Sarkozy mis en examen dénonce une "calomnie" : "Une ligne de défense habituelle", note le journaliste Fabrice Lhomme

Fabrice Lhomme, grand reporter au "Monde", a estimé, jeudi sur franceinfo, qu'il existe "des éléments troublants" dans l'affaire sur les soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 qui lui a valu une mise en examen.

Nicolas Sarkozy, le 14 février 2016, à Paris.
Nicolas Sarkozy, le 14 février 2016, à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Mis en examen, Nicolas Sarkozy "bénéficie de la présomption d'innocence, ce n'est pas un vain mot. Mais en même temps, c'est vrai qu'il y a des indices graves et concordants. Cela veut dire que les juges ont quand même quelques éléments", a estimé, jeudi 22 mars sur franceinfo, Fabrice Lhomme.

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Le grand reporter au Monde est l'auteur de plusieurs livres sur l'ex-président de la République, dont Sarko s'est tuer, avec Gérard Davet. Il est revenu sur le texte publié jeudi par Le Figaro, présenté comme les propos que Nicolas Sarkozy a tenu aux magistrats lors de sa garde à vue, dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007. Des accusations et une affaire que l'ancien chef de l'État qualifie de "calomnie". "C'est une ligne de défense habituelle chez Nicolas Sarkozy", a estimé Fabrice Lhomme.

franceinfo : Dans ce texte publié par Le Figaro, on apprend que Nicolas Sarkozy se serait défendu devant les juges en parlant notamment de "calomnie". Qu'en pensez-vous ?

Fabrice Lhomme : C'est une ligne de défense habituelle chez Nicolas Sarkozy. Et, après tout, si on épouse son point de vue, c'est-à-dire si cette affaire n'est qu'une gigantesque manipulation, il n'aurait pas tort de dire que c'est de la calomnie. J'ai lu attentivement ce que déclare Nicolas Sarkozy dans ces procès verbaux, d'après Le Figaro. Sur la forme, un clin d'œil : la droite en général dénonce les violations du secret d'instruction lorsque des éléments gênants pour Nicolas Sarkozy sont publiés dans les journaux, ce qui arrive souvent. Là, on va voir si elle réagit puisque c'est une violation flagrante du secret d'instruction, puisque les propos de Nicolas Sarkozy s'étalent dans Le Figaro.

Sur le fond, il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy le fait d'avoir retenu des arguments convaincants, puisqu'il pointe les failles de l'instruction et notamment les témoignagesFabrice Lhommeà franceinfo

Ce dossier repose sur une série de témoignages dont certains sont contestables. Le plus contestable d'entre eux émanant de Ziad Takieddine, l'intermédiaire d'origine libanaise assez sulfureux. Un homme qui a changé mille fois de version. Aujourd'hui, il accuse Nicolas Sarkozy, mais il y a quelques années il jurait ses grands dieux - il l'a fait devant moi - qu'il n'avait jamais financé Nicolas Sarkozy. Il est donc vrai que s'appuyer sur un personnage comme cela pour mettre en examen les gens, c'est un peu léger. Maintenant, il y a sans doute d'autres éléments dans le dossier qu'on ne connaît pas et qui sont plus solides.

Nicolas Sarkozy dit dans ce texte qu'il n'y a pas de preuve matérielle. Quels sont ces éléments qui peuvent justifier cette mise en examen ?

Cela dépend de ce que l'on appelle preuve matérielle. Est-ce qu'une preuve matérielle, ce serait une vidéo montrant le colonel Kadhafi remettant des millions de dollars à Nicolas Sarkozy en main propre ? Je pense qu'il n'y en a pas et je pense que par définition il ne peut pas y en avoir. Maintenant, il y a des éléments troublants. Par exemple, on a retrouvé des carnets posthumes de l'ancien ministre du pétrole de Kadhafi, Choukri Ghanem, qui a été retrouvé mort dans le Danube en avril 2012 en pleine campagne électorale. Il se trouve que cet homme était détenteur des secrets les plus inavouables du régime libyen. Sur ses carnets, il avait noté l'existence de versements en faveur de la campagne de Nicolas Sarkozy. Or, il avait noté cela dans son carnet en 2007, à une date où cette polémique n'existait pas, où personne n'avait émis ces soupçons. Donc comment et pourquoi aurait-il inventé ces notes à l'époque ? Des éléments comme cela, il y en a quand même pas mal. C'est pour ça qu'il y a un faisceau de présomptions qui explique que les juges aient décidé de mettre en examen.

Êtes-vous surpris par les motifs de mise en examen ?

Ce qui est le plus inattendu et la plus mauvaise nouvelle sans doute pour Nicolas Sarkozy, c'est l'incrimination de corruption passive. Parce que les deux autres incriminations : recels de fonds libyens et financement occulte, c'est ce que l'on avait compris c'est-à-dire qu'on le soupçonne d'avoir financé sa campagne avec l'argent de Kadhafi. Mais la corruption passive, cela implique du financement personnel, de l'enrichissement personnel, c'est-à-dire qu'il aurait touché de l'argent pour sa campagne de manière occulte, mais en plus il aurait touché de l'argent pour ses dépenses personnelles. Et cela, c'est encore plus infamant comme accusation. Mais cela reste des soupçons, des accusations qu'il reste encore à étayer. Il bénéficie de la présomption d'innocence. Ce n'est pas un vain mot, mais, en même temps, c'est vrai qu'il y a des indices graves et concordants. Cela veut dire que les juges ont quand même quelques éléments.

"Il y a un faisceau de présomptions qui explique que les juges aient décidé de mettre en examen", Fabrice Lhomme
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