Soupçons de financement libyen : ce que l'on sait des coups de fil de Sarkozy au patron de la DCRI

"Le Monde" révèle jeudi que Patrick Calvar a reçu des appels de l'ancien président de la République, qui voulait en savoir plus sur l'enquête concernant un éventuel financement de sa campagne en 2007 par le régime de Kadhafi. 

L\'ex-président français Nicolas Sarkozy à Bruxelles (Belgique), le 26 mars 2010.
L'ex-président français Nicolas Sarkozy à Bruxelles (Belgique), le 26 mars 2010. (MAXPPP)

C'est un "coup de théâtre", écrit Le Monde, jeudi 15 mai. Patrick Calvar, patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a avoué aux juges qu'il avait reçu des appels téléphoniques de Nicolas Sarkozy en juin 2013 et janvier 2014. L'ancien président de la République s'inquiétait des avancées de l'enquête sur un éventuel financement libyen de sa campagne en 2007. 

Une information obtenue par les juges grâce à la mise sur écoute du téléphone de Nicolas Sarkozy et de son directeur de cabinet, Michel Gaudin. Le Monde publie d'ailleurs une retranscription de ces écoutes. Francetv info revient sur ces nouvelles révélations en trois questions.

Quelles informations cherchait Nicolas Sarkozy ?

L'ancien président de la République aurait cherché à savoir si la DCRI enquêtait sur un éventuel financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Pour comprendre les inquiétudes de Nicolas Sarkozy, il faut s'intéresser au diplomate libyen Moftah Missouri. Cet interprète personnel de Mouammar Kadhafi avait affirmé, dans un document diffusé en juin 2013 par "Complément d'enquête", sur France 2, que l'ancien "Guide" avait versé "une vingtaine de millions de dollars" à Nicolas Sarkozy, à l'occasion de sa campagne électorale de 2007.


Les écoutes montrent que l'ancien président de la République et son directeur de cabinet ont cherché par divers moyens à se renseigner sur ce dossier, notamment sur une possible audition de Moftah Missouri par la DCRI, qui semble embarrasser Nicolas Sarkozy, selon Le Monde. Mais ce sont surtout les coups de téléphone passés à Patrick Calvar, patron de la DCRI depuis mai 2012, qui ont retenu l'attention des juges.

Les retranscriptions du Monde montrent que l'ancien chef d'Etat aurait cherché à mettre la pression sur ce haut fonctionnaire pour obtenir satisfaction. Dans une conversation avec Michel Gaudin, il demande notamment à son directeur de cabinet de rappeler Patrick Calvar. "Je prends les choses très au sérieux", affirme ainsi Nicolas Sarkozy.

Qu'a appris Nicolas Sarkozy ?

Patrick Calvar n'aurait fourni d'informations ni à Nicolas Sarkozy ni à Michel Gaudin, selon Le Monde. Aux juges, il assure avoir répondu aux appels des deux hommes "par courtoisie", sans jamais y donner suite. Selon l'une des conversations entre l'ancien président et son directeur de cabinet, le patron de la DCRI aurait quand même reconnu avoir "fait une enquête", sans que l'on en sache l'objet ni les résultats. 

Patrick Calvar a opposé le "secret défense" aux magistrats qui lui demandaient si la DCRI avait bien mené une enquête sur cet éventuel financement libyen, expliquant qu'il ne pouvait communiquer la moindre information confidentielle, sous peine de commettre un délit. 

Quelles sont les conséquences de ces révélations ?

Les informations du Monde se révèlent embarrassantes pour l'ancien président, car elles laissent penser qu'il dispose ou a disposé d'un réseau d'informateurs dans la police et la justice. Les précédentes révélations du quotidien avaient déjà mis en lumière un possible trafic d'influence concernant le haut magistrat Gilbert Azibert.

Les retranscriptions du Monde lèvent le voile surtout sur les méthodes de Nicolas Sarkozy. L'ancien chef d'Etat se révèle capable de faire pression sur des hauts magistrats, pour les inciter à trahir le secret professionnel. Il explique, par exemple, à Michel Gaudin, qu'il a menacé Patrick Calvar de dénoncer une manipulation politique : "Je lui ai dit que j'avais des éléments très précis, que je ne me contenterai pas d'un simulacre d'enquête et que je serai obligé de donner à la presse tout ce que j'aurai."