Uber Files : "On a le sentiment qu'il y a eu trahison", déplore le président de l'Union nationale des taxis

Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des taxis, demande une enquête parlementaire après les révélations sur les liens entre Emmanuel Macron, lorsqu'il était ministre de l’Économie, et l'entreprise américaine Uber.

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Emmanuel Macron, le 27 juin 2022, à Lisbonne. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"On a le sentiment qu'il y a eu trahison", réagit mardi 12 juillet sur franceinfo Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des taxis, après les révélations sur les liens entre Emmanuel Macron, lorsqu'il était ministre de l’Économie, et l'entreprise américaine Uber

franceinfo : En octobre 2015, vous étiez en négociation avec le gouvernement, et notamment le préfet de police de Marseille, au sujet de l'implantation d'Uber, que vous disait-il ?

Rachid Boudjema : Il y avait vraiment un trouble à l'ordre public avec cette application. Le préfet avait pris des mesures fortes et inédites. Il avait décidé d'interdire l'application Uber sur les principaux arrondissements de Marseille. C'était une première.

Quelques heures plus tard, le préfet rétropédale. Entre temps, il y a eu un échange de sms entre un lobbyiste d'Uber et Emmanuel Macron mais le préfet dit aujourd'hui qu'il n'y a eu aucune intervention de Bercy ce jour-là. Comment a-t-il justifié auprès de vous le fait d'avoir changé d'avis ?

Il évoquait une erreur d'interprétation, une anomalie. Selon lui, l'arrêté avait été mal construit donc il fallait, pour des raisons juridiques, en reprendre un autre de manière à ce que les contrôles soient accrus. Mais à l'époque, on était loin d'imaginer les tractations qui étaient au-dessus de nous.

Aujourd'hui, dans quel état d'esprit êtes-vous après avoir découvert ce deal passé à l'époque entre Emmanuel Macron et Uber ?

C'est une forme de déception. On a le sentiment qu'il y a eu trahison. On a le sentiment que le gouvernement de l'époque, notamment le ministre en question, a favorisé une entreprise étrangère au détriment de petites entreprises françaises. Ce qui me choque, c'est que certains journalistes, plutôt que saluer le travail des journalistes d'investigation, critiquent en disant 'Circulez, il n'y a rien à voir, il n'y a rien de grave'. C'est assez choquant parce que, quand vous avez un ministre qui travaille en tant que lobbyiste pour une entreprise étrangère qui ne paye pas ses impôts en France, c'est grave.

Vous réclamez une commission d'enquête parlementaire et, peut-être même, une action en justice ?

Les deux, au nom de la salubrité du débat public. Il faut qu'il y ait une enquête parlementaire de manière à ce qu'il n'y ait plus cette défiance. Parce que dorénavant, on va toujours s'imaginer que, vous avez beau manifester légalement, à côté de ça, des gens vous passent au-dessus parce qu'ils ont les moyens. Ils approchent des parlementaires qui préparent des amendements clés en main. Vous avez des ministres qui interviennent. Il faut qu'il y ait une enquête parlementaire voire une action en justice s'il y avait un délit de favoritisme.

Selon vous, qu'y a-t-il d'illégal dans ce qu'a fait Emmanuel Macron ?

Pour moi, ce qui est illégal, c'est qu'il a favorisé une entreprise étrangère au détriment de petites entreprises françaises qui, elles, n'ont pas les moyens. Pourquoi ? Parce que nous, on paye nos impôts en France pendant que d'autres s'en exonèrent. Et pendant ce temps, ils ont les moyens d'arroser tout le monde avec leur façon de faire de lobbyistes. On n'est pas dans une société machiavélique. On est dans un Etat de droit, c'est-à-dire qu'à un moment donné, on fait les choses loyalement. Là, on a des économistes qui se revendiquent économistes, mais en réalité, travaillent pour Uber.

Dans quelle situation se trouvent les taxis aujourd'hui ? Est-ce que chacun a trouvé son compte et son équilibre ?

On ne s'est pas grandement remis. Les conditions sociales des taxis se sont drastiquement dégradées. Là où, nous, taxis, travaillions 10 heures par jour, aujourd'hui, on arrive à travailler jusqu'à 14 heures. Les taxis sont frappés de maladies parce qu'ils travaillent énormément, sans cesse, à cause d'une concurrence sauvage et déloyale et mal définie. Tous les jours, vous avez cette application qui ne respecte pas la réglementation en vigueur, notamment la loi Grandguillaume. Elle incite toujours ses chauffeurs à demeurer sur la voie publique, ce qui est illégal. Elle ne pratique pas la réservation préalable alors qu'un VTC, normalement, doit être commandé en amont. Il doit être depuis son siège d'immatriculation ou hors de la chaussée. Tous les jours, vous les voyez rôder sur Paris, en circulation, en attente de clientèle. Ça, c'est illégal et il n'y a rien qui est fait. Maintenant, on comprend pourquoi. Parce qu'on sait qu'il n'y a aucune volonté politique au-dessus de nous.

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