaux objectifs sont de mieux protéger la santé humaine et l'environnement contre les risques que peuvent présenter les produits chimiques.

Cinq ans plus tard entrait en vigueur l'obligation faite aux industriels d'enregistrer toutes les substances chimiques entrant dans la composition de leurs produits : 30 000 au total. Un enregistrement qui s'accompagne d'une évaluation de ces substances, assurée cette fois par les industriels eux-même et vérifiant leur inocuité ou leur dangerosité.

Aujourd'hui, on est très loin des objectifs prévus. Trop peu de substances testées (l'Institut national de l'environnement industriel et des risques - Ineris - évoque quelques 4 200 substances enregistrées seulement) et d' énormes problèmes pour les millions de tests à effectuer.

L'Ineris s'inquiète : où trouver les millions de souris nécéssaires, les toxicologues en nombre suffisant , les ressources pour que les petites entreprises puissent financer les études ?

Précision : la plupart des substances à tester doivent l'être avant... mai 2013. Toutes avant 2018.

Des cocktails à risque

Autre interrogation : quid des cocktails de produits chimiques, des associations, juxtapositions et synergies si difficile à étudier ?

Ainsi notre chimiste-rocker, lorsqu'il boit sa boisson pétillante favorite en lisant son magazine favori, est-il susceptible d'être exposé au bisphénol A et aux "PU", comme il les appelle, les polyuréthanes.

On les retrouve dans les vernis (bois, plastiques, métal...), les mousses (isolation thermique, physique...), en passant par des colles et des résines (dont la fameuse urée-formol considérée comme cancérigène).

Qui dit polyuréthane dit cocktail chimique, bi et souvent multimoléculaire où des molécules connues des chimistes pour leur dangerosité (toluene ou methyl diisocyanate, formaldéhyde entre autres ) en côtoient d'autres dont les effets sont certes moins nocif isolement mais dont on ne connait rien de leurs synergies. Et comme ce sont des molécules réactives, elles intéragissent forcement avec leur environnement proche.

Dans tous les cas, ce sont des irritants assez puissants (peau, voies respiratoires, yeux). Des maladies professionnelles - allergies notamment - leurs sont imputées.

Comme nous le dira cet expert indépendant : "Nous vivons dans une société à risques, il y a des risques qu'on peut assumer, d'autres qu'on doit refuser ! "