Sarkozy sur écoute : qui était informé à la tête de l'Etat ?

Selon "Le Canard enchaîné", la garde des Sceaux ne pouvait ignorer l'affaire car elle "reçoit régulièrement un résumé du déroulé de l'enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques".

La ministre de la Justice, Christiane Taubira et le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, à Paris, le 13 septembre 2013.
La ministre de la Justice, Christiane Taubira et le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, à Paris, le 13 septembre 2013. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Qui était au courant au sein de l'exécutif ? Alors que le niveau d'informations de François Hollande concernant la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy fait débat, Le Canard enchaîné affirme, dans son édition datée du mercredi 12 mars, que Christiane Taubira et Manuel Valls étaient informés de la procédure. Des révélations confirmées par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, invité du 20 heures de France 2, mais qui contredisent les propos tenus par la garde des Sceaux.  

Francetv info revient sur les déclarations de chacun. 

La version de Jean-Marc Ayrault : l'exécutif informé dès le 26 février

Invité du 20 heures de France 2, le Premier ministre a affirmé que lui et la ministre de la Justice Christiane Taubira étaient au courant de l'existence de ces écoutes depuis le 26 février, date à laquelle le juge d'instruction Serge Tournaire a versé les écoutes au dossier. 

Après avoir eu connaissance de "faits nouveaux, de présomption de trafic d'influence", les juges "ont saisi le parquet, le procureur de la République, qui a ouvert une information judiciaire [le 26 février], qui en a averti le procureur général", a expliqué Jean-Marc Ayrault sur France 2. "La garde des Sceaux a reçu une information, que j'ai eue moi-même ensuite, qu'il y avait une nouvelle information judiciaire qui avait été ouverte sur des faits extrêmement graves. C'est à cette occasion qu'on l'a appris." 

"Mais on n'a pas (...) appris quel était le contenu des écoutes", a-t-il tenu à préciser. "Nous ne savons pas ce qui a été dit dans ces écoutes par les uns ou par les autres." 

FRANCE 2

Dans son édition de mercredi, Le Canard Enchaîné révèle par ailleurs que la garde des Sceaux ne pouvait ignorer l'affaire car elle "reçoit régulièrement un résumé du déroulé de l'enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques". Concrètement, explique l'hebdomadaire, le juge a extrait les écoutes d'une partie du dossier, appelée "actes en cours", utilisée par les juges pour éviter que des éléments de l'enquête ne soient transmis au procureur et aux avocats. "A partir du moment où le juge d'instruction verse les écoutes au dossier, le procureur général transmet à la ministre de la Justice", a confirmé un haut magistrat au Canard. Et d'ajouter : "C'est la voie classique."

La version de Christiane Taubira : "Je n'avais pas l'information"

Lundi, la ministre de la Justice avait pourtant indiqué avoir découvert l'affaire des écoutes en lisant Le Monde, soit le 7 mars. Elle l'a assuré sur France Inter, puis sur le  plateau du 20 heures de TF1 : "Je n'avais pas l'information" que Nicolas Sarkozy et son avocat étaient écoutés, avant cette date. Et la ministre de rappeler qu'"il s'agit d'une information judiciaire" qui est donc "traitée par des magistrats du siège (...) qui sont totalement indépendants, sans relation avec la Chancellerie", qui gère le parquet. Même commentaire à la Chancellerie, selon Europe 1 : "Les juges d’instruction sont indépendants, ils n'ont pas à rendre des comptes", martèle-t-on.

TF1

Du côté de Manuel Valls, le message est identique : le ministre de l'Intérieur n'a pas non plus été informé, ni par écrit, ni à l'oral. Comme le rapporte Europe 1, l'entourage du premier flic de France affirme que les conversations entre l’ex-président et son avocat n’ont sûrement pas été retranscrites par la justice, sinon tout aurait déjà fuité dans la presse. 

La version de François Hollande : "J'ai découvert les enregistrements dans la presse"

Les regards se tournent désormais vers le président de la République. François Hollande était-il informé de la mise sur écoute de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, et de l'avocat de celui-ci ? Selon Le Parisien publié mercredi, le chef de l'Etat était informé depuis le 4 mars, jour de la perquisition effectuée chez l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, et chez le magistrat Gilbert Azizert.

Dans sa réponse au président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, François Hollande a pourtant affirmé, selon Le Canard enchaîné, avoir "découvert dans la presse l'affaire des enregistrements Buisson et celle des écoutes de Sarkozy". A des visiteurs, le locataire de l'Elysée a assuré qu'il ignorait "tout du lancement de ces procédures et donc du contenu des écoutes", rapporte l'hebdo satirique. Et le président de dresser le parallèle avec la mandature de Nicolas Sarkozy : "[Il] croit que j'agis avec la justice comme il agissait lui-même. Mais cela ne se passe plus comme de son temps. Depuis que je suis président, cela a changé."

Pour l'opposition : "tous les responsables écoutés depuis un an"

Pour Christian Jacob, le chef de file de l'UMP à l'Assemblée nationale, "personne ne croit un instant que la garde des Sceaux et donc le Premier ministre n'aient pas été informés, et par voie de conséquence le président de la République". Il a appelé le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à répondre de ces accusations devant le Parlement.

"Tous les responsables politiques de l'opposition [en communication avec Nicolas Sarkozy] sont écoutés depuis un an", a encore dénoncé Christian Jacob.

"Il faut que la droite française s'habitue à ce que la justice fonctionne en toute indépendance. Les mœurs du passé, c'est fini", avait affirmé plus tôt dans l'après midi, le Premier ministre. "Il n'y a aucune instruction donnée par l'exécutif, par la garde des Sceaux, aux magistrats lorsqu'ils enquêtent."